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Régime actuel

2 juin 2008, 00:00

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Régime actuel

Pas sentimental. Ni expérimental. Ni même injustement brutal. Il est des sensibilités qui s?agitent au 27e Salon de mai. Des plasticiens qui cogitent. Qui sortent hors de la bulle dans laquelle certains s?enferment presque volontairement.

Des plasticiens qui ont choisi de nous parler du temps présent. De l?actualité. Ce «aussitôt fait, aussitôt dit». De ces «vérités d?aujourd?hui qui seront l?histoire de demain».

Manze. De la difficulté de remplir sa «Tante ration». De la cascade des augmentations de prix. La «tante» de Nirmal Hurry est de taille honorable. Sous le papier journal qui sert d?emballage on devine les grains secs, les piments secs, le savon en barre, les demi-quart de ceci et les demi?livres de cela. Juste ça. Une « tante komisyon» et voilà le regardeur en phase avec la pensée de l?artiste. Tous deux en proie aux mêmes problèmes, sûrement aux mêmes calculs à la fin du mois. N?est-ce pas là aussi l?un des objectifs de l?expression artistique. Etre aisément déchiffrable. Parler aux gens de leur quotidien.

Sujets d?actualité

Même réflexe chez Gérard Foy. Combien sont-ils les Mauriciens qui tous les matins se lèvent tôt pour acheter leur «Dipin mezon» ? Combien sont-ils à compter leur Rs 2,65, à compter les 20 sous pour faire « sif ron ». Le plasticien qui nous avait habitué aux feuilles de tôles détériorées par le travail du temps. de la tôle rouillée, trouée, tordue, livrée au regard sans apprêt. Avec l?acre nudité de la pauvreté. Décidé à ne pas manger de ce pain là, ces trois «Dipin mezon», dont deux cassés en deux par le milieu, que Gérard Foy nous donne à voir.

Entre le regard et ces pains, une cage de plastique, de vernis et d?air comprimé. En somme de la distance entre le regardeur et cette nécessaire nourriture. De la distance entre l?acheteur et la denrée.

Sans doute plus saisissant, ce pan de salle de classe reconstitué par Hans Ramduth. Des petits pardessus et des bottes en caoutchoc alignés. Au mur, la «picture composition » avec pour sujet : «It was a very, very rainy, rainy day» . Des dessins d?enfants qui disent la pluie dans tous ses états : du nuage menaçant, à la maman qui protège comme elle peut les enfants, aux bâtiments emportés par les eaux. En dessous des dessins, un évier rempli d?eau. Avec près du robinet, une interrogation : ?Why did God not bother to close the celestial taps?? Rappel douloureux de l?adolescente de 13 ans qui trouva la mort lors des inondations. Rappel des faits d?une décision officielle de fermer les écoles après midi. De permettre que des enfants s?aventurent dans des rues rendues impraticables. Rappel de ce qui a été et qui ? nous osons l?espérer ? ne sera plus.

D?autres encore s?attaquent à la société de consommation. Florian Grosset avec son piège à bonbon. Manoj Auckel avec ses boites en cartons empilées. Des emballages qui partent du sol au plafond. Menaçant de nous asphyxier, mettant des barrières entre les gens. Cette édition du Salon de mai en tout cas, montre clairement les clivages entre les plasticiens interpellés par les questions actuelles, ceux qui continuent de faire ce qu?ils ont l?habitude de faire. Et ceux qui vous forcent à vous arrêter un instant, comme cette scène où le reflet de Nirveda Alleck, debout, regarde le corps de Nirveda Alleck poignardée dans le dos.

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