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Réinventer l?opposition
Le ramgoolamisme, version Navin sous l?ère Bérenger Premier ministre, est tout aussi déroutant que celui pratiqué ces trois dernières années. Navin Ramgoolam ne sait-il pas s?opposer autrement qu?avec un argumentaire sectaire ? En fait, derrière celui qui se présente comme un démocrate et un moderne se niche une vision politique résolument réductrice et passéiste. Qu?est-ce qui fait que des hommes se disant démocrates et modernes aient recours à la stratégie du pire, l?arme communale, pour essayer de s?ouvrir les portes du pouvoir ? Il y a un dysfonctionnement quelque part. Cela révèle le décalage entre le politique et une majorité de la population. Pourtant, il ne manque ni de thèmes ni d?enjeux pour contester le pouvoir en place. Mais certains politiques semblent croire que les électeurs sont plus prenables avec une approche sectaire.
Accrochant ainsi en bandoulière l?argument communal dans sa tentative de reconquête du pouvoir, Navin Ramgoolam fait aujourd?hui l?effet d?un politique des années 80, à l?image d?un bloc enfariné qui ne dit des choses qui n?ont de sens que pour quelques insensés. L?attelage moderne, qui avait séduit en 1995, a définitivement volé en éclats et n?intéresse que ceux qui vivent dans le passé. Ceux pour qui la légitimité d?exercer le pouvoir se mesure à l?aune ethnique.
Le plat que nous sert Navin Ramgoolam est une vieille recette qui, pour reprendre ses propos, nous fait reculer de 100 ans. Le populisme auquel il a recours ne donne à voir que les faiblesses d?un homme incapable de développer un discours d?opposant reposant sur la rationalité. Cette idée sotte, ce symbole suranné à l?effet que le poste de Premier ministre n?appartient qu?à une caste, témoigne d?une aberration qui a corrompu toute l?histoire politique de ce pays. En plus de 30 ans d?histoire politique, combien d?hommes neufs auraient pu émerger s?il n?y avait pas eu ce déterminisme socio-ethnique ?
Il est inutile désormais de déblatérer contre la concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques privilégiés, si c?est pour se vautrer dans un populisme de bas étage. Les Mauriciens de tous bords politiques méritent mieux. Ils ne méritent pas autant l?abêtissement. Même si une partie d?entre eux mord encore à l?hameçon sectaire, il est du devoir du politique de l?éclairer. Certes, l?opposition a été menée en bateau par Harish Boodhoo, mais ce n?est pas une raison pour qu?elle s?aliène les modérés, ceux-là même qui constituent la majorité des électeurs. Les Mauriciens ne veulent plus vivre des expériences traumatisantes. Ils ne sont plus autant friands de la rhétorique politique. Le choc ressenti avec la fin du militantisme dans les années 80 en a fait une nation politiquement blasée. Les Mauriciens parlent de moins en moins politique. Aujourd?hui, sauf pour quelques crédules, ils ne suivent plus aveuglément un quelconque leader charismatique. Ils font davantage confiance aux gestionnaires qu?à ceux qui ont fait de la politique un métier. Et la jeunesse contemporaine a été encore moins à l?école des idéologies. Entre les plus jeunes et les plus âgés reste une catégorie d?électeurs qui a compris qu?au-delà des hommes, le régime est doté d?institutions stables. Ceux-là n?ont plus le sens de l?adhésion inconditionnelle. Ils font leur choix selon des considérations contextuelles. L?opposition travailliste fait abstraction de ce fait. Elle croit toujours qu?un nom symbole peut être fédérateur.
La société politique mauricienne, dans son ensemble, se doit de sortir de l?enfance. L?opposition travailliste continuera-t-elle à fonder sa démarche politique sur la théâtralité des revendications sectaires ? Continuera-t-elle à faire sa crise de puberté alors que la société plurielle, elle, avance vers l?âge adulte ? Les Mauriciens, eux, ont découvert le charme de la politique relative. C?est certes moins flamboyant et moins conflictuel mais cela les rassure dans leur quotidien.
C?est paradoxalement à l?opposition aujourd?hui qu?il incombe de réinventer la société politique. C?est une très belle carte à jouer. Opposer, s?opposer est un noble exercice. Ce n?est pas s?éclipser lorsque l?autre « célèbre » son pouvoir. Ce n?est pas s?ancrer dans le « nou banne ».
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