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Qui veut gagner des millions ?

26 juillet 2008, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Lototech est le nom de la compagnie réunissant la State Investment Corpora-tion (SIC), Gamma Civic Co. Ltd, mais aussi ASBLLC et G tech, deux sociétés américai-nes. Ces dernières sont à l?initiative de l?introduction prochaine du loto à Maurice. « Ce loto va offrir une nouvelle dimension aux Mau-riciens, surtout pour ceux qui ont connu ça à l?étranger et qui sont demandeurs. Ils l?attendent avec impatience », décla-re un haut cadre de la SIC.

En effet, une étude effectuée par la SIC démontre que Maurice représen-te un marché intéressant pour le business des jeux de hasard. L?âme de zougader du Mau-ricien est insatiable, malgré la présence de casinos, de diverses loteries et autres courses de chevaux. Le Mauricien est d?ailleurs un fana des jeux, comme pour la loterie verte, qui existe depuis 68 ans et qui est toujours aussi populaire. « Elle est entrée dans le folklore mauricien et a déjà fait beaucoup de gagnants. De plus, les gens savent qu?elle est fiable et crédible, et donc, ils lui restent fidèles », explique-t-on du côté de Govern-ment Lotteries.

Ainsi, cet organisme met en vente 5,5 millions de billets chaque mois et double l?offre en décembre. « Dans la clientèle, il y a toutes sortes d?acheteurs: des jeunes, des moins jeunes, des hommes, des femmes. Nous sommes le 24 du mois et j?ai déjà tout écoulé ! », attestait, jeudi dernier, un vendeur de billet aux abords de la gare Victoria à Port-Louis. Malgré les annonces visuelles et sonores sur le fait que les jeux de hasard sont « interdits aux mineurs », les billets verts, eux, leur sont accessibles.

<B>Premier tirage en décembre</B>

Si le projet de Lototech va probablement attirer une clientèle similaire ? y compris les mineurs ? son principe sera différent de celui de la loterie verte. En effet, le joueur aura à sa disposition un bulletin sur lequel il devra cocher un certain nombre de numéros, puis valider son ticket à un point de vente. Et au final, il sera désigné ou non par un tirage au sort. « Il s?agit d?un principe similaire au loto à la française. Un bulletin, une grille et des numéros à cocher, puis un tirage », explique-t-on à la SIC.

Lototech effectuera son premier tirage en décembre, lors des fêtes de fin d?année. « Dans un premier temps, les tirages auront lieu une fois par mois, puis une fois par semaine », déclare la compagnie.

Par ailleurs, le tirage pourrait être diffusé en direct à la télévision et à la radio. De quoi meubler l?heure d?antenne de la MBC, attirant au passage, et comme de juste, les annonceurs pour des spots de publicité, les mêmes que pendant la diffusion des courses de chevaux. Ainsi, le folklore télévisuel du samedi après-midi débordera sur les jours de semaine, probablement à l?heure de pointe où toute la famille est rassemblée devant la télévision, histoire de « toucher le plus de monde ».

Pour mettre en place cette logistique, Lototech bénéficie du soutien d?un « géant » dans le domaine de la loterie : Gtech. Cette société américaine présente dans le secteur du traitement des opérations liées au service financier, cible principalement l?industrie de la loterie. Pré-sente dans 45 pays, elle exporte son concept pour aider les représentants de la loterie à optimiser leurs ventes.

<B>À la rencontre du « zougader »</B>

Billetterie instantanée, loterie en libre service ou encore multiplication des points de vente, Gtech mise avant tout sur la vente, et Maurice n?échappera pas à la règle. « Il y aura des distributeurs automatiques de billets de loterie à des points stratégiques. Ils seront situés dans les grands centres du pays. Il y aura aussi les pointsde vente traditionnels tels que les supermarchés, les tabagies et autres stations-service. En tout, près de 500 espaces de vente seront aménagés à travers l?île », mentionne le haut cadre de la SIC.

Le système permet de multiplier les points de vente, en installant ces machines chez des détaillants qui ne vendent pas encore des produits de loterie, ou encore de les placer à des endroits très fréquentés pour attirer une nouvelle clientèle. Exit donc le folklore de se déplacer au Champ-de-Mars ou vers les casinos, car les jeux viendront à la rencontre des zougader.

