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?Résistance et Abolitions? un devoir de vigilance
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?Résistance et Abolitions? un devoir de vigilance
<B>C?EST</B> à la municipalité de Vacoas que l?on devra se rendre du 1er au 6 mars 2004 pour voir l?exposition itinérante titrée Résistance et abolitions dans le monde et l?océan Indien. Elle est proposée conjointement par le Centre culturel Mauricien Nelson Mandela et le Mauritius Museums Council, dans le cadre des célébrations du 169e anniversaire de l?Abolition de l?esclavage à Maurice.
Si l?entrée est gratuite, il est aussi plaisant de se voir offrir un dépliant, sobre et coquet, signé Robert Furlong. Ce document est dans la même veine que celui offert au visiteur à l?occasion de la réouverture de La Nef. C?est dire qu?il est le fruit d?une longue expérience par rapport à une vulgarisation qui exige synthèse, précision et clarté.
Le dépliant est pédagogique à plusieurs titres. Le visiteur emporte un petit dossier qui lui résume le contenu de l?exposition, lui donne la possibilité d?approfondir sa recherche, au cas où il le désirerait; sans compter les illustrations d?une pertinence inouïe d?un trafic inique, tel cet homme pris au filet, mains et bras enchaînés.
Le visiteur gardera cette mémoire, d?une vigilance debout. ??afin que les droits de l?homme ne soient ni bafoués ni trompés sous quelque forme que ce soit.? Car, comme l?atteste l?initiateur de La Route de l?Esclave, Doudou Diène, ??toute tragédie non assumée peut se reproduire sous d?autres formes.?
Ce même Doudou Dienne qui le premier vit la traite négrière comme la ?première mondialisation?, puisque se fondant ?sur un commerce reliant l?Europe, l?Afrique, l?Asie et les Amériques?, comme le précise le dépliant. Et c?est encore lui qui se démena, diable dans un bénitier, pour faire reconnaître l?esclavage comme ?crime contre l?humanité?.
L?appel à la mémoire qu?illustrent l?exposition et son dépliant, met le visiteur en phase avec la proposition de l?Unesco, déclarée par l?Organisation de Nations unies. Qui veut que 2004 soit l?Année internationale de commémoration de la lutte contre l?esclavage et de son abolition. Elle le met au diapason avec le message de lancement de cette commémoration-résistance par le directeur général de l?Unesco, Koïchiro Matsuura en personne sur notre sol. Message qui galvanise la détermination de la communauté internationale, soit ?institutionnaliser la mémoire, empêcher l?oubli, rappeler le souvenir d?une tragédie longtemps occultée ou méconnue et lui restituer la place qui doit être la sienne dans la conscience des hommes.?
Le sens de cette nécessité impérieuse de mémoire éclaire le fait que l?esclavage a été aboli aux Comores en 1904, en Mauritanie en 1980 (au bout de quatre abolitions) et à Madagascar? en 1996 ! Une photographie, prise en 1972, fait voir une caravane d?esclaves à la frontière du Niger et du Nigeria.
Koïchiro Matsuura décuple le poids de sa profession de foi? Il la dynamise autant par le trajet effectué avant de se rendre chez nous. Il nous est venu du Ghana, poste de traite majeur, sur la route des esclaves de l?Atlantique. Ce fait, doublé de l?exposition, nous sort du cadre insulaire, symbolisé par nos précédents rappels du 1er février. Il nous invite à ?voir au-delà de nos préoccupations quelques fois ethniques?, précise Jocelyn Chan Low, historien et directeur du Centre culturel mauricien.
<B>Prise de position des peintres et écrivains</B>
L?exposition rappelle les routes de déportation des captifs, majoritairement d?origine africaine : la route de l?Atlantique, celle de l?océan Indien, la route transsaharienne qui s?étend jusqu?à la Méditerranée. La dernière nommée et, en partie celle de l?océan Indien, a précédé l?esclavage colonial.
Rappelons, en passant, qu?au colloque organisé par le Centre culturel mauricien et le MGI, Françoise Vergès, du Goldsmith College de Londres, et très associée à la Maison des civilisations et de l?unité réunionnaise, a proposé une résolution pour que la route de l?océan Indien soit incluse sur le site Web de l?Unesco. Résolution de poids, qui rappellera que cette route lie les esclaves de Maurice à ceux des Seychelles et de La Réunion.
Un aspect intéressant de l?exposition, et non de moindre importance, est la prise de position des écrivains, des peintres? Hubert Gerbeau, historien notoire de l?esclavage de l?océan Indien, parle même de ?l?Impérialisme de l?Atlantique?.
Une peinture de Namne Vallin fait voir la statue de la Liberté, tenant dans une main la Déclaration des droits de l?homme, et écrasant de ses pieds le serpent de l?esclavage. Une autre image figure un esclave éclopé s?adressant à un philosophe, en main ses chaînes brisées. On peut y lire la phrase célèbre du poète latin Térence, reprise par Bernardin de Saint-Pierre comme légende d?une de ses illustrations de Voyage à l?Isle de France : ?Je suis Homme ; et rien de ce qui intéresse l?Homme ne m?est étranger.?
Pour illuminer la démarche présente de mémoire et de résistance, que Jocelyn Chan Low nomme, dans le sillage de Doudou Dienne, ?la mémoire du futur?, citons la parole lumineuse du même visionnaire, ex-directeur général de l?Unesco : ?La traite a été aussi une formidable rencontre, certes forcée, entre cultures.?
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