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Ragga meurtrier à St Hubert

13 mars 2005, 00:00

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«La vie vaut peu de choses de nos jours. On tue pour un oui pour un non? » soupire Haydee Sarah. Elle vient d?enterrer Ringo, son fils aîné, mardi. Il a été tué, à 25 ans, d?un coup de couteau au c?ur, lundi, jour proclamé férié.

Haydee montre une photo de son fils. « Guété couma li ti costaud. Li ti ene zoli garçon. Mone perdi mo lamé droite, limem ti pé paye loan lacaz.» Ringo a le visage souriant. La musique c?était sa passion. Lorsqu?il grattait sa guitare et fredonnait les morceaux de Blakkayo, il oubliait la vie difficile qu?il menait. Le jeune homme était en effet employé dans les travaux publics. « Li ti pé fouille simé. »

À St-Hubert, petit village perdu de Grand-Port, il n?y a pas grand-chose à faire à la tombée de la nuit. Ringo et ses amis trouvaient pourtant le moyen de se distraire. Une guitare et quelques bières suffisaient à leur bonheur. C?est ainsi qu?ils trompaient l?ennui, comme en ce lundi 7 mars.

<B>Ses mains maculées de sang tentent d?enlever la lame</B>

Ringo et ses amis avaient concocté un programme semblable, ce jour-là. Installés sur la terrasse de la maison, ils gratouillaient la guitare tout en fredonnant quelques morceaux de ragga.

« D?en bas, je les entendais. Puis plus tard, ils sont descendus. Ringo m?a juste dit qu?il sortait un moment. » Elle ne savait pas qu?il allait au-devant de sa mort?

Ses pas le conduisent chez les Adrian, des amis à lui. Il est 18 heures passées lorsqu?il frappe à la porte de la case en tôle. Il y a du monde chez les Adrian.

« Nou tine décide pou met ene program ici, acoze lapli », se rappelle un des invités. Ringo, qui les connaissait tous, a demandé la permission d?entrer et de participer au « program ». « Ringo ine fer zouère et li fine offert Rs 100 pou ene ti la boisson. Ene d?entre nou ine sorti pou asté deux bouteilles divin. »

Ringo s?installe alors et comme chacun connaît ses talents de chanteur, les fêtards ne tardent pas à lui demander de chanter un morceau. Kumaraden Manaroo, plus connu sous le nom de Lori, est là. Dans la case en tôle, l?ambiance bat son plein.

« En sel coute tou ine dévir enbas lahaut», raconte notre interlocuteur. Parti chercher quelques amuse-gueule dans la cuisine, un bruit inhabituel le fait rebrousser chemin.

« C?est Lori qui tentait de se sauver. Ene dimoune ti pé seye attrape li mé line ressi sauvé? » Le visage de Ringo est tordu par la douleur. Ses mains, maculées de sang, tentent d?enlever la lame que Lori a enfoncée dans son c?ur.

Il s?effondre sur le lit peu après. Comme ils n?ont pas de voiture, les amis de Ringo font appel à la police pour le transporter à l?hôpital.

« Pa ti éna aucaine signe ki Lori pou fer ene zafer pareil. D?après moi, c?est ene vengeance. Lori ti gagne ene prise de bouche avec Ringo mercredi dernier. » Dans sa déposition faite à la police, Lori (qui s?est rendu le lendemain de son forfait) affirme qu?il n?a pas digéré les insultes que Ringo aurait professé à son égard, quelques jours plus tôt. « Ringo était saoul et il m?a insulté. » À un certain moment « diskission ine levé », et il a saisi le couteau utilisé pour les amuse-gueule pour asséner un coup à Ringo. Mais la police pense que ce crime a été prémédité, car plusieurs témoins ont vu l?assassin retirer un couteau de sa poche.

D?autres émettent une autre thèse pour expliquer la folie meurtrière de Lori. Selon certains, il n?aurait pas apprécié que Ringo pousse la chansonnette?

Une enquête a été ouverte par la CID de Grand-Port/Savanne sous la supervision de l?inspecteur Callychurn. Lori Manaroo a été inculpé d?assassinat.

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