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Réveil en douceur
Qui a lu ?Carnets confidentiels? aura en mémoire ses derniers mots : ?Qui est Navin Ramgoolam ? Cet homme, cet ami, ce Premier ministre reste pour moi une énigme.? Si l?auteur, l?un des hommes les mieux placés pour nous aider à ?décoder? le Premier ministre, n?y est pas parvenu au bout de plusieurs mois à ses côtés, si le même homme, redevenu journaliste et tentant à nouveau l?exercice dix ans plus tard, s?avoue tout autant dérouté, c?est dire combien la personnalité est dense. C?est dire comme notre trouble n?est pas exagéré : cet idéaliste au discours un brin décalé dans le concert des analystes alarmistes, qui persiste à penser qu?il pourra améliorer la vie des gens, a-t-il bien pris la mesure de ce qui l?attend ?
Navin Ramgoolam rassure certes. Si effectivement ce pays va vers le séisme, il est heureux que l?on sache déjà que ses communautés ne se parcelliseront pas sous la direction de cet homme qui fait de l?union de la nation une affaire personnelle. Il rassure parce que ses convictions sont intactes. Il séduit par des qualités humaines ; par son détachement : trop d?hommes se sont vendus, happés par le monstre politique, pour que l?on ne sache pas apprécier quand un autre affirme qu?il n?aura ni sa peau ni ses principes ; par la force de sa conviction : il arrivera, il le doit, à améliorer le sort du pays et celui des gens qui mènent une vie difficile.
Mais cette tranquille assurance, ce décalage avec ceux qui voient loin, a quelque chose d?effrayant. A l?issue de ces cent jours, l?on s?attend que la population entende enfin la vérité. Les mesures populaires auront été l?affaire d?un temps, et les cent jours passés, devront venir l?austérité et la rigueur économique. Navin Ramgoolam appelle certes à la discipline et au travail, mais il laisse croire que ces cent jours pourraient durer tout le temps du mandat. A chaque fois que le journaliste ose les mots ?sacrifice?, ?temps dur?, difficiles, il revient d?une manière ou d?une autre à la responsabilité sociale du gouvernement. On le devine davantage bouleversé par les questions sociales qu?inquiet de la question économique. Il affirme qu?il sera ferme, mais s?il parle de civisme au lieu de contraintes salariales, ce n?est pas vraiment la douche froide.
L?impression que la mesure des choses n?est pas prise, émane encore de cette affirmation du Premier ministre que les Mauriciens ?ont compris le message? sur l?avenir difficile. Un baromètre vient de nous prouver le contraire : ils ne croient pas que la vie sera plus dure demain, bien au contraire. D?où vient donc cette conviction et comment expliquer la légèreté à ne retenir de ce sondage que l?absence d?indication sur le PM préféré ? On ne comprend pas non plus son silence sur un autre baromètre, celui des analystes. Comment un Premier ministre ne profite-t-il pas d?une telle plateforme pour rassurer les analystes désemparés, miroir des hommes d?affaires. Ceux-là jugent Sithanen trop seul, le gouvernement trop social, sans vision. C?est un mauvais départ ; Navin Ramgoolam semble serein.
Ce manque de pragmatisme se ressent sans doute d?autant plus fort que ces derniers jours ont été marqués par des tergiversations indignes d?un gouvernement qui doit savoir où il va. Sur le dossier Ferney, celui de Gayan, celui des médicaments auparavant, on a avancé, reculé, piétiné. L?économie, puisque c?est elle qui importe surtout, maintenant, ne souffre pas ce genre d?approximations. On ne peut pas décider une chose et son contraire, et entre les deux laisser passer des heures, des jours, des semaines. Les cent jours ne sont pas un temps où l?on tolère les à-peu-près, surtout d?un régime qui a déjà été aux affaires. Tous les Premiers ministres sont l?objet de bons et mauvais conseils, les bons Premiers ministres ont le jugement qui évite les erreurs.
Mais si l?on en croit encore Alain Gordon-Gentil, il faut attendre avant de juger. ?Navin Ramgoolam jouit d?un grand avantage sur les autres : on le prend pour un naïf?, écrivait-il encore. On ne demande qu?à le croire.
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