Publicité

Qui a peur d?une presse irréprochable ?

22 février 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La presse n?est pas exempte de danger, concède Adrien d?Epinay, dans le prospectus du 24 janvier 1832, annonçant la prochaine parution du Cernéen, prospectus publié de nouveau, à la mi-février 1982, à l?occasion du 150e anniversaire de ce journal et de sa dernière parution sur papier journal. Toute arme dissuasive devient un danger public entre des mains malhabiles. L?excès de tout bien est un mal. Celui de toute vertu est un vice. La presse a ses dangers (certains et non des moindres parlent même à ce sujet d?irresponsabilité et de prostitution). L?enchaîner est encore plus dangereux. Adrien d?Epinay est formel : ?Les honnêtes gens n?ont rien à craindre d?une presse libre.? Ce qui n?est pas le cas pour des politiciens car si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument.

Il garantit l?objectivité du Cernéen : ?Le journal sera ouvert à toutes les réclamations, pourvu que les correspondants se fassent connaître et s?expriment avec décence et ménagement.? Le refus, essuyé par le jeune Rémy Ollier, essayant vainement de publier, dans Le Cernéen, sa réponse aux imbéciles, ayant osé ridiculiser l?ascendance africaine partielle d?Alexandre Dumas et l?accusant d?être un propagateur de l?adultère, plaide en faux contre cette promesse d?ouverture journalistique et de respect de l?opinion d?autrui. Comme quoi nous ne sommes jamais mieux trahis que par notre incapacité de tenir nos promesses imprudentes, celle du zanzement comprise.

Adrien d?Epinay veut que son Cernéen soit le journal d?aucun parti. ?Son but est d?y propager les lumières, entretenir l?ordre, l?union et l?harmonie.? Ennemi du scandale, il s?acharnera pourtant sur ceux par qui le scandale arrive : ?Le coupable n?est pas celui qui publie le scandale mais bien celui qui le commet? même si nos lois permettent trop souvent à celui-ci de poursuivre injustement celui-là. ?Le Cernéen avertira le pouvoir sans jamais le braver.? Il résumera les jugements utiles. Les lois utiles comme nuisibles seront de son ressort. Il cherchera dans les autres pays des exemples pouvant nous être utiles. Il puisera dans nos annales les faits curieux, les passages importants qu?il commentera au besoin. Il sera en correspondance avec d?autres journaux d?autres pays.

Il s?explique sur ses relations avec les métropoles européennes : ?Nous tenons à la France par nos souvenirs, par l?amour des arts et à l?Angleterre par l?honneur et le devoir.? N.B. Pas un mot, ici, pour l?Afrique et pour l?Inde.

Un post-scriptum s?explique sur le choix de la devise cernéenne : Libertas sine licentia. Elle est la devise d?Adrien VI (Adriaan Floriszoon, 1459-1522-23), le dernier pape non italien avant Karol Wojtyla et Jozef Radzinger. Elle se trouve aussi sur le pavillon aux armes du marquis Duquesne, envoyé, en 1690, à bord de l?Hirondelle, pour reconnaître l?île de Mascarègne ou d?Eden (Bourbon) et en prendre possession au nom des Etats Généraux.

Le numéro spécial du 150e anniversaire du Cernéen, comporte un intéressant article de Gaëtan Raynal sur le testament politique d?Adrien d?Epinay, un rappel biographique de sa vie et de son ?uvre hors pair, un autre sur sa mort qui survient le 9 décembre 1839 à Paris. La nouvelle parviendra à Maurice seulement à la mi-avril suivant. Auguste Toussaint y parle de la presse à Maurice avant la fondation du Cernéen. Espérons qu?il ne viendra à l?esprit d?aucun imbécile, fût-il ministre, de ranger un Gaëtan Raynal parmi les suppôts de l?esclavagisme.

Le rappel biographique précise qu?Adrien d?Epinay n?a jamais été contre l?abolition de l?esclavage. ?Il voulait simplement et logiquement un dédommagement pour les colons comme cela s?est passé ailleurs? (notamment aux Antilles anglaises). Il est même l?auteur, dès 1832, d?un projet d?abolition de l?esclavage ?dont de nombreuses clauses furent subséquemment retenues par le ministre anglais des Colonies?.

Publicité