Publicité

Retour à l?âge de pierre

18 juin 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Revenons sur terre. Pantalon blanc cassé pour une randonnée un jour de pluie : inconscience ou nulle crainte de se salir ? Ahmed est de bonne humeur malgré le temps maussade. Pendant que le crachin et la brise de Curepipe nous font le pied de nez, sa chemise à carreaux orange fait fi du froid.

Intrigant. Dépassons la première impression du programme fourni par Prem Saddul, le guide du club service. S?il nous promet une visite aux «coulées de lave les plus récentes de Maurice» suivie d?un tour dans «quelques tunnels de lave du Nord» c?est d?abord sur l?autoroute, à hauteur de Trianon, que le bus s?arrête.

Abandonnant le mégaphone à ses larsens, il pointe du doigt et de la voix un demi-cercle silencieux. A gauche : le piton de Rempart, les Trois Mamelles et le gisant du Corps-de-Garde. En face, la chaîne de Moka. 700 000 ans de transformations géologiques nous font face. «C?est la zone la plus fertile de Maurice mais elle ne sera plus classée comme agricole parce qu?elle est prise par la cybercité.» Sous le poids des mots du passionné, nous visualisons «l?effondrement des dômes et les coulées qui butent contre la chaîne de Moka pour former la plaine».

Le plus jeune volcan

Le poignet empâté et le pied lourd sur l?accélérateur, le chauffeur s?arrête au volcan de l?Escalier. «Avec ses 20 000 ans, il est le plus jeune volcan de l?île.» Une nouveauté tapie au bout d?un sentier rocailleux. La boue grasse, qui alourdit les semelles, aggrave l?essoufflement. Preuve par deux que le terrain correspond à son toponyme.

Sans pitié, les randonneurs écrasent les c?urs tendres des brèdes chou-chou en pleine floraison. Dix minutes à batailler contre le vent pour se ranger autour d?un volcan qui ressemble davantage à l?entrée d?une grotte, envahie par les brèdes et les lianes de liserons bleus, qu?à un cratère fumant.

La trentaine de randonneurs se presse, se bouscule et se serre pour contrer le froid. Après avoir sondé du regard la poche béante, coup d??il à la caldeira, «vaste dépression, de forme circulaire, formée par l?effondrement de la partie centrale d?un volcan». Bar-Le-Duc est venu s?ajouter aux repères géologiques précédents.

D?un vigoureux coup de marteau, le guide brise le sommeil des pierres dormantes du sentier. La loupe en avant, il saisit les nuances mauves et rouges, fruits de l?oxydation du fer. Les histoires de «gran dimoun ki ti met klou rouye dan delo pou gagn fer» refont surface.

La descente est plus rapide que la montée. Tout à coup un bruit d?avion. Têtes levées, les yeux cherchent. Aucun réacteur à l?horizon. L?explication fuse : «Ce sont les lignes de haute tension.» Le karo chou-chou est planté à intervalles réguliers de pylônes. Electrisés, les pas se font plus rapides pour regagner le bus.

Direction : la grotte de Pont Bon-Dieu, bouche béante juste avant Plaine-des- Roches. La rampe balise le lieu sur quelques mètres seulement. Ensuite, place à la débrouille. On s?aide des mains et des genoux. On agrippe à pleines mains ? parfois en y laissant ses ongles ? les lianes et arbustes qui peuplent le chaos végétal qui barre l?accès à la grotte. Nerveuse, une maman avoue : «Je préfère que la petite soit avec toi.»

Pneus usagés, cadavres de bouteilles en plastique sont à la porte de ce «salon naturel». Une petite refuse d?enjamber la rampe. Clin d??il moqueur de Papa pour l?encourager : «Fais comme si tu allais ramasser des bonbons.» La tactique paye.

A l?aide de sa torche, le guide éclaire les fissures qui zèbrent le plafond. «Une route passe au-dessus de nous et la cave finira certainement par céder.» Des regards inquiets, des pas de côtés ponctuent les mouvements des randonneurs. Pour les rassurer, le guide détourne l?attention vers les stalactites et la variété d?hirondelles qui a établi ses quartiers à Pont Bon-Dieu. «C?est curieux, où sont les chauves-souris ?» s?interroge-t-on. «Le lieu est trop fréquenté, ils n?aiment pas être dérangés.»

Le goût du risque

Man?uvre nettement plus ardue à la «cathédrale de Plaine-des-Roches.» Sa «voûte» est enterrée sous les ronces, les détritus d?un dépotoir. Tôles rouillées, appareils sanitaires en morceaux, encore des bouteilles en plastique. La descente à pic force les randonneurs à oublier leurs inhibitions. A exercer leur goût du risque. L?arc de cercle volcanique, sept mètres de haut et 15 mètres de large, mérite l?effort.

L?austérité et l?humidité de la grotte contrastent avec la convivialité du bus où circulaient les paquets de chips, sacs de bonbons, sandwichs et autres gâteaux piments. Dans la pénombre, les blocs de roche servent de fauteuils et de tables de pique-nique. Les estomacs délicats ne peuvent s?empêcher de remarquer les cadavres de chenilles qui jonchent le «plancher de la cathédrale».

Nullement incommodé, le guide jubile. Sa torche met en lumière les traces de la coulée de lave avant de montrer la voie au «balcon fissuré» qui laisse apercevoir les parois rocheuses d?une antichambre. «Faut pas être claustrophobe pour l?explorer.»

Ambiance différente à Cave-Madame, du côté de Bon-Accueil. Aménagée par le ministère de l?Environnement, aucune odeur, aucun obstacle n?entravent l?accès. Entrée facile au détriment de l?authenticité ? Chacun y va de son commentaire sur l?origine du nom de cette galerie où coule une eau claire. «C?est là que plusieurs femmes venaient faire leur lessive.» Une explication comme une autre?

Publicité