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Quand les politiques écartent les techniciens

31 janvier 2006, 20:00

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Par Nazim ESOOF

Le refrain est connu. D?un gouvernement à un autre, on reprend la même constante : les nominations politiques obéissent au critère de la compétence. Si cela est vrai dans certains cas, cela l?est moins dans d?autres. En fait, à l?ère de la glorification de la bonne gouvernance, le principe même de nomination politique à la tête des institutions publiques et des organismes parapublics est en soi un véritable contre-sens. Mais nous sommes à Maurice, et au lieu d??uvrer dans le sens de la bonne gouvernance, nous nous éloignons de ses préceptes. Tous les gouvernements en sont coupables mais l?Alliance sociale semble, elle, vouloir pousser le bouchon plus loin. Au-delà du fait que les travaillistes pourraient avoir un excès de bouches à nourrir, il demeure qu?ils semblent être prêts à franchir un palier afin de satisfaire leurs affidés.

C?est ainsi que des institutions traditionnellement apolitiques se retrouvent aujourd?hui avec des directeurs exécutifs qui ont une coloration politique, voire une carrière de politiciens. Serait-ce une manière d?avoir une mainmise sur des administrations publiques ? En tout cas, les nominations de Lucien Finette en tant que directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES), de Daivanaden Poinoosawmy à la tête du Trust Fund for Specialised Medical Care et, dans une moindre mesure, de Sarat Lallah à Mauritius Telecom (MT), sans oublier la tentative d?installer un politique en la personne de Joydeep Beeharry comme président de l?Independent Broadcasting Authority, sont autant d?initiatives qui ne laissent aucun doute sur la nouvelle tendance. Les cas de Lucien Finette et Daivanaden Poinoosawmy sont criants à ce titre. Le premier a été conseiller de Navin Ramgoolam entre 1999 et 2000 avant d?être candidat aux élections de 2000. Le second était lui candidat travailliste élu aux élections de 1995 à Grand-Baie-Poudre-d?Or où sa candidature était également évoquée pour les élections de 2005.

Si la pratique a surtout consisté à caser des proches politiques comme des présidents d?institutions publiques, les nouvelles nominations de personnalités politiques en tant que directeurs apparaissent comme un pied de nez à la bonne gouvernance. Les travaillistes pourront toujours faire remarquer que le cas d?Eddy Boissézon avec l?ancien gouvernement a déjà créé un précédent. Celui-ci avait en fait été désigné directeur de la State Property Development Company Ltd (SPDC). Les dirigeants du gouvernement sortant répondront probablement qu?il y a une nuance entre des entités comme le MES et la SPDC. Comme il ne s?agit pas ici de jeter l?anathème sur les uns ou de faire l?apologie des autres, on se limitera à rappeler que certaines traditions ne s?ancrent dans le temps que si elles participent des principes de la bonne gouvernance.

S?il est vrai que les nominations politiques sont une pratique courante à travers le monde, il est encore plus vrai que de plus en plus elles sont assujeties au mérite. C?est tout le processus de la nomination qui est revu. Des systèmes de surveillance sur la performance et la productivité des nominés politiques sont ainsi envisagés. Parce qu?il est question de gestion des ressources publiques, d?un exercice efficace des pouvoirs publics et d?un travail qui permet la modernisation de l?Etat dans la transparence. En fait, toute la logique de la bonne gouvernance est basée sur le réformisme. Si des institutions publiques sont décriées, c?est surtout parce qu?elles restent paralysées par des pratiques anciennes. Comment amener les dirigeants d?un pays à contraindre leurs nominés politiques à rendre des comptes ? La lutte contre la corruption peut-elle avoir lieu dans l?opacité ?

Aujourd?hui, c?est la distinction nécessaire entre postes politiques et postes techniques qui s?estompe. Elle indique parallèlement la méfiance croissante des décideurs politiques à l?égard de la société civile. Les acteurs indépendants ont toujours souffert de la stigmatisation politique. Désormais, même les techniciens d?expérience ne semblent plus pouvoir aspirer à des postes de responsabilité, des postes qui auraient dû légitimement leur revenir. La surpolitisation de l?administration, dans tous les cas de figure, n?augure rien de réjouissant pour la bonne gouvernance.

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