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Razack Mohamed ou le déclic du vote musulman

9 août 2006, 00:00

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Les politiciens mauriciens disent toujours que ?ce sont les musulmans qui font les élections?. Est-ce vrai ? En tout cas l?histoire de Maurice le démontre. Surtout à travers la vie de Sir Abdul Razack Mohamed dont le pays a célébré, le 1er août, le centenaire de sa naissance.

Rien d?abord ne prédisposait ce politicien ?mauricien? peu conventionel car né à l?étanger, qui débarque à Maurice à 20 ans pour s?occuper des affaires de son père, à s?impliquer dans la politique. Cet homme qui a répliqué à ses détracteurs qui l?accussaient de vendre du Chivas Regal, ?oui, je vends ces choses-là mais je ne vends pas ma communauté ou ma religion?. Cet homme qui, plusieurs années après, en 1957 à Londres, lors de la conférence constitutionelle dira la même chose. ?Mon devoir premier est envers ma communauté.?

Pour ceux dans la République de Maurice de 2006 qui trouvent ce commentaire déplacé, le livre de Moomtaz Emrith, lancé lors des célébrations du centenaire, rappelle les conditions dans lesquelles les gens de ?couleur? se sont battus pour se faire une place dans la politique active à Maurice, en début de siècle dernier. Lutte qui a débouché sur le système électoral actuel, incluant son best loser system, attribué à Abdul Razack Mohamed, une solution trouvée pour satisfaire la communauté musulmane.

C?est en 1940 que Abdul Razack Mohamed se jette finalement dans l?arène politique? après s?etre imposé comme membre très influent et respecté de la communauté? et devient candidat indépendant pour les élections municipales. Il a, à ses cotés, Seewoosagur Ramgoolam et Goolam Atchia, contre l?Union mauricienne (UM) représentée notamment par Raoul Rivet et Edgar Laurent. L?UM avait dans sa liste de candidats un seul représentant de la communauté indo-mauricienne, un musulman, Mamode Affazul. Mais ce sera son seul candidat qui ne sera pas élu, ce qui illustre la façon dont les partisans de l?Union mauricienne avaient voté. La bourgeoisie créole et les Franco-Mauriciens avaient voté pour leurs représentants éthniques mais n?avaient pas soutenu le candidat musulman.

C?était comme un déclic chez Mohamed qui demande alors la révision du système. Il montera alors au créneau pour demander que la communauté indo-mauricienne reçoive une part juste ?du gâteau national?. Cette même année, le journal Advance sera créé par Seewoosagur Ramgoolam et Anauth Beejadhur. Il devient le porte-parole de la communauté indo-mauricienne dans sa lutte pour des droits politiques et sociaux. Le journal servira aussi à faire campagne et à répondre aux détracteurs.

Aux municipales de 1948, il fera une contre-proposition à la proposition de l?UM, devenue Groupement des douze, à ce que Seewoosagur Ramgoolam? du même groupe? devienne maire au lieu d?Edgar Laurent parce que ?la communauté hindoue n?a jamais eu de maire et cela allait aussi aider à dissiper ce sentiment de malaise comme quoi le siège de maire n?était réservé qu?à quelques select few?. Proposition? comme il s?y attendait? poliment rejetée.

Mais quelque temps après, Mohamed se rapproche de Jules Koenig et troque son kurta contre des vêtements européens (les journaux de ses anciens ennemis ne l?appelleront plus mangeur betel malgré qu?il ait gardé sa vieille habitude). C?est aussi le temps où le racisme bat son plein avec la peur que les Indo-Mauriciens prennent le pouvoir avec une certaine émancipation.

Mais c?est aussi la période où le Pakistan prend naissance. La communauté connue comme ?indomauricienne? est désormais divisée en ?musulmane? et ?hindoue?, ce qui expliquerait la division de ces communautés, s?urs à un moment. C?est l?analyse de l?écrivain Emrith.

Une nouvelle Constitution est promulguée en 1948 et les élections générales se tiennent. Avec l?acceptation des propositions des différents leaders politiques, dont Abdul Razack Mohamed, la liste des électeurs s?alonge. De 11 844, elle devient longue de 71 782. Mais les musulmans, avec une population de 16 %, éprouvent des difficultés à faire élire un seul candidat. Mohamed réalisent que la nouvelle Constitution?dont il a aidé la conception? ne servira pas les intérêts des Musulmans en termes de représentation. C?est, d?après Emrith, le moment où les musulmans de Maurice réalisent leur faiblesse politique et commencent à partager l?appréhension de la population générale concernant une trop forte majorité hindoue.

<B>?best loser system? divulgué</B>

C?est vers cette même période que Seewoosagur Ramgoolam se joint au Parti travailliste (PTr) et commence à se battre pour l?indépendance. Et démarre ce que Emrith appelle le ?hindu bashing?. Bien que le PTr demande le suffrage universel? ce pour quoi Mohamed avait toujours lutté? ce dernier ira donner son support à Jules Koenig et rejoindre ?la droite?.

La période qui suit ne sera pas bonne pour Mohamed. Egratigné par une enquête sur l?organisation des municipales alors qu?il était maire de Port-Louis, il perd les élections.

C?est au nom de la lutte ?contre le nationalisme hindou dans l?intérêt de tous les Mauriciens? que Mohamed et Koenig restent unis. Mais des fissures commencent à apparaître. Lors des municipales de 1955, où Mohamed ne sera pas élu, il réalisera que les musulmans avaient voté pour les candidats du Parti mauricien (PM) mais que les électeurs du PM ne leur avaient pas rendu la pareille.

C?est l?heure de repenser la statégie politique pour Abdul Razack Mohamed. Bickramsingh Ramlallah, du Mauritius Times, lance alors un appel aux musulmans, leur disant qu?ils sont des ?pions entre les mains de l?oligarchie.? D?après Moomtaz Emrith, une caricature dans le journal montrant Koenig sur les épaules de Mohamed fut symbolique de la prise de conscience des mulsulmans d?avoir été utilisés.

Et Mohamed prendra peu à peu ses distances de Koenig surtout après avoir constaté qu?ils n?étaient pas sur la même longueur d?onde en ce qui concerne une politique de représentation communale. Le best loser system aurait été ?divulgué? à Mohamed avec le message que les autorités britanniques étaient en faveur d?un tel système ? le moindre mal ; Mohamed et ses amis s?empressent de le proposer. C?est juste après que le Comité d?action musulman (CAM) est fondé.

Une fois le cordon coupé avec le PM, le CAM s?unit logiquement avec le PTr, qui connaît l?hémorragie de certains partisans hindous vers l?Independent Forward Block et les partisans créoles vers le PM.

Les conditions qu?imposera Mohamed seront sujets à controverse? le PTr ne pouvait avoir en son sein un membre et un candidat musulman. Mais la fin justifiant les moyens, le PTr acceptera sans réserves les conditions du CAM. La suite, on la connaît.

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