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Ramgoolam et Cuttaree : Anatomie d?un discours

26 septembre 2005, 20:00

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Petit Etat insulaire en développement (PEID), Maurice a su surmonter son exiguïté et son isolement physique pour jouir d?une crédibilité supérieure à celle de bien de ses voisins africains. Serait-ce en raison de la cohérence de la politique étrangère mauricienne ? Une brève comparaison entre l?intervention de l?ancien ministre des Affaires étrangères, Jayen Cuttaree, devant la 59e séance de l?Assemblée générale des Nations unies, l?année dernière, et celle du Premier ministre, il y a une semaine, laisse entrevoir une politique internationale étonnamment consistante. A quelques effets stylistiques près, changement de régime oblige?

L?on observe ainsi dans la position mauricienne des thèmes récurrents : la pauvreté, le terrorisme, la non-prolifération des armes nucléaires, la situation en Iraq et au Moyen-Orient, le cycle de Doha, la réforme des Nations unies, Tromelin et, bien sûr, les Chagos. Ce dernier sujet fait toujours couler beaucoup d?encre, car c?est la seule occasion où Maurice choisit de défier ouvertement un ou plusieurs membres du Conseil de sécurité. Quelques nuances, toutefois, subsistent dans les deux approches. Le ton de Jayen Cuttaree est, dans l?ensemble, plus ferme que celui du Premier ministre actuel. Il promet d??utiliser toutes les avenues qui nous sont ouvertes pour que nous puissions exercer pleinement nos droits de souveraineté sur l?archipel des Chagos?. Il n?oublie pas non plus de parler de la ?dimension humaine tragique?. Navin Ramgoolam, lui, réitère ?nos revendications légitimes sur la souveraineté de l?archipel des Chagos?, et ?réitère? le souhait de Maurice de discuter avec la Grande-Bretagne afin de trouver un ?early settlement of this issue?.

Les deux hommes ont également exprimé le souhait que l?Inde devienne un membre permanent du Conseil de sécurité et ont tous deux souligné le rôle important de la Southern African Development Community démontrant ainsi que cette organisation régionale occupe une place importante dans les projets d?avenir de Maurice.

Si les idées se ressemblent, l?approche varie. A titre d?exemple, Jayen Cuttaree avait choisi de mettre l?accent sur la coopération régionale et internationale, alors que Navin Ramgoolam a adopté devant la 60e séance de l?AG des Nations unies le même thème qui avait permis à l?Alliance sociale de remporter les législatives, à savoir ?Putting People First?.

On note également la propension assez déconcertante du nouveau Premier ministre à vanter les mesures populaires instaurées récemment par son gouvernement. ?La première série de décisions sociales prise par mon gouvernement a été d?accroître l?état providence pour offrir le transport gratuit aux étudiants et aux personnes âgées, ainsi que de rétablir la pension de vieillesse pour tous les citoyens.?

Quant à Jayen Cuttaree, il évite toute référence à la politique locale, préférant mettre en lumière la vulnérabilité des PEID et les difficultés auxquelles ils font face. Il semble également développer les thèmes de manière plus détaillée que ne le fait Navin Ramgoolam. Celui-ci toutefois a le mérite de présenter un discours bref et concis. Il survole les sujets de manière à ne rien négliger sans toutefois trop s?attarder sur l?un en particulier. Ce sont là des nuances attribuables davantage à la personnalité des intervenants qu?à un changement de gouvernement.

Il ne faut pas non plus oublier les contextes dans lesquels ces discours ont étés prononcés : celui de Jayen Cuttaree peu avant la réunion de Maurice sur les PEID, celui de Navin Ramgoolam peu après le sommet du G8 à Gleneagles. Ce qui explique que le premier focalise l?attention sur les PEID alors que le deuxième privilégie l?Afrique. Navin Ramgoolam dénonce, à raison, les pratiques déloyales des pays riches qui ont eux-mêmes conçu les règlements de la libéralisation du commerce. Il n?oublie toutefois pas de rappeler aux pays pauvres leurs responsabilités?

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