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?Rang de Basanti?
On pourrait comprendre une probable irritation de Rakeysh Mehra réalisateur de Rang de Basanti, des autres scénaristes de ce film et des Indiens en général devant l?obsession du reste du monde pour Mohandas K. Gandhi et pour lui seul. ?Gandhi se vend bien?, disent les responsables d?une maison de production anglaise pour justifier leur refus de subventions à Sue McKinley (Alice Patten), jeune réalisatrice voulant faire un film sur cinq révolutionnaires indiens qui, dans les années 1930, avaient choisi la lutte armée.
Furieuse, elle les envoie tous promener et se rend toute seule à New Delhi avec pour tout équipement un appareil qui ressemble fort à une caméra 16mm et se fiant à quelque chose comme la Providence pour le financement et le reste, notamment les acteurs et figurants.
Les personnages typés font partie des conventions du cinéma populaire indien, comme de tout cinéma populaire. La joyeuse bande d?étudiants que choisit la réalisatrice pour interpréter les personnages historiques de son film sont censés être représentatifs de la jeunesse indienne. On pourra toutefois se demander si ceux qui, à Hollywood comme à Bollywood, écrivent des scénarii pour ?films de jeunes? ont eux-mêmes fait des études tertiaires. Leurs personnages sont toujours occupés à tout, sauf à leurs études ; on ne les voit jamais assister aux cours, ou même faisant mine de s?y rendre. Ceux de Rang De Basanti ne font pas exception et ils ont, chacun, un de ces traits de caractère (forcé, grossi) qui réunis, définiraient n?importe quel jeune adulte de n?importe quel pays. Reste qu?ils sont des personnages sympathiques et chaleureux auxquels on s?attache dès le premier instant ; en cela, ils sont réussis et bien interprétés.
On pourra cependant contester le fait que le film nous présente ces jeunes gens comme étant superficiels. Après tout, quelqu?un s?occupant à ne rien faire au lieu de travailler à devenir comptable, avocat ou gestionnaire a au moins le mérite d?avoir découvert la supériorité de l?être sur l?avoir.
On se posera aussi bien des questions sur le réalisme de certains passages. Comme de voir Sonia (Soha Ali Khan) fiancée à un pilote de chasse gras du bide alors que ces gens-là sont supposés être en excellente condition physique.
Mais d?un autre côté, le mépris d?un réalisme trop banal a toujours été une autre des conventions tacites du cinéma bollywoodien, comme l?histoire d?amour, en l?occurrence celle qui naît entre Alice Patten et Aamir Khan. Cela n?est pas mauvais en soi, et on peut choisir d?adhérer à cette démarche.
Rang De Basanti étant justement l?histoire de la prise de conscience par ces jeunes gens des nobles idéaux qui motivèrent leurs aînés, on se demandera s?il était nécessaire que le récit aille aussi loin dans le pathos pour que ces derniers soient mis en présence des maux (corruption, injustice) de leur société.
D?autres avenues auraient probablement été plus porteuses pour le film, comme l?intégration de l?extrémiste hindou Laxman (Atul Kulkarni), au groupe. Certains passages tournés comme des publicités pour boissons gazeuses sont, de par leur totale inutilité, aussi irritants que ces incessants retours aux années 1930. Autant de parallèles sans cesse soulignés entre les grands révolutionnaires et les jeunes gens poussés à l?action radicale. Cela finit par faire ressortir les grosses ficelles du film et alourdir le récit.
Pourtant, Rang De Basanti a de réelles qualités, et il y a même certains passages qui sont beaux, car pleins d?une chaleureuse humanité. Dommage que cette voie n?ait pas été suivie.
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