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Questions à Juliette François, Psychologue
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Questions à Juliette François, Psychologue
Après sept ans dans un centre de désintoxication en Australie, quel est votre constat ?
C’était un centre privé de désintoxication et de réhabilitation à Melbourne qui accueille les femmes comme les hommes toxicomanes. Avant de commencer le processus de désintoxication, entre trois et 15 jours – il y a une préparation de trois semaines pour réinsérer le toxicomane dans une structure car il n’a plus de repères : il se réveille à n’importe quelle heure et il ne pense qu’à sa drogue. Le centre lui fixe des rendez-vous fixes pour un suivi individuel par un psychologue spécialisé, un médecin et le responsable du centre avant les sessions en groupe et en famille.
Le toxicomane est aussi encouragé à fréquenter le Narcotics Anonymous qui l’aidera à reprendre le rythme acquis durant les trois premières semaines. Pour que le toxicomane ne se drogue pas durant cette période, on peut le mettre sur la méthadone qui lui permet d’être normal pendant 24 heures, tout en lui permettant de se concentrer sur l’étape de préparation précédant la désintoxication.
Comment se déroule la désintoxication ?
Elle se passe dans une clinique annexe et en Australie, il y en a deux types. La cure qui dure entre sept et 14 jours et celle à l’aide de médicaments. Il y a aussi la cure rapide, plus chère, de trois jours à travers un suivi médical et notamment la Naltrexone qui extrait d’un coup tous les résidus de drogue et de méthadone des récepteurs du cerveau du toxicomane. Ce qui différencie les deux, c’est que durant la première cure, le toxicomane souffre de symptômes de manque pendant sept jours. Celui qui opte pour la cure rapide n’a pas de douleurs car il est sous anesthésie pendant trois jours.
Y a-t-il un suivi après la désintoxication ?
Les dix jours suivants sont cruciaux car le toxicomane sevré plus vulnérable. Mais il est tellement vidé que cela ne vaut pas la peine de le faire réfléchir à ce moment-là. On ne fait que le remettre dans le programme visant à reprendre un rythme de vie structurée. Puis on le fait réfléchir sur l’impact de la drogue dans sa vie. On essaie de lui faire découvrir ce qui a été l’élément catalyseur de sa descente aux enfers. Dans 99 % des cas que j’ai côtoyés en Australie, la famille y a une part de responsabilité. Beaucoup d’anciens toxicomanes sont des victimes d’inceste, d’abus, de maltraitance et de négligence. De ce fait, la thérapie familiale, entre trois à six mois, est importante. Le centre, où j’ai travaillé, avait un taux de réussite qui s’élevait à 65 %.
Que préconisez-vous pour Maurice qui a maintenant son centre de désintoxication ?
La prise en charge des dix jours suivants la cure de désintoxication devrait se faire par les animateurs des centres de réhabilitation mais au centre de désintoxication. La fin du programme, soit la prise en charge des derniers trois à six mois d’encadrement, doit être faite par les centres de réhabilitation. Tout le personnel doit être formé et j’estime que les animateurs des centres de réhabilitation devraient faire des coupures professionnelles après cinq ans. Les anciens toxicomanes ne devraient pas être autorisés à devenir animateurs tant qu’ils n’ont pas pris leurs distances de ce milieu pendant trois ans suivant leur programme. En Australie, nous faisions des débriefings réguliers avec des psychologues qui ne travaillaient pas au centre. Il est important que les animateurs se ressourcent pendant quelques années avant de revenir. Pour conclure, je dirais que si on veut qu’un programme de désintoxication réussisse, il faut y mettre les moyens.
Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE
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