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Retour sur la terre mère
Aller à Madagascar n?est jamais anodin pour les Réunionnais dont une partie descend de la Grande île. Les Jeux des îles qui débutent aujourd?hui en sont encore une fois la preuve. Pour six athlètes du Club nés à Mada, c?est un retour aux sources. Forcément émouvant.
Comme le dit un poète devenu fou et dont on taira donc le nom pour ne pas le dénoncer, c?est autour de la table, devant les sièges un peu plus écartés, que se fait l?adieu véritable lorsque quelqu?un décède. A Madagascar, les sièges ne sont jamais plus écartés. Quand un proche est parti, monté là-haut comme disent ceux qui croient à ce là-haut, sa place est conservée autour de la table. Comme s?il était là. Parce qu?il est là.
Alors, lors des cérémonies, les mariages, les communions, les baptêmes, l?ancêtre participe au repas. Son couvert est mis. On lui sert à boire, des petits morceaux de sakafo, pardon de repas, lui sont réservés. Preuve que la filiation, que la naissance sur la terre rouge, ny tany comme on dit en malgache, compte plus que tout, mène en fait la société, la vie de tous les jours.
<B>?Ca me donne envie d?y revenir?? </B>
Pas étonnant que les six Réunionnais qui sont nés à Madagascar et qui reviennent, on ne sait pas si on doit écrire chez eux, lors de ces Jeux, ressentent, au plus profond d?eux-mêmes comme une intense émotion, en débutant ce retour aux sources. ?C?est vraiment quelque chose de particulier, avoue la tenniswomen Lalatiana Randriamanantena. Toute ma famille est là. Je joue, ici, dans la ville même où je suis née. J?y venais pour passer mes vacances, je faisais des stages de tennis quand j?étais petite, et revenir comme joueuse, ça me permet de revoir des gens que j?apprécie, un pays que j?adore.?
Une sorte de continuité, en fait, une suite de l?histoire, de leur histoire, mais aussi de celle de leurs parents. ? C?est une émotion particulière de revenir à Madagascar, mais aussi une émotion particulière en tant que parent, explique Christian ?Manu? Rafidison, coordonnateur des équipes de volley, dont le fils et la fille sont en sélection. C?est notre histoire, c?est notre vécu, forcément ce n?est pas le même que le leur. On leur a raconté le nôtre. A eux de vivre le leur.?
D?autres, au contraire, seraient presque au début de leur histoire. Rodric Kassime, le footballeur du Port, est né, il y a 23 ans à Antsiranana, Diego-Suarez pour ceux qui ne parlent pas la langue. Papa malgache. Maman aussi. A six ans, il débarque à la Réunion. Depuis ? ? Je ne suis jamais revenu à Madagascar.? Jamais. Même pas pour voir les grands-parents qui habitent encore dans le Nord de l?île. ?Ma mère insistait souvent pour que je vienne. Elle me le disait tout le temps. Mais je n?ai jamais voulu. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être l?ambiance, l?environnement. Mais, aujourd?hui, d?y être venu pour les Jeux, ça me donne vraiment d?y revenir encore.?
<B>? J?aime vraiment beaucoup les deux?</B>
Comme une attirance, comme une impossibilité de résister à cette magie que dégage la Grande île et qui touche même ceux qui n?y sont pas nés. Enfin pas tout à fait.
?Je pensais que je ne pourrais jamais assister à des Jeux, avoue Lova Rafidison, la fille de Christian, née à Toulouse. Et le faire à Madagascar, c?est encore plus fort.? Son frère ne dit pas autre chose. ?Il y a toute la famille qui vient nous voir et qui nous avait jamais vraiment vus jouer avant, sourit son frère Toky, qui lui a vu le jour du côté de Sarcelles. C?est forcément quelque chose d?énorme.?
Aujourd?hui, pourtant, quelle que soit la couleur de leur coeur, ils jouent pour la Réunion. Normal. Pour Lova Rafidison, du moins. ? Y?a pas photo. On se sent Réunionnais à 100 pour cent?. Pas si simple pour d?autres. ? C?est vrai que c?est une question compliquée, avoue Lalatiana. J?ai toujours vécu à la Réunion, j?ai été éduquée à la Réunion, mais avec beaucoup de préceptes de Madagascar. J?aime vraiment beaucoup les deux. La mentalité malgache, la solidarité qu?il y a dans ce pays.? Rodric Kassime avoue même qu?il se sent ?appartenir aux deux pays?.
Mais pas de doutes. Sur le terrain, ils oublieront leur naissance. Celle de leur parents. Ils se battront pour la Réunion.
Avec même un avantage sur leurs petits copains du Club R. Ils comprennent le malgache. ?Quand je suis arrivé à la Réunion, je le parlais, explique Rodric Kassime. Je le parle encore. Quand on a débarqué à l?aéroport, j?ai un peu parlé. Tous les gens qui m?ont entendu m?ont demandé si j?étais Malgache. Je leur ai dit oui.? Ce qui permettra, sur le terrain, de parer à toute éventualité. ?Si on nous insulte, on comprendra, rigole Lova Rafidison. On sait même quoi leur répondre.?
<B>Flavien ROSSO Le Quotidien de la Réunion</B>
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