Publicité
Racisme : il est bien réel
«Ce n?est même pas du racisme. C?est pire que le racisme car celui-ci est fondé sur la méconnaissance de l?autre. Or, je me demande si dans ce cas on n?est pas dans le domaine du calcul, du sordide», répond d?emblée Jean-Noël Humbert, CEO du Syndicat des sucres. «Le communalisme n?est qu?une forme de racisme», enchaîne, pour sa part, Jacques de Navacelle, président du Joint Economic Council. «Parfois, pour des raisons politiques, cette question peut prendre des dimensions racistes mais je crois qu?on y résiste car on est quand même des adultes à Maurice», constate enfin Tim Taylor, ancien CEO de Rogers se positionnant désormais comme observateur.
Le fait demeure que depuis l?accession du pays au statut d?Etat indépendant, aucun gouvernement n?a résisté à la tentation, sous le couvert de la démocratisation de l?économie, de déverouiller le pouvoir économique des blancs mauriciens. Un objectif économique qui recoupe des considérations ethniques et politiques. On fait ainsi abstraction de l?éclatement de la communauté blanche. Le cliché d?un groupe homogène, hermétique et replié sur lui-même permet des classifications simplistes. De même l?amalgame entre élite économique et élite ethnique a conforté les compartimentages en tous genres.
Mais la réalité, selon Jacques de Navacelle, est bien différente des perceptions et des préjugés qu?on veut perpétuer : «C?est le cas partout où on réagit d?une manière particulière face aux possédants assimilés à une classe privilégiée. Il y a une image que les blancs possèdent plus que les autres. Mais quelle est la réalité derrière cette image? Où est le pouvoir économique ? Il est aussi chez le secteur public, chez d?autres groupes de personnes, dans des secteurs comme le transport ou l?agriculture où il n?y a pas beaucoup de blancs. Il faut une recherche scientifique basée sur les faits afin de déconstruire certains lieux communs.»
Le stéréotype qui dresse un rapport symmétrique entre le blanc et l?argent a, en effet, la vie dure. Et il est toujours bon d?interroger les stéréotypes. Les époques ont changé, les modèles sociaux se sont métamorphosés et les hommes ont évolué mais la symbolique du dominant, qui exploite le dominé, est toujours exploitée avec vigueur par ceux qui ont un intérêt à y puiser. C?est souvent le cas des politiques et de certains relais dit socio-culturels qui veulent maintenir une emprise psychologique sur certaines catégories de citoyens sensibles aux marchandages ethnico-financiers.
<B>Un enjeu sensible</B>
L?évolution des mentalités semble s?être arrêtée à des dates révolues. Des politiques sont ainsi devenus des experts à réciter des couplets du type «cousins-cousines», ou la théorie des «treize familles», ou encore les «barons de l?industrie sucrière» à l?orée de chaque rendez-vous électoral. C?est devenu une recette efficace, dira Tim Taylor, pour exécuter des calculs politiques «visant à opposer une minorité de blancs à une majorité de non-blancs. L?objectif étant d?insulter une minorité pour s?assurer du soutien d?une majorité. Mais cela ne peut marcher électoralement car tout le monde a compris le jeu».
Tout le monde a compris autant que tout un chacun ne pratique pas le communalisme, euphémisme pour le racisme à la mauricienne. «Le fait qu?il y ait autant d?ethnies sur un territoire aussi petit fait que l?ethnicité est devenue un enjeu sensible. Tout le monde en est conscient. On peut se féciliter d?avoir su gérer le dossier correctement. Mais il faut aussi se dire qu?on peut aller plus loin. C?est un chantier qu?il va falloir travailler pendant encore beaucoup d?années», estime Tim Taylor.
«J?ai le sentiment que le racisme anti-blanc n?est pas partagé parmi la population mais qu?il est exploité par des politiques qui tentent de diviser la population pour le pouvoir. Or, la population locale est plus tolérante», ajoute Jacques de Navacelle.
Jean-Noël Humbert met en exergue ce sophisme qui veut que le Mauricien est toujours avide de connaître la culture de l?Autre lorsqu?il est à l?étranger mais que, chez lui, il se montre plutôt indifférent aux autres. «Mais je n?irai pas pour autant jusqu?à dire que cela va en s?empirant car il y a un brassage plus important qu?auparavant», précise-t-il. Il n?empêche que certaines blessures du passé continuent à polluer le fleuve de l?avenir. A cela, Jean-Noël Humbert répond qu?il y a des subversions qu?il importe d?éviter. «On veut puiser dans une vieille histoire qui ne fait plus partie de nos émotions journalières parce qu?on a des desseins occultes», souligne notre interlocuteur. La fabrique sociale prolonge, en ce sens, des compartimentages rigides.
