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Réflexion régionale pour tracer la Route de l?esclave

2 juin 2005, 00:00

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Briser le silence ! Celui du mépris, de l?oubli. Et retrouver le chemin de ses racines pour en partager la richesse. C?est le tracé qu?à choisi de suivre le comité national du projet de la Route de l?esclave. Mis sur pied en décembre dernier, c?est hier que cette instance a fait sa première sortie publique.

Embarquement pour une série d?initiatives. La plus symbolique sera une stèle à Trou-Chenille, lieu-dit du Morne, identifié comme un ancien village d?esclaves. ?Elle complètera le triangle de l?espoir qui unit Madagascar, la Réunion et Maurice.? Propos du professeur Sudel Fuma de l?université de la Réunion, directeur de la chaire de l?Unesco de l?océan Indien.

Il a ouvert la conférence organisée hier à l?auditorium Octave-Wiehé pour coïncider avec le lancement du projet de la Route de l?esclave. Le thème abordé était La traite négrière et l?archéologie.

<B>?Matérialiser l?histoire?</B>

Appelé à présenter le bilan et les réalisations de la Route de l?esclave dans l?océan Indien, Sudel Fuma a rappelé que les premières applications du projet remontent à 1998. Une approche consacrée à l?estimation du nombre de déportés dans la région entre 1690 et 1848. Soit entre la date de l?arrivée des premiers esclaves malgaches importés par les Hollandais à Maurice et celle de l?Abolition de l?esclavage dans les colonies françaises.

Les chiffres cités sont de 622 000 esclaves débarqués à Maurice et 518 000 à la Réunion. ?Notre calcul part des statistiques de la Compagnie des Indes. Il est basé sur l?accroissement naturel négatif de la population d?esclaves et le postulat qu?un esclave ne dure pas plus de 20 ans après son arrivée dans l?île.?

Dans un deuxième temps, le projet s?attachera à ?matérialiser l?histoire.? Des propos repris par la présidente du comité national du projet de la Route de l?esclave, Leela Devi Dookun-Luchoomun, ministre des Arts et de la Culture. Après avoir rappelé que ce projet de l?Unesco a été lancé, il y a plus de dix ans au Bénin, elle a énuméré les actions à venir. Une stèle sera érigée à Trou-Chenille en février 2006. Ce monument sera dans la lignée de celui dévoilé en décembre dernier à Fort-Dauphin et celui qui se dressera à St.-Paul de la Réunion en décembre 2005.

Parmi les autres missions du comité : dresser la liste des sites liés à la traite négrière. Une fois ce recensement terminé, il s?agira d?assurer leur pérennité tout en les incluant sur un futur itinéraire du tourisme culturel.

La ministre a ajouté que le projet prévoit aussi la collecte et la préservation du patrimoine intangible. Une somme d?information appelée à être largement diffusée parmi les étudiants.

Steven Obeegadoo, ministre de l?Education, présent en sa capacité de président du comité national de l?Unesco, a profité de la tribune pour étaler une partie de son bilan, dont l?essai pour inclure l?histoire dans le cursus secondaire. Face aux obstacles ? manque d?enseignants et difficulté de rendre le sujet attrayant ? le ministre a proposé l?extension de la Citizenship Education au secondaire. Il a indiqué que les fouilles archéologiques sur l?épave de Le Coureur, au large de Pointe-aux-Feuilles, ont été un déclic.

<B>Dix ans déjà</B>

C?est dans ce contexte que Yann von Arnim de la Mauritius Marine Conservation Society a livré le fruit des travaux d?identification de l?épave. ?Il est trop tôt pour dire si Le Coureur était un bateau négrier ou pas.? Si Yann von Arnim a fait état de ?chaînes et de menottes retrouvées dans l?épave?, il a précisé qu?il faut attendre la fin de la phase de traitement pour déterminer leur lien avec l?esclavage. ?Ce traitement qui consiste à enlever tout le corail peut durer entre six mois à deux ans.?

Le projet de la Route de l?esclave a fêté ses dix ans en 2004, décrétée Année internationale de commémoration de la lutte contre l?esclavage et de son abolition par l?Unesco, pour marquer le bicentenaire de la révolution de Haïti.

Ce projet a un double objectif. D?une part, mettre fin au silence entourant la question de la traite négrière transatlantique et de l?esclavage. D?autre part, faire la lumière sur les conséquences, notamment le métissage des populations concernées, en Europe, en Afrique, aux Amériques, dans les Caraïbes et l?océan Indien.

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