Toutefois, implanter des points de vente à travers le pays ne suffit pas. En effet, l?autre stratégie de Gtech consiste à miser sur une campagne massive de publicité et de marketing, déjà proposée à l?étranger. Ainsi, en 1999, la loterie nationale de Trinité-et-Tobago fait appel à la société américaine et adopte le programme d?optimisation des billets instantanés.

Selon le site de Gtech, on peut apprendre que l?année précédant le lancement du programme à Tri-nité-et-Tobago, la vente totale des billets dépassait les 55 millions de dollars TTD (environ Rs 243 millions). En 2002, à la fin du dernier exercice, les ventes de billets instantanés ont été multipliées par? sept, pour atteindre plus de 382 millions de dollars TTD (près de Rs 1,5 milliards). Si le site de Gtech vante les mérites de son succès marketing, il ne mentionne toutefois pas combien ont dépensé les Trinidadiens à la loterie?

<B>Une chance sur plus de 13 millions</B>

Lototech a l?intention d?adopter la même stratégie à Maurice. « D?ici fin août, on sera fixé sur toute la logistique, et on débutera donc notre campagne de marketing à la fin de ce mois, voire début septembre. Nous baserons notre modèle de vente sur celui des cartes prépayées, et il y aura une grosse campagne autour des points de vente. On cible tout le monde, la clientèle de la loterie verte et ceux qui n?en font pas enco-re partie», explique notre cadre.

Du côté de Government Lotte-ries, l?arrivée d?un « concurrent » n?inquiète guère. « Nous ne savons pas encore quel sera le véritable impact de Lototech. Il y aura forcément une répercussion positive ou négative. Nous aurons les mêmes clients, mais je pense que les deux pourront et devront coexister », souligne-t-on.

Si le concept des deux loteries, est alléchant, il n?empêche que le principe est différent. Avec Lototech, le joueur pourra sélectionner ses numéros fétiches, contrairement aux numéros « imposés » sur les billets verts. Mais la probabilité de trouver la combinaison exacte reste minime. À titre de comparaison, la probabilité de trouver les six bons numéros de la loterie nationale française représente une chance sur plus de 13 millions !

Mais les études de marché de Loto-tech ont sans doute démontré qu?une telle probabilité ne découragera pas les Mauriciens zougader? Ceux-là, au contraire, aiment miser pour gagner gros, quitte à miser toute une vie.

<B>Fortunes diverses et insolites</B>

■ <B>200 millions de yens (près de Rs 52 millions).</B> C?est le pactole qu?un vainqueur du loto japonais a décidé d?offrir aux autorités de l?Ouest du pays pour qu?elles puissent venir en aide aux victimes des intempéries qui avaient frappé l?archipel. Ce dernier a tout simplement posté son ticket gagnant aux autorités et a tenu à garder l?anonymat.

■ <B>390 millions de dollars.</B> Il s?agit du plus gros jackpot jamais réuni au monde. Ses heureux gagnants sont un chauffeur routier et un couple de retraités américains, Harold et Elaine Messner. Ces derniers ont choisi de recevoir leur cagnotte en une seule fois, plutôt qu?échelonnée sur plusieurs années. En conséquence, ils ont perçu moins d?argent que s?ils avaient opté pour un paiement étalé dans le temps, mais ils ont récupéré tout de même la coquette somme de 88 millions de dollars (plus de Rs 2 milliards), après impôts. Un autre gagnant de ce gros tirage, est le Trésor américain, qui a récupéré près de 130 millions de dollars ( près de Rs 3,5 milliards) sur les ventes des billets.

■ <B>26 millions de livres sterling, (Rs 1,3 milliard). </B>C?est la somme remportée à L?euromillion par un Britannique multimillionnaire. En effet ce dernier, qui est déjà à la tête d?un empire de plusieurs millions de livres sterling sous forme d?investissements au Royaume-Uni et à l?étranger, n?a réclamé son gain que cinq jours plus tard.

<B>Jackpot pas que pour les joueurs</B>

Les jeux de hasard sont d?abord une affaire de gros sous. Mais outre les heureux gagnants ? une poignée sur des centaines de milliers de joueurs ? ce sont surtout les institutions organisatrices qui touchent le pactole à la fin de chaque tirage.

