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Réinventons notre avenir

25 octobre 2003, 20:00

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Le monde actuel est radicalement différent de ce qu?il était il y a vingt ans. La diffusion et l?intensification de la révolution informatique, la fin du communisme international, la restructuration du capitalisme, la globalisation, la crise des démocraties politiques secouées par des scandales financiers, l?émergence du féminisme, la diffusion de la conscience écologique, la montée du « communalisme » comme source de résistance à la globalisation (qui prend dans certains cas la forme du fondamentalisme religieux), le développement de l?économie criminelle sont autant de processus qui participent à la naissance d?une nouvelle ère de l?humanité. La révolution numérique est en train de transformer radicalement les notions fondamentales de temps, d?espace, d?identité, soit les fondements mêmes des rapports et des dynamiques socio-économiques et culturels à tous les niveaux. On ne peut donc plus penser ? en vue de sa transformation ? la société actuelle avec les concepts et les outils d?une époque en voie d?être révolue. De nouveaux concepts et outils sont nécessaires.

Est-ce qu?à Maurice on s?est donné les moyens pour s?en approprier afin de prendre la réelle mesure du contenu et de l?étendue des impacts économiques, sociaux et culturels de la mondialisation ? et de son corollaire, l?emergence de la « network society » ? L?absence de direction générale serait-elle la conséquence d?une méconnaissance, voire de l?ignorance des profondes mutations en cours ? Le « bilan » du National Economic and Social Council (NESC), la pauvreté des recherches socio-économiques, le budget dérisoire consacré au R&D sont autant d?indices de « l?irréflexion de nos dirigeants politiques, de l?adoxalisme de nos industriels et de la démission de nos elites » ( E. Ng Ping Chung ). Le ?geste touye conaissance? et la pensée ?calamindass? n?ont que trop duré. Investir intelligemment dans l?intelligence n?a jamais été un luxe. Aujourd?hui, c?est une nécessité vitale si nous voulons combler le cruel déficit d?idées nouvelles, obstacle majeur au développement national. Le défi des dirigeants à travers le monde consiste à faire preuve d?imagination, de créativité, d?innovation pour que leurs pays puissent continuer à opérer et prospérer. Pour le relever, Maurice doit, comme l?ont fait certains pays, mobiliser toutes ses intelligences pour mener une réflexion véritablement stratégique. Jusqu?ici, la plupart de nos dirigeants ont péché par une arrogance et une suffisance effrayantes. La névrose, connue, du pouvoir fait qu?ils choisissent d?ignorer systématiquement les idées, initiatives et projets des autres, de peur de ne pouvoir les contrôler. Avec de telles attitudes et pratiques faut-il s?étonner qu?on peine tant pour remettre le pays sur les rails du développement ?

Le « Gros Capital » est tres critiqué ces temps-ci. Nombreux sont ceux qui pensent que la concentration des richesses pose problème car injuste et antidémocratique. L?éditorialiste de « « l?Hebdo »des », Vishwa Mootoocurpen pense au contraire que c?est un atout ? elle rend le pays moins dépendant de la « nomadisa

tion » des capitaux. On accuse aussi ceux qui font partie du « gros capital » de vouloir tout accaparer, de n?avoir aucun sens de responsabilité sociale, d?être en panne d?idées nouvelles, de ne pas vouloir prendre des risques. Les critiques portent enfin sur les pratiques de gestion en cours dans leurs entreprises où il y aurait trop d?archaïsmes, de chasses gardées dans la politique des ressources humaines et envers les fournisseurs divers. Ce débat est très important. Si on veut le faire avancer de manière positive et constructive, il n?y a pas de place pour des thèses simplistes et réductrices, voire des constructions idéologico-épidermiques tirées d?une lecture manichéenne de l?histoire. Tout comme il ne faut pas que la mauvaise foi de certains détracteurs du « gros capital » , ou encore la méconnaissance des réalités de l?entreprise, servent de prétextes à d?autres pour refuser de débattre de ces questions de fond de manière dépassionnée. L?honnêteté intellectuelle impose des préalables à tout débat. Ici il convient de s?accorder sur la définition du « gros capital ». Restreindre le capital et les détenteurs de fortunes à Maurice à quelques familles blanches, c?est faire l?impasse sur tout le développement du capitalisme mauricien depuis l?Indépendance. Au nom de quelle logique les critiques du gros capital n?interpellent jamais ceux qui ont choisi la sécurité des dépôts bancaires ou autres formes d?accumulation, quant à leur responsabilité envers le développement national. Ne faudrait-il pas commencer par « dé-épidermiser » le débat ?

Les entreprises du « gros capital » n?ont pas le monopole d?un mode de gestion problématique. La réalité, c?est qu?il existe en son sein certaines des entreprises les plus avant-gardistes du pays. Cela dit, c?est un fait qu?il y a encore trop d?entreprises privées, mais aussi publiques et parapubliques, où les pratiques archaïques et les chasses gardées sont légion. L?entreprise de demain sera celle qui aura développé une stratégie prévisionnelle des ressources humaines fondée sur des valeurs et des pratiques modernes. Celles qui refusent cette voie seront minées par la frustration de leurs salariés et cadres en raison d?un sentiment d?exclusion en interne. Les nombreuses expériences en cours démontrent que les entreprises résolument engagées dans la voie de la modernisation sont des lieux où se constituent de nouvelles identités, elles-mêmes porteuses de formidables énergies positives et constructives.

Dans l?équation du développement à venir à Maurice, une pièce maîtresse demande une attention particulière. Il s?agit de la classe des entrepreneurs capables de créer et d?animer les entreprises de demain. Maurice possède-t-elle suffisamment d?entrepreneurs auxquels des éventuels investisseurs pourraient faire appel ? Les initiatives pour développer une classe d?entrepreneurs sont encore trop timides par rapport aux déficits actuels. Un pays dont les dirigeants sont contaminés par le virus de vouloir tout contrôler favorise-t-il l?esprit d?entreprise ?

Maurice ne peut attendre 2005 pour se « réinventer un avenir » avec un « nouveau programme » et un « nouveau rêve ». Il serait souhaitable que la réunion état-secteur privé de demain soit l?amorce d?un nouveau départ. Vivement que la lucidité, la modestie intellectuelle et le sens de direction générale prennent le dessus sur le pseudo-optimisme, la suffisance, la fuite en avant et le dirigisme étouffant.

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