Publicité

Rama Sithanen ou l’assurance tranquille

10 juin 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

On l’attendait tendu mais le ministre des Finances, Rama Sithanen, affiche l’assurance tranquille. C’est le visage frais, rasé de près et parfumé qu’il arrive au petit déjeuner. Sa tasse de thé à peine avalée, les coups de téléphones se succèdent.

Avant de remettre à Rajiv et à Ravi, ses deux gardes du corps, son sac de travail et le costume qu’il revêtera dans l’après-midi, il reconnaît que son calme olympien vient de sa décision d’accomplir son devoir. «C’est le cinquième budget que je présente mais il est le plus difficile car le contexte s’est modifié. La maladie a changé, le remède doit différer. Depuis six mois, j’ai pris la décision d’être responsable, quoi qu’il arrive, d’accomplir mon devoir et de prendre les dures décisions qui sont des short-term pains for long-term gains.»

Sa recette : une guerre sans relâche contre le gaspillage et la mauvaise utilisation des ressources publiques. «C’est triste de fermer la Development Works Corporation mais nous n’avions pas le choix. Quand la moitié des 50 000 chômeurs de ce pays n’ont pas le Certificate of Primary Education, nous ne pouvons continuer à jeter de l’argent dans des trous sans fonds. Il faut investir dans la formation et la réinsertion. L’objectif principal est de résoudre le chômage, relancer l’emploi pour combattre la pauvreté. Le reste ne sont que les moyens pour arriver à cette fin. C’est simple : plus je peux maîtriser les dépenses, moins je taxerai les gens.»

C’est alors qu’il laisse entendre que la décision courageuse pour réformer le système de pensions qui court vers sa perte est l’extension de l’âge de la retraite. «On verra demain si j’ai eu ce courage là.» Tout comme il parle de la nécessité de modifier les «perversions» de l’Etat-providence pour que l’aide aille vraiment aux pauvres, de celle d’ouvrir le pays aux technologies et idées nouvelles, de même qu’aux compétences étrangères.

C’est non sans une certaine tristesse qu’il évoque l’incompréhension de ses «amis syndicalistes» qui continuent à regarder le monde en mutation avec «des lentilles datant du siècle dernier». Rama, qui assure aussi avoir consulté le Premier ministre Navin Ramgoolam pour chacune des mesures envisagées, dit ne pas craindre d’être mal jugé par la population. «Tout le monde souhaite être populaire mais je ne veux pas être un populiste contre-productif. Je participe à une course de demi-fond, pas à un sprint. Les gens nous jugeront dans quatre ans et demi. Je garantis que d’ici là, la situation économique évoluera et qu’il y aura relance de la croissance.»

L’heure passe et Rama s’engouffre dans sa voiture de fonction - une BMW datant de 2004, qu’il n’a pas voulu changer par «esprit de discipline» - pour gagner son bureau à l’Hôtel du gouvernement. Là, sa secrétaire, l’affable Lucie, de même que la gentille Rassool, celle de Krishnanand Guptar, le secrétaire financier, s’activent à fignoler l’ébauche du discours du budget. Elles ont passé une nuit blanche à travailler bien après son départ.

Rama relit son discours sur son ordinateur portable dans un silence religieux. Ses principaux collaborateurs – Krishnanand Guptar, Ali Mansoor, secrétaire financier désigné, Benou Servansingh, son conseiller, Sen Narainen, senior advisor, Patrick Yip, directeur du Fiscal Policy, Rada Chellapermal, directeur du Financial Policy Analysis, et même Ramesh Jaunky, son conseiller dans sa circonscription, le consultent. A chaque fois qu’il quitte son bureau, Rama est la détente même : il fredonne un air quand il ne sifflote pas.

Ses trois seuls visiteurs du jour sont Dan Callikan, conseiller en communication au bureau du Premier ministre, Suresh Seeballuck, secrétaire au cabinet et chef de la Fonction publique, venu le consulter sur l’agenda des débats budgétaires, et Lormus Bundhoo, chief whip. C’est vers 12 h 03 que la version finale du budget obtient son imprimatur et part à l’impression aux Finances même. 200 exemplaires sont attendus.

Rama s’accorde une pause douceur pour déjeuner sur le pouce à La Flore Mauricienne avec son épouse Simla et leur petit dernier, Theeran. A son retour, il soigne ses cordes vocales, bientôt mises à l’épreuve, avec du miel. Vers 15 h 30, il est rejoint par Simla, en sari et sac ivoire et chignon. Lorsqu’il admet les photographes de presse dans son bureau, Rama trouve le moyen de plaisanter, les menaçant de taxer une roupie par photographie. Il s’accorde une dernière demi-heure de relecture de son discours avant d’aller affronter son destin avec la même sérénité…

Publicité