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Regardons l’avenir
<B>Par Eric Ng Ping Cheun</B>
Alors que d’autres études sondent les sentiments des chefs d’entreprise, le baromètre “PluriConseil-l’express” interpelle des analystes économiques et financiers qui occupent des postes de responsabilité, à savoir des économistes, des cambistes, des agents de change, des gestionnaires de fonds d’investissement et des directeurs financiers. Les analystes, sollicités pour donner leur appréciation des perspectives économiques d’ici à un an, ne regardent pas l’économie dans un rétroviseur. C’est l’avenir qui les intéresse.
Ces rappels sont utiles dans la mesure où, contrairement à d’autres études, le présent baromètre indique, une nouvelle fois, un recul du pessimisme parmi les analystes. Encore majoritaires certes, ils sont maintenant 57 % à se déclarer “assez pessimistes” sur les perspectives de notre économie. Mais il faut faire ressortir que, pour la première fois depuis que cette rubrique existe, le sentiment de “très pessimiste” est absent parmi les analystes alors que 20 % des répondants se disaient encore “très pessimistes” en janvier dernier.
En novembre dernier, le pessimisme était omniprésent, touchant 90 % des analystes. Parallèlement, une étude patronale effectuée à cette époque révèle une progression du pessimisme dans le monde des affaires, surtout dans les secteurs de l’agriculture, de la manufacture et de la construction. Cela se comprend parfaitement : ces trois activités ont subi, en 2005, une croissance négative de 6,5 %, de 5 % et de 4,4 % respectivement.
Mais regardons l’avenir. Dans notre présent baromètre, les pessimistes trouvent décevantes les dernières prévisions du Central Statistics Office, de la croissance économique de 2006, révisée à la baisse à 4,7 %. Mais les optimistes trouvent que la situation reste gérable. Huit secteurs productifs connaîtront une croissance égale ou supérieure au taux global : le sucre (5,8 %), la construction (5 %), le commerce de gros et de détail (4,7 %), l’hôtellerie et la restauration (7,8 %), le transport et la communication (7,5 %), l’assurance (5 %), la banque (7,8 %) et l’immobilier (6,5 %).
Un analyste devenu optimiste s’explique : “Firstly, I expect the tourism industry to contribute substantially to the economy, even if chikungunya has had a negative impact during the past weeks. When this will no more be a threat in the coming weeks, I believe that, with the international campaigns undertaken to promote Mauritius and with even more hotel rooms being made available in the coming months, the situation is going to improve. Secondly, I sense that the government is now aware of the current bad economic condition and, with the coming Budget in June, I feel that some tight measures will have to be brought in, whether the population likes it or not. Thus, looking over the next year, these measures will definitely contribute to a hopefully better economic outlook.”
Un analyste, qui passe de “très pessimiste” à “assez pessimiste”, se justifie : “I am less pessimistic for the short term because the drivers “tourism” and “agro-industry” are getting considerable attention and the former, due to the pragmatism of the minister, is already paying dividends. However I am still not convinced that the government has any clue of how to address our structural unsoundness, although the competition bill augurs an enhanced economic freedom in the country. The commitment to fiscal discipline is a positive sign but only the future will tell us whether it is hot air or not.”
On sait que les patrons, comme l’indique une récente étude, sont toujours optimistes sur leur entreprise qu’ils connaissent bien, mais pessimistes sur l’économie qu’ils connaissent moins bien. Ils ne seront probablement jamais positifs sur l’orientation de nos politiques économiques et monétaires, puisqu’ils ne jurent que par la dépréciation de la roupie et par le moins d’impôts possible. Et pourtant, après un recul de 1,6 % l’année dernière, l’investissement privé reprendra à un taux de 9,1 % en termes réels en 2006...
Le secteur privé craint qu’un éventuel budget d’austérité, pour assainir les finances publiques, ne le pénalise. Mais on laisse entendre que des mesures budgétaires viendront réduire les “business costs”. On peut déduire que c’est en fonction du degré de consolidation fiscale que la Banque de Maurice décidera de sa politique monétaire.
Ainsi, la grande majorité des analystes pense que la Banque centrale ne relèvera pas le taux d’intérêt avant la présentation du budget national. Faute d’un resserrement monétaire, il faudra attirer beaucoup d’investissements directs étrangers pour alimenter le marché des devises, toujours déficitaire. On serait rassuré si une institution étrangère rachetait les 65 millions d’actions de la State Bank of Mauritius détenues par la Nedbank...
Regarder l’avenir, c’est aussi voir ce qui ne va pas. Ainsi de la manufacture locale qui, après une croissance réelle de 6 % en 2004, a stagné à 1 % en 2005 et piétinera à ce même taux en 2006. L’industrie locale, qui contribue pour 11 % du produit intérieur brut aujourd’hui, continue de perdre des parts de marché au profit des produits importés. Elle mérite une attention particulière si le gouvernement veut qu’elle compense les pertes d’emploi dans la zone franche.
Il faut espérer que le ministre des Finances respectera sa devise dans son budget : sans investissement, pas de croissance. Pour l’instant, signe que l’incertitude est encore là, les investisseurs seraient moins enclins à faire des placements à long terme. Investir, c’est miser sur l’avenir.
<I>(www.pluriconseil.com)</I>
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