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Quand une épave fait ressurgir le passé

25 avril 2005, 00:00

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A l?air salin, porté par une légère brise, se mêle une subtile odeur d?iode. Le soleil, en ce samedi matin, irradie le lagon de Pointe-aux-Feuilles. Ce temps clément ne semble toutefois pas plaire à la petite équipe de plongeurs chargés, depuis trois semaines maintenant, de l?expédition archéologique sur une épave découverte en octobre dernier. L?absence de courant, expliquent-ils, rend difficile l?observation du site ainsi que le déplacement à cause de la couche de vase sur le fond marin. Tous sont impatients de retrouver cette épave, gisant dans le lagon, à l?embouchure de la Grande-Rivière-Sud-Est en espérant découvrir son secret : son identité.

Tout le monde y va de son commentaire. ?Il ne peut s?agir que du Coureur?, affirme un membre de l?équipe, aussitôt repris par un deuxième plongeur qui explique pour sa part qu?il n?y a pour l?instant aucune certitude. Les suppositions se succèdent, les fous rires aussi. Les plongeurs, menés par Ibrahim Metwalli, du Département d?archéologie sous-marine du Conseil suprême des antiquités d?Egypte et Yann Von Arnim, du Mauritius Museums Council et de la Mauritius Marine Conservation Society se réunissent pour un dernier briefing. Un conteneur, mis à leur disposition par System Building Ltd, et sur lequel flotte le pavillon de plongée, sert de quartier général. Au programme de la journée : élargir la zone de recherche et mettre à l?eau le radeau qui sera utilisé comme plate-forme. Aussitôt les derniers conseils dispensés, la petite équipe s?affaire à embarquer le matériel de plongée après l?avoir soigneusement vérifié. Tous n?attendent qu?une chose : toucher l?Histoire du bout des doigts.

La conversation, sur le bateau menant au site, est axée sur la richesse archéologique des fonds marins à Maurice. Les plongeurs, habitués aux épaves, évoquent celle du Sirius, reposant dans les eaux de Grand-Port. Des objets de grande valeur historique y ont en effet été découverts. L?équipe espère de pareilles trouvailles à Pointe-aux-Feuilles. ?D?autres objets similaires nous confirmeraient que ce bateau aurait été impliqué dans le trafic d?esclaves?, laisse entendre Ibrahim, scrutant l?horizon. Dès la bouée, utilisée pour signaler la présence de l?épave en vue, les passagers du bateau enfilent, religieusement, leurs combinaisons et leurs gilets stabilisateurs. Le temps d?amarrer l?embarcation, le départ est donné. Six silhouettes disparaissent sous la surface, ne laissant derrière eux qu?une traînée de bulles.

Pièces plus que centenaries

L?eau, chargée de particules, n?offre pas une visibilité maximale. Mais, quelques minutes après, le voile se dissipe. Et là, le c?ur s?emballe, le souffle se fait plus court. Une partie de l?Histoire de Maurice est sur le point de refaire surface. Au fond, des centaines de mètres de cordage sont attaché à des piquets de fer. Des étiquettes répertorient les objets hétéroclites : clous, poulie utilisée pour les mâts, fragments de porcelaine. Des pièces plus que centenaires. ?On s?attendrait presque à voir surgir le capitaine?, laisse échapper un membre de l?équipe.

?Tic tic tic? : un bruit sourd, persistant, attire soudain l?attention. Impossible cependant d?en déterminer la provenance, car le ballet des plongeur, s?affairant autour de l?épave, a fait s?élever la vase. Comme si la mystérieuse épave voulait préserver ses secrets. Les mouvements du plongeur se font alors plus lents, sa respiration plus large. Patience...

C?est alors que surgit, derrière un massif de pierres, l?archéologue égyptien. C?est lui, le ?fauteur de troubles?. Il s?affaire à enfoncer, les uns après les autres des piquets, dans le sable. Il évolue dans ce paysage irréel, au-dessus de l?épave avec la souplesse d?un poisson. Non loin, un petit panneau est attaché à un piquet. En l?essuyant, on peut y lire : ?Campagne archéologique en cours. Ne rien ramasser. Merci.? Avis aux curieux.

Mais le moment de la remontée approche. Un rapide coup d??il à la réserve d?oxygène indique en effet qu?il faudra bientôt regagner la surface. Difficile de s?y résoudre. La balade en eaux profondes réserve encore bien des surprises. En s?y attardant encore, l??il découvre une plaque en cuivre, utilisée pour recouvrir la partie de la coque immergée du navire. Elle oscille à cause du léger courant. Un équipier montre du doigt le monticule de pierres. Ces dernières, empilées les unes sur les autres sont entièrement recouvertes de mousses et d?algues. Afin de mieux se faire comprendre, il saisit un bloc-note spécialement conçu pour les plongeurs et y inscrit très distinctement : ?ballast?. Ces pierres étaient utilisées sur les navires de l?époque pour le stabiliser lorsqu?ils ne transportaient aucune cargaison. De multiples poissons et crustacés ont colonisé ces vestiges, leur apportant une seconde vie. Au milieu de ces mêmes pierres, un délicat fragment de poterie. Personne n?ose y toucher de peur qu?elle ne se désintègre et ne disparaisse pour toujours.

Le temps d?admirer une dernière fois l?épave, les plongeurs entament la remontée. Ils n?ont qu?une seule envie : plonger encore, et rejoindre le passé. Deux mois durant, l?équipe enchaînera les missions pour identifier l?épave, recueillant un maximum d?indices. Ainsi se poursuit cette véritable aventure humaine, réunissant passionnés et chercheurs. De retour sur la terre ferme, la tête pleine de souvenirs, chacun imagine ce qu?a dû être le naufrage du navire, une nuit de mars 1810?

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