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Réflexions et images sur la création d?aujourd?hui

18 juillet 2004, 20:00

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Les défis relevés par l?Art contemporain, ses avenues et ses apports, ne se livrent pas toujours au premier regard. Le but du séminaire donné le 3 juillet est justement de jeter la lumière sur des oeuvres et des créateurs d?une grande diversité et de trouver, derrière l?apparence disparate, le sens qui fait avancer l?Art.

Faire mieux connaître l?Art contemporain sur le plan local. Cela n?est pas le moindre des objectifs fixés par l?atelier international de l?association pARTage à Flic-en-Flac. Une démarche qui veut autant interpeller le public, appelé à visiter et à échanger, que les artistes. Certains, il est vrai, croient faire de l?Art contemporain parce qu?ils s?exercent dans le présent. D?autres cherchent à voir clair dans leur production et à mieux s?exprimer à ce sujet. Ils expérimentent dans plusieurs directions sans trouver de véritable ligne. Dans cette optique, s?est tenu le 3 juillet un séminaire intitulé ?Contemporary Art : Opportunities and challenges?. Plasticiens et historiens d?Art sont intervenus sur divers thèmes.

L?historien d?Art Hans Ramduth, officiant comme facilitateur, traite de ?Challenges and Opportunities of New Art?. Il retrace le chemin de l?Art dès ses débuts, passe de la représentation à l?abstraction, rappelle la progression linéaire du modernisme des années pré-60, et la fin de cette tendance avec Pollock. L?intervenant évoque Yves Klein avec son Monochrome Bleu associé au minimalisme ; le POP Art et sa culture en réaction à la société; il élabore sur le High Modernism d?Andy Warhol et de David Hockney ; et rappelle, entre autres démarches, Christo et ses paysages modifiés. On aborde les nouvelles avenues de l?Art Conceptuel, qui oppose l?idée/pensée à l?existentialisme.

Référence est faite à Yves Michaud sur la crise de l?Art Contemporain, qui se déclinerait comme suit :

? Une absence d?énoncé esthétique

? Le prétendre

? Un produit intellectuel subterfuge

? Une absence de critère esthétique pour un produit qui ne vise à aucune représentation.

? La non-nécessité d?un talent artistique, et

? Un art dépourvu du poids de l?Histoire.

Après ce tour d?horizon, l?historien pose la question, ?Faut-il voir la réalité à travers le langage ?? Il se réfère aux philosophes Foucault, Lacan, Derrida, Baudrillard, élaborant sur l?art comme une autre forme de communication, diamétralement opposé à tout l?art narratif qui l?aura précédé. Il existe internationalement aujourd?hui une grande diversité d??uvres, qui ne peuvent plus considérer l?art du passé comme plus éloquent que leur propre expression. Celle-ci parlant pour elle-même. Et c?est ce qu?on lui demande.

Lindsay Seers parle, pour sa part, de Self reflexivity. Et s?étend sur l?idée de truth and fiction in an artwork. Allusion est faite au théâtre et au cinéma, où l?on joue une réalité fictive sur un scénario artificiel. L?on créé une émotion fictive pour provoquer l?émotion réelle du spectateur. Elle prend pour référence le réveil parlant de Jeremy Deadman, dont le supplice est de charrier le poids du temps, et qui à chaque seconde pousse un ?aie? déchirant. Dans le même ordre d?idée, elle mentionne The Dolls (Belief and non-belief) de Beagles et Ramsey, ainsi que The Piano de Caroline McCarthy, et ses propres photographies. Pour elle, la photographie ?recalls dead images.? Le moment n?existe plus. On se souviendrra de son utilisation particulière du pin-hole camera, la camera obscura, faisant de sa bouche la boîte noire du Senopé.

La vérité de l?artiste : en perpétuelle construction

Changing value-systems and the Self est le titre de l?intervention de Shivani Aggarwal. Cette installatrice démontre de façon omniprésente les structures communautaires, en référence à la constitution indienne. Elle illustre des problématiques sociales dans un monde où la femme fait face à des conventions rigides. Elle combat, en somme, un système où toutes les décisions reviennent à l?homme, quelles que soient les activités et le contexte, un monde dirigé par l?homme, à l?exclusion de l?opinion de la femme.

Par contre, Nirveda Alleck, qui axe son intervention sur Ideology and the social context, mentionne la vague montante de l?idéologie, bourgeonnant du modernisme, et s?attarde sur le ?self destructive process of artistic enquiry?. Rappelons que le post-modernisme insiste sur la redéfinition de l?artiste par lui-même. L?installatrice conclut que la vérité de l?artiste contemporain est en perpétuelle construction, dépendant du lieu et des circonstances. Laine Blanche en fait état.

