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Quelle histoire !
Trente-six ans d?indépendance et douze ans de République. C?est à la fois long et court dans l?histoire d?un pays. Des décennies pour créer des institutions, pour moderniser l?économie, pour bâtir de nouvelles infrastructures et aussi? pour passer de «Enn sel lepep, enn sel nasyon» à «Enn sel nasyon, enn sel destin»! Hier, on a célébré la Fête nationale avec un certain sentiment de fierté pour le parcours accompli. L?île Maurice peut effectivement s?enorgueillir de certaines de ses réalisations. Mais, derrière les festivités, il y a toujours cette sensation confuse que le citoyen mauricien n?arrête pas de claudiquer.
Dans leurs discours, le président de la République et le Premier ministre n?ont pas manqué de faire appel à l?unité. C?est l?illustration de ce retard accumulé aux plans culturel et social. Le pays a évolué au fil des ans mais les mentalités se signalent toujours par l?ancrage dans un passéisme rétrograde. On a plus d?écoles, on a plus d?hôpitaux, les infrastructures routières ont connu une nette amélioration, la lutte contre la pauvreté avance à son rythme, de nouveaux projets émergent? Mais le malaise culturel et identitaire persiste. La nation n?arrive pas à se retrouver.
A l?ère des marchandages et des chantages, les leaders des sectes et des tribus ont pris de la voix. A l?identité mauricienne, on veut imposer le fantasme des «racines». L?Etat a abdiqué devant les revendications ethniques. Le malaise est profond et, au lieu de pratiquer l?homéopathie, l?Etat et ses institutions devraient davantage penser à une chirurgie directe. Cela risque de faire mal mais ce serait aussi une manière pour éprouver le mal ethnique. Toutefois, étant embarqués dans l?aventure du multiculturalisme, de la «positive discrimination» et de l?«affirmative action», il est peu probable que nos responsables politiques et sociaux vont se risquer à prendre un chemin où ils sont tétanisés par les fantômes de l?histoire et les spectres contemporains dont la force repose sur la pusillanimité de nos dirigeants.
Sans verser dans l?alarmisme et le piège d?un partage programmé, il est bon de rappeler qu?après toutes ces années se marier en dehors de sa communauté est toujours un exploit. Qu?on a toujours des régions où la concentration à caractère ethnique suscite la suffocation. Que le principe de centre culturel et d?association socio-religieuse engendre un dysfonctionnement flagrant dans le jeu social et culturel. Que ce pays enfin désespère d?une ambition identitaire où l?intégration et le métissage seront des principes naturels.
A défaut d?une telle ambition, on reste toujours avec des systèmes et des mécanismes archaïques. On aura ainsi aux prochaines élections, nos trois candidats qui vont refléter le profil ethnique de la circonscription. On aura nos « best losers ». On a encore ces patrons qui embauchent selon l?appartenance ethnique des demandeurs d?emploi. Ou encore ces jeunes universitaires qui mènent leur campagne pour l?élection au Students? Council en empruntant aux pratiques de leurs aînés de la politique active. On va aussi continuer à se battre pour les langues, voire contre les langues. On nous dira donc qu?il faut apprendre l?hindi et le mandarin, par exemple, parce que ce sont des langues symboles alors que ce sont des langues d?avenir. On nous martèlera de discours avec son lot de clichés qui nous enfonce un peu plus dans la médiocrité. Des clichés du genre «unité dans la diversité» ou «nation arc-en-ciel» ou encore les fameuses «spécificités»?
Ce qui est frustrant dans tout cela, c?est qu?on reste avec des dirigeants politiques, économiques et sociaux qui sont incapables d?admettre qu?ils peuvent, à l?occasion, avoir tort. Et cela est significatif de toute l?histoire de ce pays.
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