Jacques de Navacelle pose la question autrement : «Le poids de l?histoire fait que les blancs représentent une certaine puissance économique. De facto, on en a fait un coupable. Un coupable pour des problèmes que les politiques n?arrivent pas à résoudre.» Quant à l?occupation du marché, il estime que sa taille critique fait qu?on n?a pas souvent de nombreux acteurs sur les différents segments. «C?est ce qui fait souvent qu?on dit qu?un groupe exclusif occupe tout un marché. Mais si ce n?était pas lui, cela aurait été quelqu?un d?autre tant le marché est restreint», note-t-il. Et le protectionnisme et le favoritisme que les blancs exercent au sein de leurs groupes? «Quand on n?est pas blanc, on est limité dans la carrière qu?on fait chez eux. Mais c?est aussi vrai chez toutes les communautés», fait-il remarquer.
En fin de compte, l?impératif de démocratisation de l?économie a pris au fil des décennies des connotations subversives. Aux questions mal posées, on ne peut obtenir que des mauvaises réponses. Tim Taylor plaide, à ce chapitre, pour un élargissement du secteur privé. Il revendique une ouverture de l?économie afin que tout le monde soit partie prenante de la modernisation du pays. «Je suis pour l?ouverture du secteur privé», insiste-t-il.
Cela ne sera pour autant possible que lorsque l?esprit d?appartenance sera bien présent chez tout le monde. Utilisant la métaphore de la famille, Jean-Noël Humbert fait le plaidoyer d?une famille unie. Lorsqu?une communauté se sent stigmatisée continuellement, c?est le sentiment d?exclusion qui triomphe. «C?est comme dans une famille où un membre qui est toujours réprimandé finit par se lasser de sa famille. On aboutit à un point où on ne se sent plus chez soi dans son propre pays. J?entends souvent ce genre de réactions chez certains qui se laissent gagnés par un sentiment de découragement», conclut-il.
Avant que les uns et les autres ne perdent leurs repères, avant que l?indifférence n?aboutisse définitivement au repli sur soi, avant que l?inculture ne triomphe de la raison, avant que le racisme ne devienne un mode de vie, un autre type de construction sociale est à mettre en place. Celui qui permettra de faire un bond vers le vivre-ensemble.
QUESTIONS À NITA DEERPALSING
<B> «Secouer le confort de nos ?rent-seekers?» </B>
● <B> La démocratisation de l?économie est-elle une forme deguisée de racisme anti-blanc ? </B>
Si je devais prendre cette question au premier degré, je repondrai par les questions suivantes : est-ce que Mandela était inspiré de racisme anti-blanc quand il luttait pour l?accès au plus grand nombre aux opportunités économiques, politiques et sociales? Est-ce que Gandhi voulait que les Indiens prennent contrôle de leur pays parce qu?il voulait simplement chasser les blancs? Est-ce que Luther King était un raciste anti-blanc? Il est évident que toutes ces luttes pour le progrès humain à travers le monde ont été inspirées non pas par un quelconque «racisme» mais plutôt par un sentiment de révolte contre l?injustice et le racisme! Car c?est quoi le «racisme»? C?est nier des droits humains fondamentaux à certains humains simplement parcequ?ils ont une différence biologique de surface. Alors en quoi est-ce que la démocratisation de l?economie nie des droits fondamentaux aux blancs ?
● <B> La démocratisation consiste-t-elle à retirer des possédants blancs pour ouvrir l?économie aux autres couches ? </B>
Le mot clé de la démocratisation de l?economie est : l?ouverture. Elle ne repose pas sur le concept d?un «partage» des richesses ou des biens acquis. Il s?agit de créer un cadre favorable à multiplier par 10, par 100, par 1000 le nombre d?acteurs économiques qui sont inspirés et équipés pour créer la richesse. En quoi cela est-il désirable pour n?importe quel pays que la création de la richesse nationale soit «reservée» à une petite poignée de gens seulement ? Je dois admettre que je suis vraiment irritée par cet entêtement à ne pas vouloir comprendre la philosophie et les idées sur lesquelles le concept de la démocratisation de l?économie a été construit.
● <B> Comment éviter que la démocratisation économique ne soit assimilée à la persécution d?un groupe donné ? </B>
Il ne peut y avoir de vraie démocratie sans le concept de «checks and balances». Si les économiquement puissants parviennent toujours à accaparer et infiltrer l?esprit de ceux qui sont censés agir en «contre-pouvoir» - dont la presse et les parlementaires ? alors il y aura toujours des «national policies» qui sont faites dans l?intêret de ces «vested-interest groups» et au détriment du peuple en général. S?est-on déjà demandé si c?est une bonne chose que notre pays soit caracterisé par un secteur privé quasiment autochtone? Est-ce que cette situation est dans l?intérêt du pays à long terme? Non! Il faut diversifier, il faut absolument ouvrir notre économie aux compagnies internationales qui peuvent venir stimuler l?innovation et secouer la complaisance, la zone de confort dans lequel nos fameux «rent-seekers» se trouvent enfermés !
Publicité
Publicité
Les plus récents