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Ratsiraka condamné à 10 ans de travaux forcés

7 août 2003, 20:00

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En exil à Paris, l?ex-président de Madagascar, Didier Ratsiraka a été condamné par contumace, à 10 ans de travaux forcés pour ?détournement de deniers publics? par la cour criminelle ordinaire d?Antananarivo. Il s?agit de la première condamnation de ?l?Amiral rouge? depuis la crise politico-militaire ayant secoué la Grande île au premier semestre 2002. L?ancien chef d?Etat est accusé d?avoir détourné 49,25 milliards de francs malgaches (7,035 millions d?euros) en juin 2002 à l?annexe de la banque centrale de Toamasina, son fief d?alors, sur la côte est malgache, juste avant de partir en exil.

Un mandat d?arrêt national a également été délivré à son encontre à l?audience. Le tribunal a aussi déclaré l?ancien président ?incapable d?exercer aucune fonction publique? et l?a condamné à une amende de 200 000 ariary (nouveau nom de la monnaie malgache, environ 142 euros). Blandin Razafinjato, qui assurait à l?époque l?intérim du ministre des Finances, et Ferdinand Velomita, responsable de l?annexe de la Banque centrale de Madagascar, ont, eux, été condamnés à six ans de travaux forcés et à une amende de 200 000 ariary. Ils font également l?objet d?un mandat d?arrêt national.

?Nous ne ferons pas de pourvoi en cassation car la décision me paraît juste?, a déclaré Me Razoeliarininivo Herisoa, avocat commis d?office en l?absence des accusés. ?Depuis la fin des événements 2002, la pensée unique est de mise à Madagascar. Tout devient politique. La peine est beaucoup trop dure alors que l?on devrait penser à la réconciliation nationale?, a déclaré Richardson Rakotomanana, président de l?Association pour la promotion des droits humains à Madagascar (APDH, pro-Ratsiraka), à l?issue de l?audience. ?A l?époque, c?était la confusion des pouvoirs à Madagascar. Ces retraits d?argent ont été faits selon les procédures régulières?, a-t-il affimé.

?Pouvoir parallèle?

M. Ratsiraka avait été contraint à l?exil en France après un bras de fer long de six mois avec l?actuel président Marc Ravalomanana, après le premier tour contesté de l?élection présidentielle de décembre 2001. M. Ravalomanana a été proclamé officiellement fin avril vainqueur de la présidentielle mais ne s?est installé définitivement dans le siège de président que début juillet 2002, après la fuite de M. Ratsiraka. L?Amiral rouge dirigeait Madagascar d?une main de fer depuis 1975, à l?exception d?une parenthèse entre 1991 et 1996.

Les faits remontent à juin 2002, à une époque où l?actuel président Marc Ravalomanana contrôlait l?essentiel du territoire. M. Ratsiraka s?était retranché avec ses derniers fidèles dans la ville de Toamasina, le premier port du pays. A partir de là, il avait organisé un ?pouvoir parallèle?, déclarant Toamasina capitale de Madagascar. Du 8 juin au 4 juillet 2002, Didier Ratsiraka avait retiré, avec l?aide de Blandin Razafinjato et de Ferdinand Velomita la somme de 49,25 milliards de francs malgaches. Le 5 juillet, Didier Ratsiraka s?enfuyait pour la France après une escale de deux jours aux Seychelles.

Pierrot Rajaonarivelo, son vice-premier ministre de l?époque, a pour sa part été condamné le 14 mars 2003 à cinq ans d?emprisonnement par contumace. Ce jugement a été confirmé en appel le 1er août. Le procès de Tantely Andrianarivo, un ex-premier ministre de Didier Ratsiraka est fixé, après d?innombrables renvois, au 8 août prochain. Selon Liliane Razafinirina, de l?Association des familles des prisonniers politiques, sur 373 personnes poursuivies suite à la crise politique de 2002, 250 sont actuellement détenues dans les prisons de la capitale, dont 193 prévenus et 57 condamnés.

© Le Monde 2003 distribué par The New York Times Syndicate

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