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Rirette Faron, une peinture de maturité
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Rirette Faron, une peinture de maturité
D?un sujet à l?autre, de l?acrylique à la technique mixte en passant par la peinture à l?huile, Rirette Faron brise son étiquette d?aquarelliste renommée et nous propose son passage ?d?une voie à l?autre? en quarante tableaux, peaufinés pendant deux bonnes années de travail et de lente maturité.
Si les beaux paysages sont temporairement laissés de côté, c?est parce que le soin esthétique de l?artiste inclut dorénavant dans ses mêlés de traits et de couleurs dégradées, le souci de la condition humaine dans la société actuelle. Avec le passage du temps, la maturité de la femme a fini par s?imposer au bout des doigts de l?artiste et les sujets deviennent aujourd?hui plus sérieux. De la toile blanche, son imagination extrait et rend visible, comme par magie, en s?harmonisant avec un rare talent artistique, des formes qui s?expriment au-delà de leurs apparences plastiques, au-delà de leurs significations premières, une réalité humaine, belle et dure.
Sur les toiles de Rirette Faron, détrompez-vous, il ne sera pas question de l?abstrait. L?artiste, dit-elle, doit d?abord pouvoir donner forme au sens; l?abstrait ne doit intervenir qu?après la confirmation d?un talent.? En effet, souvent trop facile et toujours porte béante aux nouveaux venus, l?art abstrait tient lieu d?abri plutôt que d?expression. Sur les toiles de Rirette, les couleurs ne coulent pas et les traits ne se dérobent pas à la manière des peintres surréalistes de l?entre-deux-guerres, même si l?artiste, refusant tout enfermement dans un style particulier, accepte quelquefois de s?adonner à l?art abstrait. Il y a des moments, comme lorsqu?elle utilise la technique mixte, elle peint au hasard. Alors, c?est la matière qui lui donne la forme. En somme, ce que cherche l?artiste, on l?aura compris, c?est la liberté dans l?expression et la forme artistique.
C?est pourquoi elle ira jusqu?à briser le conformisme qui gouverne la plupart des expositions. Ainsi, pour la sienne, il n?y aura pas de thème principal. Ses sujets, elle les puise de la réalité : tel un nouveau-né abandonné dans des latrines, une femme qu?on refuse d?embaucher parce qu?obèse, des pêcheurs perdus en haute mer, une famille dans la misère à cause d?un père alcoolique, une femme qui accouche dans la douleur? ce sont là autant de faits qui ont alimenté l?imagination fertile de l?artiste pour une production variée.
Féminisme
Le titre de son exposition, parce qu?il en faut bien un, D?une voie à l?autre, est là pour signifier un goût pour les techniques variées. Si les sujets sont divers et multiples, c?est parce que toute exposition en solo qui se fait suivant un thème est, selon elle, une manière d?emmurer l?artiste, faisant de lui un prisonnier. Donc, liberté encore et toujours !
Ainsi, s?il y a une ligne directrice qui pourrait tenir lieu de référence majeure à cette exposition, le spectateur ne manquera pas de voir en elle cette idée de liberté. Car, comme on l?a vu, la quête de la liberté n?est pas que la recherche d?une technicité chez elle mais aussi dans le contenu de ses tableaux. Il suffit par exemple de considérer celui représentant la prison sous toutes ses formes : femme derrière les barreaux, oiseau dans une cage, poisson dans un bocal? on l?aura remarqué, la femme est sans cesse présente. C?est parce qu?elles maintiennent un rapport privilégié avec l?idée de liberté qui s?exprime à travers les divers sujets. La femme est peinte dans ses quotidiens, dans ses malheurs : femme battue, femme délaissée, femme écrasée, femme emprisonnée, femme dominée, femme esclave? Et là encore, c?est toujours de son observation du réel qu?elle tire les sujets à immortaliser. Elle intériorise les faits sociaux pour mieux les extérioriser en peinture.
Déjà, la vue que lui offre sa Galerie l?Oasis, située sur les routes côtières de Riambel, sur ces champs qui défilent au loin vers l?infini et sur lesquels elle voit tant de femmes écrasées sous le soleil de plomb pour un maigre salaire durant toute l?année, n?a pu la laisser indifférente. Féministe si elle ne s?y reconnaît pas encore, elle ne saurait tarder à le faire. Il suffit qu?elle s?entende s?exprimer sur les douleurs de la femme, son insécurité dans un monde où règne les hommes. Si elle la peint dans tous ses malheurs, c?est pour réclamer au nom de toutes les siennes la place qui lui revient dans la société. Tel est le message, entre autres, qu?elle aimerait faire passer à travers la peinture, cette grande passion qui la poursuit depuis son enfance.
Les quarante tableaux de Rirette Faron sont exposés à l?Alliance française de Bell-Village du 3 au 17 décembre, et à l?antenne de Souillac en janvier.
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