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Rina Dyall-Nathoo les Tic sans étiquette
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Rina Dyall-Nathoo les Tic sans étiquette
Orchard Centre, jeudi 5 avril. Dans un paysage d?onduleurs, d?imprimantes et de logiciels en tous genres, des préposées répondent à un client venu se renseigner. Une fois les prix obtenus, il s?attarde sur quelques spécificités techniques avant de prendre congé sur un ?à bientôt? qui sonne davantage comme un ?au prochain?.
?C?est normal qu?il compare les prix : c?est l?approche même du consommateur. Mais ce n?est pas aussi confortable pour nous. Le particulier est souvent moins à la recherche de la meilleure réponse technologique qu?en quête du meilleur prix. Cela déjà suppose un certain stock qu?une petite entreprise comme la mienne n?est pas toujours en mesure d?offrir.? À côté des deux vendeuses, se tient une troisième femme. C?est sa voix chaleureuse que l?on vient d?entendre. Son nom est Rina Dyall-Nathoo. La directrice technique d?Infokeens, spécialisée dans le matériel informatique et le conseil, parle en connaissance de cause.
?Il y a beaucoup d?idées fausses, confie-t-elle d?un ton très cordial, sans se départir d?un sourire en coin. Souvent, comme j?évolue dans un monde où la grande majorité est composée d?hommes, on pense que je ne suis pas une vraie technicienne. Dans certains comités où il m?arrive de siéger, on se dirige spontanément vers un homologue masculin en pensant que je ne suis au mieux qu?une assistante. Il y a même des collègues qui se croient obligés de tout m?expliquer. Ce que je prends bien car il y a toujours à apprendre.?
Le moins que l?on puisse dire c?est qu?en effet, Rina n?a jamais cessé d?apprendre, de tirer des leçons de sa riche expérience dans le monde informatique. ?J?ai fondé la compagnie il y a 13 ans avec pour but de répondre aux besoins de l?informatique pour tous, au niveau de la famille. Cela n?était pas si évident. D?ailleurs, même le centre commercial où nous nous sommes installés était un concept neuf à l?époque?, explique cette fille d?une famille de commerçants originaires de Montagne-Blanche.
Cela dit, depuis quelque temps, Rina oriente les services de son entreprise vers la consultance. ?Je suis plus à l?aise car je ne suis pas tenue de vendre tel produit ou une marque particulière, ce qui est l?optique du business avec les particuliers, où on doit écouler du stock pour être rentable. Ce dernier impératif fait que dans certaines situations, on sait que le client ne s?en ira pas avec la meilleure solution à ses exigences réelles mais n?achètera que cette gamme de produit au prix le plus compétitif?.
Cela est d?autant plus difficile que le secteur informatique est par excellence un secteur qui bouge. ?Dans le métier, il faut savoir se remettre en question, on ne peut pas survivre avec une approche figée et vendre ce que l?on vendait il y a dix ans avec les mêmes arguments de vente.?
L?approche semble plus riche, en tout cas plus stimulante, pour notre interlocutrice avec les clients corporate ou les fournisseurs de logiciels. ?Le corporate se présente avec une demande et un besoin précis. S?il vient acheter une imprimante, c?est pour avoir un certain nombre de copies par jour dans une qualité déterminée? Il peut aussi rechercher un accessoire de visioconférence sans fil. Cela peut être passionnant et équivaloir à chercher ce qui n?a pas encore été utilisé à Maurice auparavant.?
Avec ces nouveaux objectifs, la rentabilité de la compagnie est parfois moins confortablement atteinte. ?Mon chiffre de vente a beaucoup changé en trois ans, même si je suis loin d?être perdante.? Mais à ce degré de service, le travail s?apprécie, s?apparente à un échange, à de la facilitation entre professionnels.
?Dans certains comités, on se dirige spontanément vers un homologue masculin en pensant que je ne suis au mieux qu?une assistante. Certains collègues se croient obligés de tout m?expliquer.?
Des différentes pannes qui affectent le réseau internet ? dont, comme pour l?ADSL, elle fut l?une des premières ?testeuses? ? elle apporte un éclairage à la fois pragmatique et philosophique : ?il y a eu ces derniers temps une demande exponentielle pour l?équipement domestique. Il est difficile de faire suivre par les infrastructures adaptées. Dans une pareille situation, de telles pannes sont presque inévitables.?
Pourtant l?enjeu est crucial pour l?économie : ?si vous êtes dans l?offshore, vous êtes à la merci du temps réel pour gagner des contrats, faire des transactions avec l?étranger. Un e-mail resté un jour sans réponse peut vouloir dire la perte du contrat au profit de celui qui aura été le plus rapide à faire la proposition.?
N?allez pas croire que la perfection soit de ce monde, surtout celui des technologies de l?information et de la communication (Tic) ! ?Même de la poussière sur une carte peut empêcher le bon fonctionnement d?un ordinateur. L?essentiel est de connaître les symptômes et les remèdes du problème.?
L?approche faite d?écoute et de souplesse que l?on devine chez Rina, est un talent. Mais aussi un don qu?elle a pu développer. Grâce à ce petit coup de pouce du destin qui n?est parfois qu?un juste retour des choses : au contact d?étudiants et de stagiaires de l?Institut de la francophonie pour l?entrepreneuriat (IFE), pour lequel elle ne tarit pas d?éloges.
?J?ai participé à la cinquième promotion. La formation que j?ai suivie consistait, entre autres, à fournir des outils aux jeunes professionnels pour monter leur projet d?entreprise.?
Si elle y a appris de nouvelles techniques, c?est surtout l?expérience humaine bouleversante qu?elle y a vécue auprès de jeunes de différentes nationalités, de différentes réalités aussi : Malgaches, Vietnamiens, Congolais, Ivoiriens qui l?a marquée. Ce salutaire décloisonnement in situ, puisque l?IFE se trouve à Réduit, elle le décrit comme un véritable ?épanouissement?.
Au demeurant, Rina, mariée, deux enfants, a tout de la femme de tête (et de c?ur) moderne, au sommet de sa carrière, élégance, caractère et esprit critique compris. Vous ne lui ferez pas dire nécessairement ce que vous voudriez entendre mais serez touché par le grand respect qu?elle nourrit pour l?amitié. ?J?ai gardé mes contacts avec les étudiants malgaches que j?ai rencontrés par exemple. Ce sont des gens très capables. Qui peuvent développer leur projet par eux-mêmes, sans compter sur l?aide étrangère. Je pense notamment à cette collègue qui avait conçu un procédé original de tannage de peaux.?
Depuis les premiers pas, la révolution informatique et son dernier avatar, le wireless, ont beaucoup changé les rapports entre les choses et les gens, les mentalités. Il a parfois rapproché aussi. La jeune femme de Montagne-Blanche qui, aux heures balbutiantes du tout-IBM, avait débuté comme programmatrice, a peut-être retrouvé ses racines à la faveur d?un des adages qu?aimait à prononcer sa mère : ?le soleil brille pour tout le monde?. Vision bien méditée par Rina. Sur l?autoroute encombrée des Tic, elle a trouvé sa voie, sans craindre le télescopage et? les embouteillages !
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