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Rixe mortelle entre gendre et beau-père
Zeeshan va bientôt souffler ses deux bougies. Le petit ne se rendra alors sans doute pas compte de l?absence de sa mère, Anisha Dinally, et de son père, Zahir Oozeer.
Anisha, 24 ans, l?a abandonné mercredi dernier, car il lui rappelle trop Zahir, 23 ans. L?enfant est le portrait craché de cet homme à qui elle a donné six ans de sa vie et qui a assassiné son père à elle, Aboo Taleb Dinally, dans la soirée de mardi, lors d?une énième scène de ménage.
Zeeshan va désormais grandir, tiraillé entre les clans d?une famille nombreuse qui s?est fracturée à l?issue de ce drame survenue route Militaire, sur les flancs de la montagne bordant Plaine-Verte.
Chez les Dinally et les Oozeer, les liens de sang sont très forts. Et ils vivent tous à proximité. Des cousins se sont mariés entre eux et Aboo Taleb, lui-même, a épousé Farida, la cousine de sa mère.
Il lui arrache son portable et le revend au plus offrant
Enfant, Anisha s?est tout naturellement prise d?affection pour son cousin Zahir ? fils de la s?ur de sa mère ?, car ils ont presque le même âge. A l?adolescence, la douce amitié qui lie les camarades de jeux se mue très vite en amour sans bornes.
La famille ne voit pas d?un très bon ?il cette idylle entre cousins germains. Lorsqu?elle atteint la majorité, consciente que son père n?acceptera jamais qu?elle vive avec Zahir, Anisha s?enfuit avec le jeune homme.
Au début, l?amour l?aide à reléguer au second plan les difficultés qui se dressent dans leur quête du bonheur. Quand on aime, ça ne compte pas?
Mais toute chose a une fin. Au fil des mois, le bonheur s?effrite, les sentiments ne suffisent plus. Zahir a la main leste et ne va pas régulièrement au travail.
Les sous qu?il récolte comme menuisier ne sont guère suffisants pour remplir la marmite. Ni pour vivre décemment. Avec la naissance de Zeeshan, Anisha doit se rendre à l?évidence : elle doit retrousser ses manches si elle ne veut pas que son bébé et elle-même meurent de faim.
C?est ainsi qu?à la fin de l?année dernière, elle se fait embaucher comme vendeuse dans une des échoppes des marchands, en face de la gare du Nord. Zahir est un compagnon jaloux et le montre à chaque fois qu?Anisha reçoit un SMS.
La soupçonnant d?infidélité, il la rosse davantage. Tombant sur des messages qu?il croit provenir d?un homme qu?elle fréquenterait, il lui arrache son portable qu?il revend au plus offrant.
C?est durant cette période trouble que la jeune femme s?est rabibochée avec sa famille. Aboo Taleb lui a pardonné son escapade mais ne veut pas pour autant accueillir son neveu à bras ouverts. « Zahir l?avait déjà menacé avec un couteau », explique un parent.
Anisha, en retrouvant les siens, ne digère plus d?être maltraitée par Zahir. Elle se réfugie chez sa tante, Fidou Dinally. Puis elle consigne une déposition contre lui et obtient un Protection Order de la cour le 24 février, pour une durée de six mois.
Zahir ne doit plus approcher Anisha. Mais il ne l?entend pas de cette oreille. Mercredi dernier, raconte un proche, il a pénétré dans la maison de Fidou, armé d?un couteau. Il était près de 11 heures et n?a pu obliger Anisha à le suivre. Mardi soir, six jours plus tard, il récidive, mais de nuit. Vers 23 heures, il entre par effraction dans la maison. Comble de malheur, il est surpris par Fidou.
Il a attrapé Anisha et a lancé « Aster mo pou pik li»
Lors de la dispute qui s?ensuit, il roue la quadragénaire de coups de bâton et cherche Anisha. En sang, Fidou parvient à se défaire de son agresseur, sort et appelle Aboo Taleb au secours.
« Leve, leve, Zahir pé batte Anisha dan lakaz? », crie-t-elle. Aboo Talen et son gendre Salim Eshanally accourent et tentent de faire entendre raison à Zahir, qui s?est enfermé à double tour dans une chambre où il se met à battre Anisha.
« Seki ouver pu gagne la mort are mwa », hurle Zahir à travers la porte. Craignant le pire pour sa fille, Aboo Taleb l?apostrophe et, aidé de Salim, il force la porte de la chambre. Il saisit un morceau de tuyau en plastique avec lequel il tente de désarmer Zahir.
« Bann-la inn defonce la porte, Aboo inn al rentre avant, sa mem line al pik li enn coup en bas so lebras », raconte un témoin. « Il était impassible après l?avoir frappé.
Le couteau de cuisine à la main, il a attrapé Anisha et a lancé : « Aster mo pou pik li ». Son père est arrivé par la suite et lui a conseillé de décamper», ajoute-t-il.
Transporté d?urgence à l?hôpital Jeetoo, Aboo Taleb avait déjà rendu l?âme. Il a été touché au coeur, constatera le médecin légiste Amah Charrya Gujjalu à l?autopsie.
Fidou sera auscultée pour ses bleus aux bras et à la tête avant de pouvoir rentrer chez elle. « Kan linn tire so linz, nune truv so tripe dehors? Ine bizin reamene li lopital», confie une nièce.
Son ventre est ouvert sur plusieurs centimètres et elle a été touchée à l?intestin. Elle est toujours au service des soins intensifs « entre la vie et la mort ».
Arrêté par la suite, Zahir évoque la légitime défense. Il soutient qu?Aboo Taleb l?a roué de coups avec un tuyau et l?a aspergé de gaz lacrymogène. C?est à ce moment-là, dit-il aux enquêteurs, qu?il a saisi un couteau de cuisine pour se défendre.
Les témoins du crime soutiennent le contraire. La brigade criminelle de Port-Louis Nord, aidée par les hommes-grenouilles, ont sondé la rivière Latanier où Zahir affirme avoir balancé son arme. En vain?
Ceux qui connaissent Abou Taleb et Zahir sont encore tout sonnés par la tragédie. « Tou les deux ti bann bon dimounn, zamé tann zot fer tapaz », affirment des voisins.
Des proches de Zahir prennent sa défense et affirment qu?il avait l?habitude de rendre visite à Anisha à la nuit tombée. En attendant de prouver le contraire, la police a inculpé le jeune homme d?assassinat.
Les enquêteurs, dirigés par le chef inspecteur Delawarally et l?inspecteur Jockoo, ont entendu, entre autres, Anisha, qui a réfuté les soupçons de Zahir selon lesquels elle lui était infidèle. Elle explique qu?elle a consigné une déposition contre lui pour violence conjugale, croyant qu?il allait cesser de la battre.
Fazila Gooljar, la mère de Zahir, est anéanti. « Monn perdi mo beau-frère ki aussi garçon mo kouzine. Triste seki finn passé. Pas kone ki pou fer aster. Anisha inn kit so piti ar mwa, linn dire mwa pran mo batard aller », laisse-t-elle échapper.
C?est à elle dorénavant de veiller sur le petit Zeeshan qui, inconscient du drame qui vient de séparer ses parents à jamais, joue dans sa bicoque en tôle de neuf mètres carrés.
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