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Question à Imran Dhannoo

26 juillet 2006, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● Vous organisez vendredi une marche pacifique. Vous remettrez ensuite au commissaire de police (CP) une liste de 160 noms de gens que vous soupçonnez être dans le trafic de drogue. Ne vous substituez-vous pas à la police ?

Pas du tout. Nous collaborons avec elle. Il ne s?agit pas de la liste compilée par le CIG, mais d?une dressée à partir d?informations reçues d?organisations non gouvernementales engagées dans le travail social à Plaine-Verte, à Vallée-Pitot, et à Roche-Bois. Cette liste n?a certes pas d?entité légale mais nous avons vérifié et contre-vérifié les informations soumises avant de l?établir.

● Y-a-t-il tant de trafiquants de drogue à Maurice et de ?brebis galeuses? dans la police ?

On ne peut parler de trafiquants mais de dealers, car les gros bonnets sont en général invisibles. Il n?y a que deux ou trois policiers impliqués.

● S?agit-il de hauts gradés ?

Je préfère ne pas me prononcer. Espérons seulement que cette liste permettra à la police de mieux mener son enquête.

● Vous avez cité publiquement le nom d?un policier de l?Anti- Drug and Smuggling Unit (Adsu) qui fait du bon travail. N?en faites-vous pas la cible des trafiquants ?

Pas du tout. Pierrot Murugan est un policier sincère, qui fait bien son travail. Hector Tuyau à l?Adsu était aussi très bon. Ce sont des anti-pourris. Murugan est déjà la bête noire des trafiquants. Mentionner son nom est une façon de lui rendre hommage.

● Vous menacez d?aller déposer le cadavre d?un toxicomane mort par overdose devant l?hôtel du gouvernement. N?est-ce pas une mesure extrême ?

Je ne le pense pas. C?est le reflet d?une certaine amertume, d?un découragement, d?un ras-le-bol. La situation en termes de drogue à Maurice perdure depuis des années et a même empiré. Au cours des 15 derniers jours, dix personnes, dont une jeune femme, sont mortes par overdose de Subutex dans la région de Plaine-Verte et de Vallée-Pitot. De plus, il y a un rajeunissement des usagers de drogue par voie intraveineuse (UDVI). Il y a environ dix ans, ceux âgés de 24 ans et plus étaient touchés. Aujourd?hui, ceux de 16 ans ou plus sont concernés. Plus de 75 % des personnes vivant avec le VIH/sida ont entre 15 et 39 ans. Quand nous fe-rons cette action radicale, avec l?accord de la famille du défunt, nous montrerons au gouvernement que nous en avons assez de cette détérioration de la situation. C?est notre façon de mettre la pression.

● Etes-vous en faveur du programme d?échanges de seringues ?

Au milieu des années 80, nous étions contre ce programme car nous prêchions l?abstinence au produit, jusqu?à ce que nous comprenions qu?elle ne fonctionne pas auprès des UDVI. Comme le visage du VIH/sida s?est modifié ? 93.3 % des nouvelles contaminations en 2005 concernent les UDVI ?, il faut changer son fusil d?épaule. Avant d?en arriver là, ce que l?Etat peut faire immédiatement, c?est de dire aux pharmaciens de vendre des seringues, mais pas à des prix faramineux comme le font certains. Il peut aussi amender l?article 34 N (c) du Dangerous Drugs Act pour décriminaliser le port d?accessoires liés à la consommation de la drogue. Ce qu?il faut aussi savoir, c?est que le programme d?échanges de seringue s?inscrit dans une politique de réduction de risques qui comprend aussi la distribution de préservatifs, la prescription de la méthadone et l?information aux UDVI pour qu?ils utilisent une seringue propre, évitant ainsi les infections au VIH/sida et à l?hépatite C. Je crois que la meilleure formule est que chaque centre de réhabilitation reçoive une cargaison de seringues, qu?il distribuera aux UDVI ne fréquentant pas le centre. Cela ne se fera pas au petit bonheur. En échangeant la seringue, on entame un dialogue avec l?UDVI qui est souvent marginalisé. On peut alors l?informer des services que le centre offre et humaniser les rapports. Je crois dans la parole thérapeutique. Cet UDVI peut, par la suite, être intéressé à venir se faire désintoxiquer. Par contre, j?estime que les centres de réhabilitation ne doivent pas distribuer la méthadone, qui est un narcotique synthétique propre permettant aux UDVI de ne pas se droguer pendant une période variant entre 24 et 48 heures. Même si la méthadone est très efficace, elle demande un encadrement médical lourd 24 heures sur 24 et pourrait poser un problème de sécurité aux centres de réhabilitation. Je suis pour que les centres le prescrivent à ceux qu?ils encadrent mais que la distribution effective se fasse dans les hôpitaux.

Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE

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