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Radio galère
Allumer la radio et entendre un bon p?tit séga de Cassiya par exemple. C?est possible le dimanche à Marseille. En se branchant sur ?Mauridance?, l?émission de Richard Narainsamy, Mauricien établi en France depuis 17 ans maintenant.
Des rythmes tropicaux, mais aussi un bulletin d?informations. Où il ne passe pas ce qui est ?désagréable? comme les faits divers sanguinolents, mais des sujets susceptibles d?intéresser les ?5 000 Mauriciens établis là-bas, comme le prix du dholl puri qui monte, pour parler des augmentations de prix, les accidents de la route dès fois que c?est un parent, les déclarations du Premier ministre, ou des nouvelles du dernier concert de Julien Clerc à Maurice.? Voilà ce que Richard Narainsamy de Radio Gazelle (radio communautaire mauricienne) propose à ses auditeurs le jour du Seigneur.
Pourquoi éviter ce qui est ?désagréable?. Les yeux sortant un peu des orbites, il explique, ?Cela me gêne un peu. Ce n?est pas l?image que je veux donner de Maurice. Le but n?est pas d?effaroucher les gens. Taler touris gagn per.?
Richard lui n?a pas peur de se lancer. De l?immigré clandestin, il est aujourd?hui un citoyen en règle qui gère une association portant le même nom que son émission. Les disques à la demande, les dédicaces lui ont ouvert un autre créneau. Celui des cabarets mauriciens. Fièrement, il se vante : ?Avec mon association, j?ai fait venir Cassiya quatre fois à Marseille.? Chanteur à ses heures, Richard Narainsamy a aussi enregistré une chanson qui figure sur une compilation produite par Cassiya l?an dernier.
Soignant ses contacts avec Maurice, l?animateur intervient aussi lors de Avis de recherche, émission de radio de la MBC. Relayant également les appels pour retrouver des proches dans son émission.
Ses vacances à Maurice ont-elles été consacrées aux artistes ? Il en a profité pour tendre le micro de Radio Gazelle à Alain Ramanisum, Sandra Mayotte, Meera Mohun entre autres. Ces interviews seront diffusées à son retour, sur cette radio qui émet à Marseille mais aussi sur Montpellier, Toulon, Aix-en-Provence, Martigues entre autres. Son principe, il le propose aussi sur Radio Galère, radio communautaire réunionnaise cette fois, où il va ?faire des mix avec un collègue?.
Et dire qu?il a commencé comme réparateur de radio à Maurice. D?animateur bénévole d?abord, le Mauricien, grâce à sa débrouillardise, a su se rendre indispensable. Proposant son aide à la technique, au studio mobile. Dès qu?il y a une panne, c?est lui que l?on appelle à la rescousse. ?Bann la trouve mo debriye?. Il prend de l?envergure et est aujourd?hui à la fois animateur et cadre administratif de la radio.
La vie française de Richard Narainsamy débute il y a 17 ans. A l?époque, sa s?ur aînée Mary épouse un Réunionnais installé à Marseille. Richard anpik pou al lafrans. Nous sommes à la fin des années 80. Richard Narainsamy a 23 ans. Ce réparateur de téléviseurs, de radio et de magnétoscope, né à Mont-Roches se dit que c?est une chance inespérée, qu?il ne faut pas rater, pour fouler la terre française.
?De l?immigré clandestin,il est aujourd?hui un citoyen en règle qui gère une association portant le même nom que son émission.?
Le mariage a lieu. Tout se passe bien, sauf qu?à l?heure du retour, Richard ne se pointe pas à la porte d?embarquement. ?Monn desid pou rest reste?, dit-il avec le petit accent qu?il a pris après plus d?une décennie à Marseille.
Commence alors son existence de clandestin sous le soleil. Il apprend à esquiver les contrôles qui avec le temps s?intensifient. ?Il y en a partout maintenant, dans le métro, dans le centre-ville?, raconte-t-il.
Mais il faut bien gagner sa croûte. Richard, avec ses compétences de technicien électronique acquises à Maurice chez Dhanush Trading, travaille au noir. Il est embauché dans un atelier appartenant à un Vietnamien. ?Ayo li finn kokin moi, li pa ti paye moi?. Comme le Mauricien est un sans-papiers, il n?a d?autre recours que de chercher une place ailleurs.
Entre-temps, il a rencontré l?âme s?ur, souhaite se marier à son tour et surtout régulariser sa situation. Mais ce n?est pas si simple. A la préfecture on lui explique qu?il faut qu?il obtienne un visa de long séjour, document qu?il doit avoir de l?ambassade de France à Maurice. Il doit donc retourner dans son île natale, sous peine d?être expulsé, pour obtenir ledit document.
Mais l?ambassade de France à Maurice le lui refuse. L?affaire traîne pendant un an et demi. Au point où Richard Narainsamy décide de raconter son histoire à la presse, ?parski lambasad pe kass mo menaz?. Car lasse d?attendre que Richard rentre en France, sa femme a demandé le divorce. ?Elle pensait que j?avais rencontré quelqu?un d?autre ici et que c?est pour cela que je ne revenais pas en France?.
Persévérant, Richard finit par obtenir ses papiers. De retour à Marseille, il se retrouve seul et sans emploi. Il trouve du boulot dans un centre commercial, économise pour ouvrir son propre atelier de réparateur. Mais les m?urs ont changé. ?Vous voyez des téléviseurs encore en état de marche que l?on balance au dépotoir.? Couplé aux mauvais payeurs qui vous disent, ?oui je vous paye demain sans faute et que l?on ne revoit jamais?, Richard est découragé. Il ferme boutique après deux ans. Le Mauricien change alors d?orientation, troquant les tournevis pour le micro. Choix payant.
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