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Question de temps
Nos projecteurs sont tournés en permanence vers l?île Maurice « moderne ». J?entends par-là, l?île Maurice des affaires et des affairismes, avec sa capitale et ses embouteillages, ses supermarchés et son surendettement, sa cybercité et ses SMS, ses rêves et ses plaies.
Mais il existe une autre île Maurice, à cent lieues de la première. Celle-là semble vivre hors du temps, enfin de notre temps. On la rencontre lorsqu?on quitte les grands axes routiers pour s?enfoncer dans la campagne. Là, dans ces villages paisibles, situés loin de la frénésie du développement, on croise d?aimables habitants qui semblent ne pas avoir modifié leur mode de vie, comme si ce temps n?avait pas de prise sur eux. Ce n?est peut-être qu?une impression, mais peut-être pas après tout.
On en vient alors à se demander si la fureur qui nous agite n?est pas vaine. Si tous nos beaux discours sur les défis qui nous attendent ont une quelconque incidence. Si le gros de la population a conscience de la situation qui se profile à l?horizon. Comment parler de productivité, d?enjeux économiques, de mondialisation à des personnes qui perpétuent depuis des lustres les mêmes gestes et les mêmes façons de penser ? Comment espérer un changement de mentalité, alors que beaucoup d?entre elles ? y compris d?ailleurs certains caciques de la locomotive du développement ? n?en conçoit probablement même pas la nécessité. Non pas qu?elles ne soient pas capables de comprendre, mais la tâche semble si ardue et les conséquences si lointaines qu?elles dépassent le simple mortel. Nous voilà écrasés sous l?ampleur du chantier et le poids de la catastrophe annoncée. Et dans ces cas-là, on fait comme les enfants. On n?entend pas, on se résigne et on continue notre bonhomme de chemin.
Le fatalisme a encore de beaux jours devant lui. Mais il semble qu?il y ait aussi de la part de nos gouvernants, quels qu?ils soient, encore et toujours comme un défaut de communication. Le sursaut ne peut se produire que si le message atteint sa cible. Et tant pis pour le train s?il déraille un jour. C?est que les rails n?étaient pas clairement balisés, les wagons mal accrochés à une locomotive trop pressée d?arriver.
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