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Responsabilité citoyenne
par Nazim ESOOF
Au lendemain du dépôt des candidatures et des meetings des deux principaux blocs politiques, le vent de folie électorale souffle déjà sur le pays. La guerre des nerfs a commencé entre les deux alliances. Les politiques des deux bords vont devenir plus incisifs. Même s?ils vont s?excommunier, ils font partie de la même race. C?est cela qu?il s?agit de ne pas oublier aujourd?hui et ce jusqu?au scrutin pour préserver l?essentiel, soit la paix sociale. Il est dans le mécanisme des politiques de jouer de la passion des électeurs pour en fédérer un maximum. De la passion, c?est ce qu?on voit justement dans les meetings et autres réunions, c?est-à-dire chez tous ceux qui ne font pas les élections. Ceux-là ont fait leur choix et il semblerait que la vraie majorité, celle des électeurs qui n?ont pas l?adhésion facile, ne soit ni dans un camp ni dans l?autre.
C?est cette majorité que les deux blocs vont désormais courtiser. Jusqu?ici, ils s?y prennent plutôt mal parce que les repères de la politique traditionnelle sont brouillés. On veut s?adresser aux jeunes, mais on ne connaît pas leur langage. On veut parler aux femmes, mais on finit par se montrer condescendant. La classe politique, dans son ensemble, est coupée des réalités du pays. D?un côté comme de l?autre, on évoque la notion de proximité. C?est devenu la recette magique. Une véritable panacée !
Nous évoquons depuis quelque temps déjà la crise qui secoue la société politique. Cette crise, elle est bien réelle. Elle est dans les mots de nos politiques. Elle est dans leurs gestes. Dans cette fausse confiance qu?ils affichent. Dans cette humilité de circonstance. Dans cette soif du pouvoir qu?ils tentent de masquer avec un vernis de raison. Il ne s?agit pas ici de décrédibiliser davantage cette société politique et encore moins de décourager ces nombreux jeunes qui se jettent dans l?arène.
Mais il importe de rappeler que le système des partis politiques mauriciens est devenu archaïque. Qu?il y a un hiatus entre la société politique, incapable de se débarrasser de ses oripeaux ethniques, et une société civile qui exprime, souvent mal, une aspiration citoyenne profonde. A ces citoyens, à ces nouveaux électeurs, à tous ceux qui ne se retrouvent pas de manière inconditionnelle et aveugle dans un groupe ou dans un autre, à tous ceux-là donc d?envoyer un signal aux politiques.
Un signal qui va faire litière des idées reçues. La plus importante de ces idées, c?est celle qui a trait à la méfiance vis-à-vis de la population. Certains de ces hommes qui nous serrent la main, qui nous sourient, qui viennent quémander notre vote, se voient en princes héritiers d?un pouvoir divin. Le signal à leur envoyer est celui d?une citoyenneté pleine et ouverte. Celui d?une ambition d?une République qui aspire continuellement au mouvement. Nous avons raté plusieurs rendez-vous avec notre histoire. Elle ne nous sera pas toujours indulgente en nous proposant des tarifs préférentiels pour racheter notre âme.
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