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Restructuration sucrière ambitieuse au fort volet social

17 avril 2006, 00:00

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L?industrie sucrière continue à y croire. Le plan qui est en voie d?être finalisé pour présentation devant la Commission européenne avant le 29 avril est, pour dire le moins, ambitieux. L?avenir de l?industrie repose sur la création de quatre clusters engagés dans la production d?électricité, d?éthanol et de sucre à plus forte valeur ajoutée. La dimension sociale est fortement présente.

C?est ce qui ressort d?une importante réunion, samedi, entre toutes les parties prenantes de l?industrie pour finaliser la Multi-annual adaptation strategy 2006-2015. La mise en application du plan de restructuration coûtera Rs 24,5 milliards. Les mesures d?accompagnement de l?Union européenne ne suffiront pas. D?autres sources de financement devront être recherchées.

Arvin Boolell, ministre de l?Agro-industrie, a tenu à souligner à plusieurs reprises l?importance de la dimension sociale dans le plan de restructuration de l?industrie sucrière. ?Le volet social est très important. Nous ne voulons pas que notre société soit fragilisée.? Quelques instants plus tard, le ministre a ajouté : ?La dimension pro-poor est proéminente dans ce plan. Nous voulons éviter des problèmes sociaux à tout prix.?

Le programme de restructuration implique effectivement la fermeture de sept des onze usines qui fonctionnent actuellement. Toutes les activités seront centralisées sur quatre pôles sucriers et énergétiques à Savannah, Médine, Fuel et Belle-Vue. L?objectif est de réduire les coûts de production à travers des économies d?échelle. Deux des quatre sucreries restantes produiront plus de 150 000 tonnes de sucre. Une baisse des coûts généraux (overheads), une réduction de la masse salariale, le recours à la main-d??uvre saisonnière et la diminution de l?endettement sont les autres moyens permettant de réduire les coûts de production. Ce processus de centralisation entraînera une deuxième vague de mise à la retraite anticipée pour 1 200 employés des sucreries et 6 000 travailleurs agricoles. Ces derniers bénéficieront d?un meilleur package que le premier Voluntary retirement scheme (VRS). Un Empowerment Fund sera créé pour la formation et la réorientation professionnelle de ceux qui seront mis à la retraite. Le fonds les accompagnera par exemple pour la création de petites et moyennes entreprises.

Un troisième élément du volet social est la mise sur pied d?une nouvelle entité qui investira dans les nouveaux projets ? éthanol et énergie ? qui découlent du plan de restructuration. Cette nouvelle entité sera en quelque sorte l?équivalent du Sugar Investment Trust (SIT) qui détient 20 % du capital des sucreries au nom des travailleurs et petits planteurs. ?On ne peut ignorer la dimension de la prise de participation?, insiste Arvin Boolell.

<B>Assister les petits planteurs</B>

Il s?agit également de donner des incitations aux petits planteurs afin qu?ils se regroupent pour qu?ils deviennent plus efficients à travers des économies d?échelle. Les petits planteurs exploitant des champs dans des régions difficiles sur les plans économique et environnemental bénéficieront d?une assistance spéciale. La restructuration de l?industrie sucrière devrait permettre de faire face aux deux des trois chocs qui frappent le pays, notamment la baisse du prix du sucre et la hausse du prix du pétrole. La production d?énergie électrique à partir de la bagasse et du charbon est le point central du concept de clustering imagine. Actuellement, seulement 50 % de la bagasse est utilisée. L?objectif est de doubler la production d?électricité à partir de la bagasse, qui devrait passer de 300 à 600 gigawatts/heure (GW/h). Globalement, la production d?électricité à partir de la bagasse et du charbon devrait passer de 750 à 1 700 GW/h.

Pour cela, il faudra investir dans la construction de cinq centrales à combustion mixte bagasse-charbon d?une capacité de 42 mégawatts et une de 35 mégawatts. L?augmentation de la production d?énergie électrique à partir de la bagasse produite localement permettra de réduire l?importation d?huile lourde qu?utilise le Central Electricity Board pour générer de l?électricité. Un autre aspect important du plan est la production d?éthanol. L?objectif est d?arriver à produire30 millions de litres de ce bio-carburant qui pourra être mélangé à l?essence jusqu?à 10 %, ce qui représentera autant d?économie sur la note du carburant importé pour les véhicules. ?Avec la hausse constante du prix du brut, il nous faut réduire notre dépendance aux produits pétroliers?, déclare Arvin Boolell. D?ailleurs, le pétrolier Total et le producteur d?éthanol Alcodis se lanceront dans des tests de mélange de carburant en mai. L?éthanol peut être obtenue de deux manières, soit à partir de la mélasse, soit à partir du jus de canne. Actuellement, la loi ne permet pas d?utiliser le jus de canne pour produire de l?éthanol. Eventuellement, selon la conjoncture, il faudra produire de l?éthanol à partir du jus de canne et pour le faire, la loi devra être revue, indique Arvin Boolell.

Le plan de restructuration mise beaucoup sur l?augmentation de la production de sucres spéciaux qui se vendent à des prix plus rémunérateurs que le sucre roux. L?objectif est que les sucres spéciaux représentent jusqu?à 50 % de la production totale. Actuellement, Maurice exporte 60 000 tonnes de sucres spéciaux annuellement. Le Syndicat des sucres entamera au début de cette semaine une mission de prospection en Europe afin de trouver de nouveaux débouchés pour ces sucres.

<B>Pertes de Rs 400 millions</B>

La stratégie passe également par l?élimination des pertes. Une hausse du prix du sucre est implicitement envisagée puisque le plan évoque la réduction des pertes de Rs 350 millions encourues par l?industrie sucrière sur la vente de sucre sur le marché local. Avec les faibles productions de ces dernières années, la priorité a été accordée à honorer nos engagements sur les marchés européen et américain. Pour satisfaire le marché local, le Syndicat des sucres est contraint d?importer du sucre sur le marché mondial, notamment d?Afrique du Sud. Or, il se trouve que le prix sur le marché mondial a flambé, notamment à cause du Brésil qui préfère se consacrer à la production d?éthanol plutôt que de sucre. L?industrie estime ses pertes cette année à Rs 400 millions.

La réduction du financement des institutions périphériques à l?industrie à travers le cess money est également un objectif. Le cess représente quelque Rs 620 millions et l?objectif est de réduire ce chiffre de Rs 300 millions à Rs 200 millions. ?Il est possible que des institutions devront fusionner?, indique Arvin Boolell.

Pour le ministre de l?Agro-industrie, le plan de restructuration est viable et vaut certains sacrifices et décisions difficiles car l?industrie sucrière a un ?immense potentiel?. Mais tout dépendra du financement. En 2006, Maurice ne peut s?attendre qu?à 6 millions d?euros mais entre 2007 et 2013, les montants devraient être plus importants. Maurice souhaite que près de 60 % des investissements soient effectués entre 2007 et 2009. Le fait que la Commission européenne ait choisi de décaisser les plus importants montants pour après 2010 n?arrange pas le pays. Il faudra tenter de la faire changer d?avis, tout en recherchant des bridging loans.

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