Le Performance-Artist Bernard Roué - un Acteur de l?Art - parle d?Art Corporel. Rappelons que dans une de ses installations, intitulée Disparition, Bernard Roué s?arrange pour que le regardeur se promène entre un personnage peint et sa trace découpée. On peut aussi y voir un aspect ludique. Mais c?est son ami, Michel Journiac, fondateur de l?Art Corporel, qui fait l?objet de son intervention. Roué montre la photographie de Les Boudins, signée Journiac. Ce dernier utilise son propre sang pour la confection de boudins. Découpés en rondelles, celles-ci sont offertes au public comme hostie, accompagnée d?une recette du boudin. Rappelez-vous le ?Ceci est mon corps, ceci est mon sang? de Jésus à la derniène Cène. Michel Journiac se destinait à la prêtrise.

Contemporary Art : Opportunities and Challenges, autant de démarches et d?oeuvres d?une grande diversité, tanguant, selon un certain public, entre provocation et innovation; ne se livrant pas toujours au premier abord au non initié. Mais, viendra le temps du décryptage pour chacun. C?est ainsi qu?avance l?Art. Et, avec lui, l?Humanité.

EN MARGE DE ?pARTage?

Anthony Caro, l?homme et le sculpteur

L?association pARTage, à travers son Président-initiateur, Krishna Luchoomun - qui, de résidence en résidence, d?atelier en atelier, aura accumulé expérience et contacts - a su se donner les moyens de mettre sur pied la structure interactive mentionnée plus haut (Voir Séminaire International). Qui, au bout de 15 jours, répand au centuple, tant pour les participants que pour les visiteurs, les richesses escomptées d?une telle entreprise.

Une réalisation d?envergure qui ne saurait compter sans le support d?organisations internationales et autres instances nationales, nommément, le Triangle Arts Trust, le Commonwealth Fund, la Commission de l?océan Indien, le ministère de la Jeunesse et des Sports, le ministère des Arts et de la Culture mauricien, la National Art Gallery de Maurice, L?express? L?association mauricienne s?est calquée sur le modèle mis sur pied par le sculpteur britannique Anthony Caro en 1982, en complicité avec l?acheteur Robert Loder, notamment le Triangle Arts Trust. Structure qui devait essaimer avec la rapidité de l?éclair dans pas moins de trente pays, au profit de plus de 2 500 artistes à ce jour.

Anthony Caro, l?homme, est de ceux qui marquent. C?est quelqu?un que je me devais de connaître. Comme de fréquenter son atelier londonien. Il m?avait fait la générosité de son appréciation de mes assemblages de métal, réalisés à Marseille - Luminy en 1982.

Nous devions, par la suite, nous rencontrer à Londres, à mon retour en 1986 d?une tournée aux USA. C?était pour un suivi de cette appréciation. Mes assemblages, bien que différents des siens de par ma technique fondamentale, s?inscrivent dans sa mouvance, en s?éloignant des méthodes traditionnelles. Ce qui lui a plu.

Nous devions aussi parler de mon expérience américaine, face aux ?uvres originales de David Smith, le déclencheur de ses propres oeuvres novatrices. Tel est l?homme. Ce fut aussi, pour moi, l?occasion d?apprécier, comme de découvrir plus avant son ?uvre sculpturale, dans le lieu même de leur genèse. Anthony Caro, héritier de David Smith, le plus important sculpteur américain du XXe. siècle, est reconnu comme le plus grand représentant de la sculpture anglaise d?aujourd?hui. Se référant à la période post-cubiste, où l?Angleterre prend enfin son envol, le critique d?Art Tim Hilton rappelle que cette discipline cherche alors sa totale puissance créatrice, de là sa capacité à innover. Selon lui, le triomphe de la carrière de Caro a porté ce potentiel à son paroxysme. Et il considère ses ?uvres de maturité comme l?avancée la plus significative en sculpture, et peut-être même en Art, depuis l?expressionnisme abstrait.

Si ses assemblages prennent leur départ du collage post-cubiste, sa fréquentation de la sculpture remonte à bien plus loin dans l?Histoire de cette discipline. Il fréquente dans l?après-guerre la Royal Academy. Une des écoles les plus éloignées de l?Art Contemporain. Qui se plie naturellement aux règles de la tradition.

Ce n?est qu?en 1951, quand il assiste Henry Moore, -qu?il considère cependant aujourd?hui comme ?le dernier sculpteur de la Renaissance? - qu?il sent monter en lui l?artiste moderniste. Sa bibliothèque et leurs conversations à Much Hadham, lui découvrent à la fois l?Art moderne et l?Art primitif. Une incursion dans l?authenticité la plus reculée et dans les possibilités optimales de la sculpture comme médium contemporain. Depuis, le sculpteur britannique a croisé le chemin de l?Américain David Smith, le sculpteur aux pièces soudées. Leur rencontre est considérée comme la clé même de l?Art anglais. Si Caro montrait déjà, depuis 1959, une lueur de génie, il est maintenant établi que ses relations avec Smith lui étaient vitales. Ce cas est considéré comme spécial et unique en matière d?influences, car l?exemple de Smith grandissait en importance à mesure que Caro prenait son indépendance. Son vocabulaire se rapprochait de celui de l?Américain, au point de les rendre contemporains. Mais, comme Caro le dit lui-même, ?I wanted to beat him?. Il est aujourd?hui le Caro au génie flamboyant. Et, grâce à lui, l?on peut parler d?une génération d?après Smith.

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