Publicité
R. de Coriolis ne survit pas à ses brûlures à l’acide
Par
Partager cet article
R. de Coriolis ne survit pas à ses brûlures à l’acide
Roland de Coriolis ne survit donc pas aux graves brûlures que deux motocyclistes inconnus lui ont, le plus lâchement possible, infligées à la fin d’octobre 1981. Sur son lit de mort, il confie à son patron, M. Hervé Koenig, l’administrateur de l’établissement sucrier de Deep River-Beau Champ, qu’il ne se connaît aucun ennemi et qu’il ignore l’identité de ses deux agresseurs.
Le Field Manager de l’annexe de Deep Rivier-Beau Champ est à sa table de travail, au moment de l’agression qui lui coûtera la vie. S’amènent deux motocyclistes. Ils entrent dans son bureau. Lui tendent une lettre. Il met ses lunettes pour prendre connaissance de son contenu et en commence la lecture. Du coup, il cesse de leur prêter attention et ne se rend pas compte qu’ils s’emparent d’une fiole pour lui lancer à la figure son contenu, de l’acide. Ils s’enfuient sans dire un seul mot. Il hurle d’horreur. Il a le réflexe qu’il faut de courir plonger sa tête dans un bassin d’eau tout proche, tout en continuant à appeler au secours. Il est hospitalisé. Tout sera tenté pour qu’il survive à ses blessures, encore que nul ne sait quelles pourront être alors ses conditions de vie. Une septicémie se déclare qui terrasse cet employé modèle, s’étant toujours contenté de s’acquitter des responsabilités qui sont les siennes au mieux de ses possibilités.
Il est marié et père de famille. Il a 52 ans. Il jouit de la confiance et de l’estime de ses chefs, de ses collègues, de ses subalternes. Son agonie dure trois semaines. Pas de quoi intéresser la classe politique ni alerter l’opinion publique, se lamente, dans l’express, Freddy Appasamy, le directeur de PROSI, le bureau de relations publiques de l’industrie sucrière. Ce n’est qu’un cadre qu’on assassine. A peine plus d’importance qu’un fœtus, dont on se débarrasse, au nom de la liberté de la Femme.
Freddy Appasamy y voit pourtant le résultat d’une propagande anti-cadres et anti-patrons que propagent des politiciens et des journalistes. Cette agression peut prendre sa source dans la haine anti-secteur privé prévalente et dans le virus que propagent ceux qui la diffusent. Ils font volontiers du chef d’entreprise le symbole de l’exploiteur, de l’ennemi No 1, du salaud à abattre par n’importe quel moyen. Le cadre, en tant que symbole d’une autorité insupportable, doit faire l’objet d’une haine systématique. De l’aversion à l’agression, il n’y a qu’un pas que deux motocyclistes inconnus n’hésitent à franchir. Sont aussi responsables ceux qui, par leurs propos et écrits, distillent cette haine du chef d’entreprise et des cadres qui l’entourent et le soutiennent. On peut tuer, ça n’est qu’un cadre. On peut tuer, ça n’est qu’un fœtus, un enfant que porte sa mère. Les cadres sont une minorité n’ayant aucune importance électorale. Les fœtus n’ont pas droit à la parole. On peut donc tout se permettre à leur égard. Ils comptent pour du beurre, y compris pour les autorités, mêmes policières. Ça fait un cadre de moins. Ça fait un obstacle de moins à la liberté individualiste.
Les crimes demeurant impunis sont aussi responsables de cette dégradation des mœurs, estime F.A. Quand des détenus meurent en prison sans qu’on punisse les responsables de leur mort – d’autres parleront ici d’avortement ou, pire encore, de simple interruption volontaire de vie humaine (IVVH) – il est vain d’espérer que le simple citoyen puisse déterminer seul le seuil à ne jamais franchir, seuil qui se nomme tout simplement le respect absolu de toute vie humaine, fût-elle celle d’un Sadam Hussein. Quand des dirigeants politiques défient les autorités et les institutions du pays, quand ils se battent comme des chiffonniers en plein Parlement, quand ils accaparent des cérémonies religieuses pour tenter de redorer leur blason terni, quand leurs actes et leurs limousines contredisent leurs propos et leurs appels aux sacrifices et aux privations ascétiques, nous ne devons pas nous étonner quand certains perdent leurs repères moraux et se mettent à sacrifier des vies humaines au profit de leurs libertés individuelles, les plus égocentriques.
Il n’y a pas que l’assassinat de Roland de Coriolis en ce début de novembre 1981. Il y a aussi une bagarre au sabre entre Mauriciens. Non pas quelque part dans nos 2 000 km_, mais bien à Paris et plus particulièrement dans le quartier chaud de Saint-Denis. Où va l’île Maurice si ses enfants se mettent à exporter leurs bagarres à l’arme blanche.
Il y a enfin le mandat d’arrêt que lance le juge Robert Ahnee contre un couple de Portlouisiens qu’il soupçonne de séquestrer leur fille âgée de... 26 ans. Ils lui reprochent de vouloir vivre avec l’homme qu’elle aime éperdument. Se prévalant de leur liberté et droits parentaux, ils lui dénient tout droit de vivre sa passion amoureuse comme elle l’entend. En raison de la liberté de ses parents, elle n’a pas plus de droit qu’un fœtus dans le sein de sa mère. Comme lui, elle est victime de ceux qui prônent que le droit des parents annule et anéantit celui des enfants. La Liberté de la mère l’emporterait sur le droit à la vie de son enfant, à en croire certains.
Publicité
Publicité
Les plus récents