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Qui se soucie des 25 ans de la mort de Malcolm ?

8 octobre 2006, 20:00

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Malcolm de Chazal n?a eu de cesse de son vivant de passer pour un maudit par excellence. L?écrivain, le dramaturge, le philosophe, le poète, le peintre demeurent chez lui, à l?entendre, sous l?emprise d?une incontestable malédiction. Il est, en fait, l?homme des lettres le plus médiatisé de toute la littérature mauricienne. Mais comme l?île Maurice cultive la canne à sucre et les légendes frelatées et, hélas, immortelles (exemples : le ?Blue? Penny ou encore la prétendue erreur commise par Joseph Osmond Barnard sur nos timbres Post Office), nombreux sont ceux qui espèrent pouvoir se draper de plumes chazaliennes en persistant à propager cette contre-vérité : demeure un perdi bande notre Malcolm, aussi national que l?hôtel portlouisien qui lui servit si longtemps de thébaïde et qu?aucun gouvernement, depuis 25 ans, n?a eu l?intelligence de convertir en musée Malcolm-de-Chazal avant qu?il ne succombe sous les pics de nos démolisseurs de monuments historiques et autres spéculateurs fonciers.

Peu importe qu?ils fassent référence à d?obscurs brocards bourgeois anonymes proférés contre ce génie incontestable. Ils pèseront toujours d?un poids supérieur à tout ce que ses plus illustres confrères et ardents admirateurs ont pu écrire ou écriront encore sur lui et sur son ?uvre. A croire que certains d?entre nous estiment intelligents de leur part de ridiculiser notre pays et la société dont ils font partie, en faisant accroire à des étrangers crédules à souhait que nous sommes trop débiles pour pouvoir apprécier à leur juste valeur les qualités comme les défauts de l??uvre tous azimuts de Malcolm de Chazal.

A les entendre, il y aurait d?un côté une nation mauricienne trop arriérée intellectuellement pour espérer comprendre le génie malcolmien et une poignée de thuriféraires patentés, seuls capables, bien sûr, de mettre en exergue l?immortelle et la lumineuse pensée de ce génie à l?état brut. Faut croire cependant que leur organisation souffre d?un certain dysfonctionnement car il semblerait qu?ils aient oublié de commémorer comme il se doit le 25e anniversaire du décès de leur idole littéraire.

Si nous avions un ministre de la Culture digne de ce nom, il se mordrait les doigts d?avoir prêté une oreille aussi attentive mais aussi naïve aux sirènes lui chantant les avantages et autres bienfaits de l?application aveugle et radicale de l?opération lève paké allé, s?appliquant indistinctement à tous les anciens nominés du gouvernement MSM-MMM, comme à tous les comités nommés par lui (exemple : celui chargé de célébrer le bicentenaire de la fondation de Mahébourg). L?ancien conseil nommé pour promouvoir le souvenir de Malcolm de Chazal n?aurait-il pas été aussi tristement démantelé que, peut-être ses membres auraient eu la présence d?esprit de multiplier les activités convenant le mieux pour commémorer dignement le 25e anniversaire de la disparition de l?auteur de Petrusmok et de La Vie filtrée. Le Parti travailliste au pouvoir depuis le 3 juillet 2005 sait-il toujours que Malcolm de Chazal fut son candidat malheureux aux législatives du 9 mars 1959, dans la circonscription no 37 de Rose-Hill. Cette incursion dans l?arène politique ne lui porta guère chance, il est vrai, car il ne récolta que 1 259 voix (34,55 % du scrutin) et fut battu par Baba Ythier (1 995 voix et 54,.57 % du scrutin).

Malcolm de Chazal meurt dans l?après-midi du jeudi 2 octobre 1981, dans cette demeure curepipienne qui demeure son dernier havre de paix et de sérénité. Il meurt à l?âge de 79 ans. Ses funérailles se déroulent, 24 heures après, dans l?église de la Nouvelle Jérusalem de Curepipe-Road. Elles sont présidées par le Pasteur Baissac et par son neveu, le prêtre catholique Henri Souchon. Celui-ci relate le dernier entretien qu?il a avec son oncle, trois jours avant son décès.

