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Ricarl Pierre Louis : Le bonheur auprès des autres
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Ricarl Pierre Louis : Le bonheur auprès des autres
?On est une grande famille et je veux redonner le sens d?appartenance à ces gens. Je veux qu?ils reprennent espoir en l?avenir.? Derrière les yeux pétillants de sagesse de Ricarl Pierre Louis, un optimisme inébranlable, un désir de bien faire à toute épreuve, une volonté de fer... Cet habitant de Cité Anoska explique qu?il y règne une atmosphère d?instabilité et de frayeur. Et il veut y remédier, notamment en sensibilisant les gens à l?importance de l?éducation. Avant de venir vivre dans cette cité, il s?était encore battu pour le bien des autres, ces voisins qu?il a voulu garder près de lui, comme une vraie famille?
Ricarl Pierre Louis est gardien de chasse à Parc-aux-Cerfs (entre Forest-Side et Lapeyre). Il aura bientôt 50 ans ? il est né le 29 novembre 1957 ? et ses rides sont celles d?une vie au service des autres. Son altruisme et sa gentillesse sautent aux yeux. Presque timidement, il rassemble ses mots pour raconter sa vie, son parcours... ?Je suis né à Rodrigues de parents d?origine modeste. Mon père, Mathias Pierre Louis, et ma mère, Germaine Plaiche, étaient laboureurs. Quand j?avais à peine trois ans, on a quitté Rodrigues pour venir à Maurice, dans un camp sucrier, dans un petit village autrefois appelé Banane mais qui n?existe plus.?
Ses parents se séparent alors qu?il est âgé de huit ans. Le père va habiter Rose-Belle et la mère s?installe dans le petit village de La Pipe. Il fera donc le va-et-vient entre les deux jusqu?à l?adolescence quand, ayant terminé l?école primaire, il s?installera chez son père qui, entre-temps, a déménagé pour La Gaulette. Il y vivra jusqu?à ses 17 ans puis reviendra vivre chez sa mère, à La Pipe, où il intègre une équipe de football, le Midlands Tea Village. Il formera sa propre équipe, le EYC Midlands, avec ses amis d?enfance, à 20 ans.
À cette époque, explique Ricarl, le village n?était pas pourvu de facilités telles qu?un moyen de locomotion régulier ou encore l?électricité. Les habitants devaient donc se rendre à Midlands pour regarder la télévision. Lui-même se souvient de ses soirées télé chez son ami Ramkelawon. Il se souvient aussi de ce moment où il a pris conscience que personne ne se préoccupait du sort des habitants de La Pipe (quelque 70 personnes à l?époque). ?Pa ti ena personn pou fer social dan La Pipe, be mo mem vinn latet landrwa.?
Le quotidien, poursuit-il, n?était pas de tout repos. ?Comme il n?y avait pas de téléphone dans le village, on devait pédaler jusqu?à Midlands pour appeler les urgences si quelqu?un était malade ou blessé.? Mais s?il y a bien quelque chose qui ne manquait pas, c?était la solidarité. ?Heureusement, tout le monde se serrait les coudes. Malgré les hauts et les bas, on ne pouvait se plaindre. Il régnait une atmosphère de convivialité. On se sentait en sécurité. Toutes les communautés vivaient harmonieusement.?
Devait suivre une petite révolution : l?électricité dans le village. ?Avec la construction de l?usine de thé, La Pipe a enfin été approvisionné en électricité.? Ricarl entreprend ensuite de faire construire un petit centre social pour les enfants, appelé Centre La Pipe. Mgr Piat et de nombreuses associations lui prêtent main-forte. Une bibliothèque de rue est aussi aménagée pour les enfants. Et en 1988, une école maternelle voit le jour.
Tout semble aller pour le mieux lorsque le gouvernement vient annoncer aux villageois une nouvelle qui leur changera la vie. ?On a senti notre monde s?écrouler quand le gouvernement nous a informés de sa décision de construire le Midlands Dam. Il nous demandait de bouger mais aucun arrangement de logement n?était prévu pour nous.?
Ricarl décide alors de réagir. Il fait un appel à plusieurs organisations non gouvernementales afin de sensibiliser les gens quant au sort des habitants de La Pipe. ?Notre lutte commence vers l?an 1994 si ma mémoire ne me fait pas défaut. Il y a eu une forte mobilisation de la presse.? Il écrivit aussi au gouvernement pour trouver une solution. Mais, explique-t-il, les endroits que le gouvernement leur proposait n?étaient pas ?corrects? et s?avéraient dange- reux pour les enfants. ?On nous a donné des logements à Cité Dubreuil. On refusa d?y aller parce qu?il y avait le problème de pollution de l?usine de thé.?
?Malgré les hauts et les bas, il régnait une atmosphère de convivialité. On se sentait en sécurité. Toutes les communautés vivaient harmonieusement.?
Lorsqu?ils parviennent enfin à trouver un ?coin?, Mont-Bois (maintenant appelé 16e Mile), Ricarl doit démissionner de son poste de gardien de chasse pour continuer son combat (il reprendra cet emploi par la suite). Il fait alors de petits boulots à gauche et à droite pour joindre les deux bouts. ?J?ai cinq enfants. Je devais me rendre au ministère du Logement tous les jours. Je passais une journée entière à attendre au ministère.?
?Finalement on nous a annoncé que la Special Mobile Force allait nous aider pour le déménagement. Il fallait que chaque famille ait une maison l?une à côté de l?autre mais le gouvernement avait autre chose en tête. Il voulait faire un tirage au sort pour placer les familles. Mais on n?était pas d?accord avec cette méthode. J?ai pu enfin le convaincre de laisser les familles décider comment elles voulaient emménager. Et on a décidé de nommer l?endroit Cité Anoska, comme le lac Anoska situé à La Pipe.? Quelques jours après le déménagement, des émeutes ébranlaient le pays, peu après l?annonce du décès du chanteur Kaya.
La lutte de Ricarl continue. Il y a, dit-il, encore beaucoup de choses à faire pour les habitants de Cité Anoska, surtout pour les jeunes. Il a fait construire un centre social et ne compte pas s?arrêter là. Car Ricarl le dit haut et fort : il n?est jamais fatigué quand il s?agit de se battre pour que l?harmonie règne dans son quartier...
S.K.
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