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Ranjana : ?Je ne voulais pas tuer mon beau-père?
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Ranjana : ?Je ne voulais pas tuer mon beau-père?
?Pourquoi t?es-tu mariée et as-tu eu des enfants ? Tu es à moi !? Lasse de ces commentaires récurrents, Ranjana Ramgoolam agresse son beau-père, Balmick, le dimanche 14 mai. Il est mort le lendemain. Accusée de coups et blessures, elle est remise en liberté provisoire vendredi. Bien que son parler soit désordonné, elle reste cohérente dans les faits. Elle raconte à l?express les étapes ayant abouti à ce geste fatal, où le viol est un leitmotiv, bien que la police, dit-elle, en eut été au courant. Haine, crainte et souffrance sont exprimées de vive voix. Sa part de vérité.
Assise sur la balustrade de la terrasse, à la maison où s?est joué le drame, rue Dindoyal, Rivière-du-Rempart, Ranjana tient un langage cru. Agée de 28 ans, frêle, son langage est gestuel en relatant ce que le défunt lui a fait endurer depuis l?âge de cinq ans. ?Je ne voulais pas le tuer. Je cherchais uniquement à le faire avouer ce qu?il m?a fait subir pendant ces années?, lâche-t-elle. Elle prend à contre-pied la version des proches du défunt, selon laquelle ses propos ne servent qu?à masquer la vérité.
D?emblée, elle maintient que Balmick est ?son beau-père, un vicieux, une brute qui buvait du rhum à longueur de journée quelques semaines avant sa mort?. Quand elle entre dans les détails de sa vie, Ranjana est encore plus nerveuse. D?autant plus qu?elle vit séparée de son mari, en raison des troubles psychologiques engendrés, dit-elle, par ?son passé?.
<B>?Il avait tenté de m?électrocuter?
Depuis qu?elle a cinq ans, dit-elle Balmick se conduisait violemment avec elle, ?en lui balançant des coups de pied au ventre?. Au fur et à mesure qu?elle grandit, son ?beau-père? lui accorde un vif intérêt, qui se traduit dans les gestes à neuf ans. ?Quand mon beau-père me baignait, il se déshabillait complètement. Il me forçait à subir des sévices. Etant petite, je m?exécutais. En voyant mon attitude, ma mère finit par s?en douter?, fait-elle ressortir, après de longs détours sur le passé.
Autant elle déverse des propos haineux sur son ?beau-père?, Ranjana demeure très élogieuse à l?égard de sa mère. A-t-elle fait part de ces sévices aux autorités ? ?Ma mère a rapporté l?affaire au poste de police de la localité. Ils m?ont dit de rester loin de lui. Je patientais chez ma voisine d?en face jusqu?à 17 h 30, en attendant que ma mère retourne du travail. Cette situation l?embêtait. Il me frappait. Il avait tenté de m?électrocuter. Il s?exhibait.?
La partie de cache-cache avec Balmick ne sera pas éternelle. Vite, Ranjana voit le piège se refermer. Elle ne s?en extirpera qu?à coups de dépositions à la police. Employé en tant que chauffeur sur une propriété sucrière, le défunt rentrait à la maison aux alentours de 16 heures. Ranjana, qui dit subir les coups et l?exhibitionnisme de son ?beau-père saoul?, attendait qu?il prenne sa douche pour se faufiler par la petite porte pour se réfugier chez sa voisine. ?Un beau jour, il m?a coincé en fermant les portes à clé. Il m?a dit que s?il était resté avec ma mère, c?était pour moi.? Cette misère dure jusqu?à l?âge de 15 ans. A partir de là, Ranjana dit se rendre presque quotidiennement à la police pour dénoncer Balmick. En vain.
Elle se marie et a deux enfants. Son époux, constable, était, dit-elle, au courant de ces violences paternelles. Mais le passé a vite raison du couple. Ranjana, devenant dépressive, doit se faire soigner à l?hôpital Brown-Séquard. De retour à la maison paternelle, la violence, explique Ranjana, est toujours là. Mais elle est verbale. En 2006, Balmick est devenu alcoolique. Quelques semaines avant sa mort, se rappelle la jeune femme, il est admis à l?hôpital. Après un détour chez des proches, il revient à la maison. Sa femme et sa fille en prennent pitié. ?Il payait pour le mal qu?il nous avait fait. A partir de là, il ne se douchait même pas. Il buvait du rhum tous les jours. Il puait. Il insultait. Il me disait que je n?aurais pas dû me marier, que je lui appartenais.?
Le jour fatidique, il était allongé sur un sofa. Ranjana explique avoir eu, ce jour-là, une altercation avec un proche venu rendre visite à son beau-père. Le soir, alors qu?elle prépare le dîner, Balmick se remet à crier. Elle craque. Son poêlon contenant de l?huile chaude à la main, Ranjana le menace. Il lui donne un coup de pied. L?huile se déverse sur lui. Il tente alors de l?agresser mais elle s?échappe et cherche de quoi se défendre. Une planche fait l?affaire. Les proches de Balmick viennent à son secours. Ranjana, elle, se cache dans les toilettes. Jusqu?à ce que la police vienne la chercher?
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