Ils parlent longuement de la Bible et l?agonisant montre à son confesseur son exemplaire personnel de l?Ancien et du Nouveau Testaments, plein de versets soulignés et annotés par ses soins.

Le pasteur Baissac rappelle les relations qui existent entre les frères De Chazal et lui. Il salue l?esprit individualiste dont fait preuve Malcolm depuis son enfance. Il explique que l?égocentrisme est l?empreinte distinctive des êtres exceptionnels et des esprits supérieurs. Il met en exergue l?esprit d?indépendance qui le caractérise. Il cite une émission radiodiffusée consacrée à Malcolm (indice significatif d?une médiatisation appréciable dont ne peuvent se prévaloir tous ses semblables). Il a alors l?occasion de préciser qu?il ?écrit non pas le français mais SON français?. Le Pasteur Baissac cite même un extrait de l??uvre malcolmienne, L?Homme et la Connaissance, dans laquelle l?auteur prône l?indépendance de l?Homme par rapport à Dieu (disons plutôt et sans doute plus exactement la liberté humaine, don divin majeur sinon suprême du Créateur à sa créature) car, pense-t-il ?Dieu n?existerait pas sans l?Homme et celui-ci sans celui-là?.

Des peintres, dont Serge Constantin, Roger Charoux, Marcel Lagesse, tiennent à rendre un ultime hommage à leur illustre confrère en portant son cercueil. Le ministre Kher Jagatsingh est présent, tout comme Jean Luc Rondreux, conseiller culturel à l?ambassade de France, le Dr Gaëtan Boullé de l?Alliance française, des amis de la famille et les proches dont Me André Robert, le fidèle ami des jours heureux comme celui des jours mauvais

Malcolm de Chazal repose depuis 25 ans au cimetière de Phoenix à quelques kilomètres de Cockairnay, Allée Brillant, la demeure familiale qui le voit naître le 12 septembre 1902. Il est le 3e enfant d?Edgar de Chazal et d?Emma Kellman. Il quitte prématurément le collège Royal, alors qu?on lui prête l?étoffe d?un futur lauréat de la bourse d?Angleterre. Il s?embarque le 9 juillet 1919 sur un ancien croiseur tsariste, l?Orel. Il atteint Vancouver le 12 septembre suivant, soit le jour de ses 17 ans. De là, il se rend à Baton Rouge, Louisiane où il obtient une licence en génie civil. Il rentre à Maurice le 22 novembre 1925. Il prend de l?emploi successivement sur les établissements sucriers de Saint-Aubin et de Solitude mais sans parvenir à se plier à la discipline professionnelle qui prévaut. Il devient, mais toujours sans succès, contremaître d?une filature d?aloès. Il publie des articles de presse et même une plaquette sur la crise économique qui secoue l?industrie sucrière dans les années 1930. A partir de 1940, il commence à publier ses ?uvres littéraires et philosophiques. En 1947, il envoie plusieurs exemplaires de son Sens-Plastique à plusieurs illustres écrivains français. André Breton avertit Jean Paulhan qui convainc Gaston Gallimard de le rééditer. De grands écrivains français et certains critiques saluent comme il se doit l?apparition de sa nouvelle manière d?écrire et de voir les choses. Sa gloire littéraire en France ne durera cependant pas malgré plusieurs tentatives de la raviver, même de l?autre côté de l?Atlantique. Il se mettra à la peinture dans les années 1950 et fera sa première exposition le 13 avril 1958. Léopold Sédar Senghor dira beaucoup de bien de sa peinture et parlera même d?un monde fabuleux, d?un monde-fée dont Malcolm est à la fois le créateur, le grand prêtre et le guide. Il survit dans nos mémoires comme un poète, un visionnaire, un philosophe, un mystique mais surtout comme l?explorateur voulant percer le secret des êtres et des objets. Sa vie comme son ?uvre demeurent fascinantes à plus d?un titre. Elles demeurent une alchimie entre Ciel et Terre.

Le plus beau monument que nous pouvons et devons élever à la gloire immortelle de Malcolm de Chazal demeure, bien sûr, la réédition complète et intégrale de ses livres et de ses articles de presse. Mais qui s?en chargera si nous ne sommes même pas capables de célébrer comme il se doit le 25e anniversaire de sa mort.

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