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Retour à Cold Mountain odyssée dans une Amérique en guerre

21 mai 2004, 20:00

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En deux films, Le Patient anglais et Le Talentueux M. Ripley, Anthony Minghella, réalisateur britannique, s'est fait une place sur la «A List», qui comprend le petit groupe de cinéastes dignes de la confiance et des millions de l'industrie hollywoodienne, sans pour autant convaincre les critiques, du moins de ce côté de l'Atlantique.

Et le voilà embarqué dans une aventure à la fois convenue dans son principe - réaliser un film à grand spectacle avec pour toile de fond la guerre de Sécession - et baroque dans son exécution - la majorité des acteurs n'est pas américaine et le plus gros du film a été tourné en Roumanie.

Né sous ces étoiles factices, Retour à Cold Mountain, tiré d?un roman de Charles Frazier, ne devrait pas être plus que l'une de ces adaptations littéraires qui font de la fidélité au texte leur vertu première et du travail de leurs acteurs leur force d'attraction principale. Et c'est bien ce qui se passe, mais ce n'est pas tout ce qui se passe.

Pour comprendre la force tragique que finit par dégager le film de Minghella, il faut évoquer sa première séquence, qui montre une garnison sudiste assiégée derrière un glacis d?ouvrages de terre. Anthony Minghella tient, dès ses premiers plans, une illustration saisissante du thème central de Retour à Cold Mountain : la guerre est un piège que les hommes se tendent à eux-mêmes. Une fois déclenchée, on ne peut y échapper.

C'est pourtant ce que tente Inman (Jude Law), soldat de la Confédération. Hospitalisé sur la côte de Virginie après avoir été blessé à la gorge, il décide de ne pas regagner son unité mais plutôt de rentrer chez lui, à Cold Mountain, en Caroline du Nord. Là, il retrouvera son village et Ada (Nicole Kidman), la fille du pasteur, une jeune femme élevée à la ville, dont il est tombé amoureux.

On peut difficilement trouver plus classique, d'ailleurs Charles Frazier avait présenté son roman comme une variation sur le thème de l'Odyssée. Mais, plutôt que des figures de style homériques, Retour à Cold Mountain use sans retenue des outils de la fiction cinématographique : le récit alterne les tribulations d'Inman, qui doit se cacher à la fois des avant-gardes nordistes et des détachements sudistes lancés à la poursuite des déserteurs, et les mésaventures d'Ada, que la mort de son père a laissée seule sur une ferme isolée dans la montagne.

Auprès de Nicole Kidman, Renee Zellweger joue les filles de ferme avec un entrain et un mépris pour la nuance qui rappellent les seconds rôles du vieil Hollywood. Un jeu efficace qui lui a valu, cette année, l?Oscar du meilleur second rôle féminin.

Cette idylle campagnarde ne change pourtant pas la nature sombre du film. La petite communauté de Cold Mountain se dissout lentement dans les pénuries et le soupçon. La milice locale se charge de faire respecter l'orthodoxie sudiste, et les libertés pour lesquelles les gens du village sont partis au combat (bien décidés à les réserver aux seuls Blancs) ne résistent pas aux nécessités de l'effort de guerre, qui peut exiger jusqu'à l'élimination des dissidents et la torture des suspects. Une fois enclenchée cette mécanique, Minghella tire le meilleur parti des ruptures de ton entre sa manière hollywoodienne et l'évocation brutale de la répression. Peut-être un peu compassé à force de recourir aux vieilles ruses du cinéma d'antan, Retour à Cold Mountain n'en reste pas moins un film saisissant, d'autant que sa peinture d'une Amérique ravagée jusqu'à l'âme par la violence trouve aujourd'hui d'étranges résonances.

Drame historique américain réalisé par Anthony Minghella (2003)

Durée : 2h 33 mn

Avec Jude Law, Nicole Kidman, Renée Zellweger,

Site officiel : www.retouracoldmountain.com

@Le Monde 2004

distribué par The N. Y. Times Syndicate par Thomas SOTINEL

Le parcours de Renée Zellweger

Née d'un père suisse et d'une mère norvégienne, Renée Zellweger s'intéresse au métier d'actrice dès le lycée, où elle fait partie du club de théâtre. Après son passage à l'université du Texas, elle décide de se lancer dans la comédie.

Génération 90, en 1994, lui offre un rôle plus consistant même si elle reste le faire-valoir de Winona Ryder et Ethan Hawke. La même année, les éloges qu'elle reçoit pour son interprétation de Marlene, jeune fiancée d'un psychopathe dans le thriller Love and a .45, l'encourage à s'installer à Los Angeles.

C'est dans la capitale du cinéma que la carrière de la jeune comédienne prend son envol. Après l'avoir vue dans The Whole wide world (1996), Cameron Crowe l'auditionne et lui offre aussitôt le second rôle féminin de Jerry Maguire, Dorothy Boyd Maguire, au détriment d'actrices comme Winona Ryder ou Marisa Tomei.

Renée Zellweger fait des comédies romantiques sa spécialité. Elle est tour à tour Betty Sizemore, une infirmière amnésique, dans Nurse Betty (2000), Anne Archer, la fiancée du presque milliardaire Chris O'Donnell dans Le Célibataire, et Irene, muse de Jim Carrey dans Fous d'Irene (2000).

L?actrice triomphe en 2001 dans Le Journal de Bridget Jones, film adapté d'un roman à succès. L'année suivante, elle s'essaie à la comédie musicale aux côtés de Catherine Zeta-Jones et Richard Gere dans Chicago de Rob Marshall. A la clé, une nomination aux Oscars. Cold Mountain lui apportera, en 2004, la reconnaissance.

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