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Ravi Aron Consultant en Business Process Outsourcing

18 août 2003, 20:00

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Au cours d?un exposé d?une heure, devant huit membres du gouvernement, dont le Premier ministre et le vice-Premier ministre, vous venez de faire des propositions pour une stratégie de développement des technologies de l?information et de communication (TIC) à Maurice. Pouvez ?vous nous en donner les principaux éléments ?

La taille de Maurice lui impose une concentration des activités dans des segments bien spécifiques. Je pense notamment à la sous-traitance (outsourcing) dans les domaines des services financiers, de la biotechnologie, et du tourisme où vous possédez déjà un certain savoir-faire. Une fois ce positionnement choisi, vous devez vous demander comment faire pour attirer l?investisseur. Je ne crois pas à l?efficacité des roadshows. Il faut cibler cinq ou six P-d.g. et aller à leur rencontre. Trois ne s?intéresseront pas à vos propositions. Des trois qui vont manifester un certain intérêt il s?en trouvera un qui va réellement démarrer une entreprise chez vous.

Vous avez certainement évoqué avec les dirigeants mauriciens la question de formation?

J?ai souligné qu?il faut faire la différence entre le Savoir et les compétences. Ce dont vous avez besoin pour votre industrie informatique, ce ne sont pas des ingénieurs possédant le savoir. Il vous faut des jeunes issus du collège auxquels on a appris certains ?skills? spécifiques. Voilà pourquoi je propose la mise sur pied d?urgence d?un Skill Certification Programme destiné à ceux qui veulent travailler dans le BPO (Business Process Outsourcing). Il s?agit de transmettre des aptitudes de base dans le domaine des secteurs financiers par exemple. Evidemment, il faudra aussi envisager la formation de cadres à travers un Executive Development Programme.

Comment élabore-t-on ce programme de ?skill certification? ? En modifiant le programme d?études du secondaire ?

Non, il faut démarrer en interrogeant les opérateurs du secteur que vous avez ciblé pour savoir quelles sont les compétences qui sont requises pour y opérer. Vous recrutez ensuite des jeunes ayant un certificat généraliste du secondaire et vous leur apprenez les compétences identifiées. Apprendre la philosophie de Socrate , cela élève l?esprit mais n?ouvre pas la voie à un job.

Comment fait-on pour intéresser un industriel américain à faire de l?outsourcing dans un petit pays au milieu de l?océan Indien?

Il faut vendre l?idée que Maurice peut offrir un ?extended business environment?, c?est-à-dire prolonger une activité qui se fait ailleurs. Je donne un exemple. Une firme américaine dispose d?un centre BPO à Bangalore avec 1 200 postes installés. Elle serait prête à ouvrir un centre à Maurice avec 40 postes pour contrôler l?activité qui se fait à son centre en Inde. Ce type de surveillance ne peut se faire qu?à distance pour éviter une complicité entre des gens du même milieu social . Le centre mauricien devient un chien de garde. Ensuite, il y a des avantages certains à utiliser Maurice pour créer des centres de sauvegarde de données (recovery centre) pour assurer la continuité du business au cas où une catastrophe survient dans le pays où s?exerce l?activité principale.

Oui, mais d?abord il y a une campagne à mener pour faire savoir que Maurice existe?

Vous devez produire beaucoup de brochures et les distribuer dans les milieux concernés. Mais cela ne remplacera jamais le contact direct. A ce niveau , je dois préciser qu?il faut éviter à tout prix la cacophonie. Maurice doit parler d?une seule voix. Cela implique une coordination entre les différents organismes qui s?occupent de l?industrie informatique et la désignation d?un porte-parole unique.

Justement dans quelle mesure la responsabilité du marketing incombe-t-elle au gouvernement ?

Le gouvernement doit faciliter la promotion du pays auprès des investisseurs potentiels jusqu?au moment où l?industrie a développé une masse critique pour voler de ses propres ailes. En tout cas, aucun grand industriel ne se déplace si c?est pour rencontrer un fonctionnaire. L?homme d?affaires est rassuré quand il a un dirigeant politique en face de lui.

Estimez-vous que les infrastructures sont adéquates à Maurice pour créer une industrie informatique ?

En termes de bande passante disponible par unité de travail, vous êtes au même niveau que l?Inde, légèrement en avance sur l?Australie et le Singapour et nettement devant la Chine et les Philippines.

Le ministre de l?Informatique, Pradeep Jeeha, prédisait au début de son mandat que 20 000 emplois seront créés dans l?industrie des TIC d?ici 2 005 ? Est-il réaliste de penser que cet objectif sera atteint ?

En 1997 quand Hyderabad lançait sa cybercité, cette ville avait un niveau de développement de loin inférieur à celui de Maurice. En moins de cinq ans, plus de 125 000 emplois, directs et indirects ont été créés dans le domaine des TIC dans cette ville. Oui, Maurice a les atouts pour réussir. Parmi tous ceux qui s?y essaient, il y a bien peu qui parviendront au but. Vous avez l?environnement social qu?il faut, le tempérament et les attitudes nécessaires. Vous devez réussir. Mais de grâce ne vous laissez pas tenter par le bas de gamme, la saisie de données, les centres d?appel et les transcriptions médicales, etc. Ayez la patience d?attendre des années, si c?est le temps que cela prendra pour former des gens dans les secteurs pointus mais ?don?t get locked up in the low-end.?

Propos recueillis par Raj Meetarbhan

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