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Résurrection pour une prison

13 janvier 2008, 00:00

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Depuis les années 1980, notre presse écrite ne se lasse pas de redire à toutes nos autorités politiques, gouvernementales et mêmes municipales, que l?ancienne prison centrale de Port-Louis est le décor rêvé pour diverses activités, ponctuelles ou régulières, temporaires et permanentes, dans des registres aussi divers que les Beaux Arts, la culture, le théâtre, l?artisanat, les loisirs, le tourisme et même la restauration.

En dépit de la chape de silence, recouvrant ses suggestions journalistiques, elle insiste, dès que l?occasion lui est donnée pour faire comprendre aux présents locataires de notre Hôtel du gouvernement, comme à leurs prédécesseurs, que cet endroit hautement historique, que hante tout autant le souvenir d?un Père Laval, de son vivant aumônier des détenus, que celui, plus macabre, de Pic Pac, Leroi, Lefou, parmi les derniers à y avoir été pendus, le 23 février 1952, condamnés à mort, un mois plus tôt, après avoir été reconnus coupables de l?assassinat de deux enfants, à La Citadelle, que cet endroit est idéalement placé au centre-ville portlouisien. Au milieu de sa ruche bourdonnante, pour rassembler une population, composée de jeunes et de moins jeunes, avide de loisirs sains et épanouissants, sur le plan intellectuel et des valeurs patrimoniales.

Ce week-end, des artistes, tant locaux qu?étrangers, investissent donc, à bon escient, une partie des prisons séculaires portlouisiennes. Il s?agit plus particulièrement de la partie administrative et des cellules, sans doute, de haute sécurité car jouxtant l?ancien couloir de la mort. Il va de soi que l?antichambre de la Mort, où se trouvent encore les vestiges du vieil échafaud, avec le levier pour ouvrir les panneaux sous les pieds du pendu, est le lieu privilégié de cette exposition.

Demeure étonnamment enchanteur et inspiré l?ensemble de ce décor éminemment carcéral, avec ses murailles hautes comme des falaises, ses salles de corps de garde, ses cellules plus hautes que larges, ses escaliers médiévaux. Et dire que nul de nos cinéastes n?a songé à un film de cape et d?épée ou encore à un remake de Belphégor ou d?un Code de Vinci moins alambiqué, dans ce décor de rêve que pourraient se disputer les meilleurs cinéastes tant d?Hollywood ? toujours en grève de scénaristes ? que de Bollywood?

L?exposition n?occupe pas l?autre partie, toujours à l?abandon le plus total, constituée par l?agencement de cellules-alvéoles, sur plusieurs étages, autour d?une salle commune de pas perdus, transpercée de parts et d?autres par des escaliers en fer, faisant songer à M? le Maudit de Fritz Lang. Ces cellules-alvéoles, comme leurs s?urs d?infortune de la partie administrative et hiérarchique, dûment nettoyées, et convenablement éclairées et aérées, peuvent utilement et agréablement devenir d?intéressants ateliers d?artisanat que visiteront, à longueur d?année, des touristes de plus en plus nombreux et avides de rencontrer les habitants du cru dans un lieu aussi inspiré et historique.

<B>De véritables trésors artistiques</B>

L?exposition de Manou Soobhany et de ses nombreux amis artistes, ouverte au public jusqu?à demain, constitue d?ores et déjà une date historique non seulement pour l?histoire des vieilles prisons de Port-Louis, mais encore dans le bon usage de nos bâtiments historiques. D?autres ont suggéré de faire ce qu?ils font. D?autres encore ont fermé leurs oreilles endurcies à des propositions peut-être malhabiles, mais donnant matière à réflexion.

Eux, ils ont le mérite d?entreprendre, de passer à l?acte fondateur et de faire comprendre à la population mauricienne et même à ses dirigeants politiques que les prisons séculaires de Port-Louis ? menacées de destruction totale sous le règne d?Anerood Jugnauth ? peuvent devenir l?écrin renfermant de véritables trésors artistiques.

Bravo donc à ces artistes-magiciens qui ressuscitent, le temps d?un week-end, nos prisons séculaires.

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