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Réalisation de soi

27 septembre 2003, 20:00

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«Etre roi est idiot ; ce qui compte est de faire un royaume », disait André Malraux. À un moment où l?histoire politique mauricienne emprunte des sentiers nouveaux, dans un rassurant calme, on quête de nouveaux habits pour nos politiques. Depuis 1982, les clivages idéologiques se sont nettement effacés laissant la place à une rivalité entre hommes. Entre l??cuménisme politique et le culte de l?unité de Paul Bérenger, ce prince de l?équivoque que peuvent être Navin Ramgoolam et le leader en devenir qu?est Pravind Jugnauth, Maurice se retrouve dans une situation nouvelle où seul un activisme effréné arrive à compenser le désert intellectuel et idéologique.

Certes, le débat d?idées n?a pas souvent été la tasse de thé de la classe politique mauricienne. Nos transitions vers les nouveaux modèles de développement se sont faites dans un certain esprit d?aventure. Même s?il faut ici souligner la contribution de quelques partis et individus marginaux qui tentent de participer aux débats publics en proposant des lectures critiques des modèles de développement qu?on nous propose, voire qu?on nous impose.

Pourtant, dans le contexte actuel, les principaux leaders ont tout à prouver. Une donne a changé. Ce n?est pas simplement le fait qu?un non hindou deviendra Premier ministre. Cela, d?ailleurs, se fait dans une atmosphère détendue prouvant la maturité de la société mauricienne. La nouvelle donne a trait à ces hommes qui vont à la rencontre d?une grande idée. Parce qu?il est ancré dans des hypothèses de lecture par rapport à l?histoire et à l?économie qui en fait une figure figée, Navin Ramgoolam part coincé entre le présent et l?avenir. Parce qu?il joue la carte de l?apprenant, se donnant le temps pour émerger, Pravind Jugnauth est plus à même de séduire dans un avenir proche.

Parce qu?il a un passé et qu?il dit vouloir bâtir un avenir pour ce pays, Paul Bérenger subit le temps et est dans l?urgence de trouver cette idée fondatrice qui fait qu?un homme d?État devient une figure historique. C?est ainsi que pendant ces trois dernières années, et peut-être pour la première fois, il a agi davantage en homme d?État qu?en leader de parti. Plus empirique que doctrinaire depuis trois ans, inlassablement, il s?est signalé par le volontarisme politique. Présent sur tous les fronts, il a préparé cette période où il allait devenir Premier ministre, voulant mettre toutes les chances de son côté pour assurer une gestion plus souple. Sur le plan politique, il a déjà donné le ton. Invité, lors d?une conférence de presse, à donner son opinion sur les affres de l?alliance sociale, il s?est refusé à tout commentaire par « amitié » pour Navin Ramgoolam.

L?homme a aussi une telle conception rigide et formaliste des institutions qu?il risque de frôler la caricature. Mais il n?aura pas beaucoup de temps pour jouir du plaisir de trôner à la tête d?un État. Les échéances électorales vont vite le rattraper. Deux ans donc pour trouver cette idée fondatrice ou alors deux ans pour faire aboutir le projet de cyberîle, marquant le passage d?une société industrialisée à une société de l?information. Il faut, en ce sens, faire ressortir que dans une société de l?information, un Premier ministre ne refuse pas de se soumettre à un exercice d?interview. Même si on peut prendre des journalistes pour des pseudo-experts qui serinent de vaines leçons, il n?en demeure pas moins qu?on ne choisit pas de communiquer qu?à travers des conférences de presse où l?on est plus à même de contrôler l?information qu?on souhaite faire passer. Il y a des contradictions comme celles-là qui en disent long sur les prédispositions des uns et des autres.

Aujourd?hui, le symbole d?un Premier ministre non-hindou est devenu une banalité. Ce n?est pas en cela que Paul Bérenger marquera l?histoire de ce pays. Son passé est un témoignage de l?histoire. Celui qui, dit-on a souvent fait et défait des leaders et des hommes politiques, est en face de son plus grand défi : se réaliser soi-même dans une grande idée.

par Nazim Esoof

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