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Raj Mathur raconte nos premières législatives (1886)
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Raj Mathur raconte nos premières législatives (1886)
La proclamation des writs elections et la désignation d’une nouvelle fournée de Returning Officers (1. Bernard Sik Yuen, 2. R. Soopramanien, 3. Désiré Basset, 4. Ahmad Jeewah, 5. S. Moosun, 6. Y. Gopaul, 7. Ivan Collendavelloo, 8. S. Patten, 9. S. Naidu, 10. R. Proag, 11. O. Ramdenee, 12. G. Marjolin, 13. K. Matadeen, 14. U. Pertaub, 15. B. Seetulsingh, 16. Hurrychand Bhageerutty, futur candidat à la présidentielle, 17. J.R. Henri, 18. S. Hattea, 19. G. Bisasur, 20. S. Ramdin et Rodrigues, L.A. Stephen) inspirent le politologue de notre université Raj Mathur qui rédige un compte rendu de nos premières législatives, en janvier 1886.
Après trois ans d’un tumultueux débat constitutionnel, Londres concède enfin une Constitution plus libérale aux Mauriciens. Elle prévoit notamment un conseil de gouvernement de 28 membres dont dix députés élus par un collège électoral censitaire ou restreint. En feront partie le gouverneur, qui présidera, huit membres ex-officio dont les secrétaires colonial et financier, le procureur général, le commandant des troupes, neuf membres nommés dont au moins trois non fonctionnaires. Auparavant le conseil du gouvernement, que Londres concède à Adrien d’Epinay dans les années 1830, ne comprend que des membres nommés selon le bon plaisir du gouverneur. Port Louis a droit à deux députés. Les autres districts doivent se contenter d’un seul.
Se qualifient pour être électeurs environ 4 000 propriétaires seulement, hauts salariés, professionnels libéraux, sur une population de 360 000 personnes dont 250 000 travailleurs engagés d’origine indienne et les descendants d’anciens esclaves. Pour se qualifier comme électeur, il faut être un mâle de plus de 21 ans, propriétaire d’un immeuble valant un loyer mensuel supérieur à Rs 25, ou de biens immobiliers valant plus de Rs 3 000, le locataire d’une maison dont le loyer est supérieur à Rs 25 par mois, être l’époux d’une femme pouvant se qualifier comme électeur si au lieu d’être femme, elle était née homme, être le détenteur d’un permis d’opération de plus de Rs 200 par an. Une autre mesure vise à exclure les riches mais illettrés. Il faut donc savoir lire et signer son nom. Des électeurs peuvent se qualifier dans plusieurs districts s’ils peuvent prouver posséder un ou plusieurs critères d’éligibilité dans plusieurs districts.
On ne peut, bien sûr, parler de partis politiques en 1886. Il existe toutefois deux tendances qui s’affrontent devant la commission électorale quand il s’agit de régler la question censitaire. Un premier groupe, mené par William Newton, Georges Guibert et Virgile Naz, réclame un cens très élevé, privilégiant les plus gros propriétaires. Un second groupe, mené par Onsésipho Beaugeard, Sandappa et Sakir, plaide pour un cens moins élevé afin d’accorder le droit de vote à de petits fonctionnaires et aux principaux artisans. La commission électorale fait droit aux requêtes du cens élevé. Londres, plus libéral, accepte finalement le cens moins élevé de Beaugeard et de ses compagnons. Les tenants du cens élevé seront connus par la suite comme les oligarques et ceux du cens moins élevé comme les démocrates ou radicaux.
Oligarques comme démocrates n’ont pas de programme politique comme tel. On connaît seulement les principales prises de position de leurs principaux porte-parole. Curieusement les oligarques se montrent les plus libéraux. Forts de leur influence, ils réclament une certaine autonomie administrative. Ils veulent que le vote des députés élus soit prépondérant au conseil du gouvernement, surtout en matière financière et fiscale. Plus prudents et surtout plus faibles sur l’ensemble de l’île, les démocrates font preuve de plus de prudence et assurent que rien ne presse. Il sera assez temps plus loin de réclamer les amendements constitutionnels qui s’imposeront dans le temps. Ils réclament cependant un impôt sur les revenus pour atténuer la pression sur les taxes indirectes frappant tous les consommateurs indistinctement. Il faut taxer davantage ceux qui peuvent payer plutôt que de surtaxer ceux qui ploient déjà sous la misère. Ils proposent l’abolition des taxes douanières sur les commodités de base. Celle-ci peut être compensée par une surtaxe sur les produits de luxe. Ils réclament un meilleur encouragement de la production locale de produits de consommation ainsi que l’éducation gratuite et obligatoire pour tous les enfants.
<I>(A suivre) </I>
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