La Gambling Tax, qui englobe tous les jeux, soit les casinos, les bookmakers, le Tote et les loteries, a rapporté Rs 1,3 milliard à l?État pour l?année financière 2007-2008. Toutefois, dans toute la panoplie de jeux à la disposition des Mauriciens, la loterie est celle qui rapporte le moins.

Selon les chiffres de la Mauritius Revenue Authority (MRA), pour 2007-2008, les diverses loteries du pays n?ont rapporté qu?environ Rs 13 millions aux caisses de l?État. Néanmoins, ces chiffres ne représentent que ce que les organisateurs versent à l?État comme taxe. Car pour les 5,5 millions de billets verts mis en vente chaque mois, ce sont environ Rs 20 millions de profits mensuels qu?empoche le Government Lotteries Committee pour la loterie verte. Sur un an, cela représente Rs 240 millions, donc, très loin de la taxe perçue par la MRA.

Une affaire juteuse, qui explique la participation de la State Investment Corporation dans le nouveau venu, le loto. Avec une participation d?environ 20 % à 25 % de l?actionnariat, c?est à peu près Rs 400 millions de profits « au minimum » que compte faire cette institution chaque année. Ce partenariat verra aussi la présence de Gamma Civic Ltd. ? qui n?a rien voulu communiquer à ce stade ? et de l?entreprise américaine GTech.

Questions à

<B>Vijay Ramanjooloo, psychologue

« Pour certains, plus rien ne compte à part le jeu »

Nous parlons souvent de Maurice comme d?une « nation zougader ».

À quel moment est-ce que le jeu cesse d?être une passion et devient une pathologie ? </B>

Tout excès est pathologique. Par exemple, pratiquer du sport a beau être sain, mais en faire excessivement peut être le symptôme d?une problématique au niveau de la personnalité.

Un joueur pathologique peut être comparé à un toxicomane, qu?il s?agisse d?un consommateur de dro-gue par intraveineuse, d?un alcoolique ou de quelqu?un qui prend du chocolat en excès. Cette dépendance à un produit, le jeu dans le cas présent, procure une certaine jouissance à l?individu, à cause de la production d?endorphine, une hormone qui procure du plaisir.

Sans cette activité, le joueur pathologique devient compulsif, il se sent nerveux ou il déprime. Je m?avancerai aussi à dire que pour certains qui vont au Champ-de-Mars, plus rien ne compte à part le jeu. Cela devient une pathologie quand ces personnes n?éprouvent plus la faim ou la soif ou n?ont plus de pensée pour leur famille. Leurs notions de la réalité changent, au point de s?endetter, de mettre en péril le budget familial ou même de voler.

<B>Avec l?arrivée du loto, c?est aussi un changement dans le mode de con-sommation des jeux qui s?ensuivra. Autrefois, l?individu se déplaçait vers le jeu, alors qu?ici, le jeu s?invite dans la localité de l?individu. Comment interprétez-vous cela ? </B>

Dans la vie, nous grandissons avec des règles qui régissent la société. Depuis notre enfance, nos parents nous inculquent ces règles et ces lois. Parmi elles, il y a celle qui est illustrée par la métaphore : « quand on a soif, on se déplace vers le robinet, et ce n?est pas au robinet de se déplacer à soi ».

Le fait que le jeu s?implante dans une localité et va vers le joueur cons-titue une notion irréelle qui contre-dit les lois de l?éducation des indi-vidus. Certes, c?est une stratégie pour que le produit marche et pour que les joueurs misent plus, mais j?ai peur que cela ne représente un danger pour ceux qui sont déjà des joueurs pathologiques.

<B>Donc vous pensez que cela peut représenter un danger quelque part ? </B>

Je ne sais pas si cela sera ainsi, il se peut qu?il y ait des études qui me contredisent. Mais dans la situation économique actuelle, certaines personnes issues de structures fragilisées peuvent être des cibles parfaites pour cette source de revenus.

Cet argent facile, à portée de main, peut créer des cas d?endettement. Mais le fait de jouer n?est pas dangereux, tant que cela ne nuit pas à l?individu, ni à ses relations avec son entourage, ou devient le centre de sa vie.

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