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Quand on a tout perdu

30 mai 2004, 20:00

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Jeudi à la cour suprême de Port-Louis. Sept propriétés, d?une valeur de Rs 3 m sont vendues aux enchères. Rien qu?en 2003, on dénombre plus de 300 cas de saisie. Comme Mahadawoo Heinchandra ou comme Jimmy, trop de personnes crédules perdent ainsi leurs avoirs. Selon un homme de loi, celles-ci sont parfois même victimes d?escroquerie : ?L?emprunteur se retrouve pris au piège de procédures complexes qui, au lieu de lui être utiles, fourniront les moyens légaux responsables de sa ruine. ?

La descente aux enfers commence pour Jimmy lorsqu?il a des retards dans ses paiements. D?abord les pénalités s?ajoutent aux intérêts, avant la perte sèche. Jimmy était employé dans le textile. Il avait emprunté pour Rs 700 000, dette qu?il n?arrive plus à honorer. Dans ces circonstances, il paie, en plus des pénalités, 10 % de son emprunt aux avoués des créanciers pour couvrir des frais dits administratifs. A chaque fois que son cas est renvoyé en cour, il lui faut subvenir à d?autres frais, qui s?élèvent parfois à Rs 25 000.

Finalement, sa maison est saisie. ?Ce sont les avoués eux-mêmes qui fixent la mise à prix?, se plaint-il. C?est un montant dérisoire qui est proposé au début des enchères. A l?arrivée, la maison est cédée à Rs 200 000 alors qu?elle vaut Rs 1,5 m. ?On nous enfonce davantage, au lieu de nous aider.? Jimmy dénonce ce qu?il considère comme une complicité entre certains avoués. ?Quelques-uns, toujours les mêmes, sont sur tous les grands coups, comme un cartel .?

L?homme de loi précité abonde dans ce sens. Pour lui, ces avoués s?accaparent de terrains ou propriétés, qu?ils arrivent à négocier à des prix minimes. ?Généralement ils s?entendent entre eux, et se sont des prête-noms qui achètent à leur place.? Certaines de ces combines se trameraient à l?intérieur même du palais de justice. ?Il arrive qu?on soudoie les gens venus acheter pour qu?ils ne fassent pas monter les enchères.? Une pratique qui aurait de moins en moins cours.

Vêtu d?une chemise usée, Mahadawoo Heinchandra, 47 ans, attend son tour. ?Mo esperé tou pass bien.? Les cas défilent. Pour beaucoup, avec la sentence, c?est toute une vie qui s?écroule. Celui de Heinchandra tombe : son terrain sera sold by levy. A la sortie de séance, il supplie son avoué d?essayer quelque chose : ? Eh baye aid moi, monn fini perdi terin la ? ? Son terrain est mis à prix pour Rs 150 000 alors qu?il en valait trois fois plus. ?Mo finn pran enn loan de Rs 250 000 lor 20 ans, ki mo pa resi paye, ki mo pou fer astère.?

Toute personne qui désire emprunter de l?argent peut passer par des organismes comme les banques, les compagnies d?assurances ou la National Housing Development Company. Les taux d?intérêt atteignent alors jusqu?à 16 % l?an. Les créanciers demandent alors en retour une garantie sur le paiement, soit un bien d?une valeur correspondant au double de la somme empruntée. Généralement le bien est un terrain ou une propriété. ?Ceux qui n?ont pas de garantie se tournent vers des casseurs. Là, le taux d?intérêt va jusqu?à 50 %. Si vous empruntez Rs 100 000, ils ne vous prêtent en fin de compte que Rs 50 000 car ils prélèvent Rs 50 000 en intérêts.? Mais, avec ou sans garantie, il faut rembourser. Sinon la machine judicaire se met en route.

Car le jeudi n?est un jour pas comme les autres à la Cour suprême. S?y jouent de véritables tragédies pour des gens ordinaires, et de petits scénarios de pièges en eaux troubles. Si vous empruntez, vous devez régler vos dettes, à ne pas en sortir. Mais le prix à payer respecte-t-il toujours la dignité humaine ? D?autres solutions sont peut-être à rechercher.

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