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Quand le bon marché coûte cher
La contrefaçon a inévitablement des répercussions néfastes sur l?activité économique et culturelle d?un pays et sur son rayonnement international. A Maurice, le piratage a beaucoup fait parler de lui ces dernières années. Pour le consommateur, la contrefaçon est souvent synonyme de chic à bas prix. Pour le pays, par contre, l?enjeu est une tout autre affaire.
Albums musicaux, vêtements, et logiciels, entre autres, sont des produits piratés qu?on trouve encore sur le marché. Cela a une influence sur la stratégie dans de nombreux secteurs dont le tourisme et l?investissement étranger.
?Cela affecte l?économie dans le sens que c?est un très mauvais indicateur pour l?investisseur étranger?, explique Sanjeev Ghurburrun, avocat de Geroudis Ghurburrun, représentant de plusieurs marques déposées. Pour une marque qui souhaite s?implanter à Maurice, la question de la protection de la propriété intellectuelle est un facteur essentiel.
En effet, lorsque les imitations sont en vente libre dans un pays, une compagnie n?aura forcément pas envie d?y produire de peur que son produit soit contrefait. La compétitivité de Maurice peut aussi souffrir en raison de la présence de produits piratés. Ils sont très communs dans les pays de l?Asie du sud-est. Cependant, s?il est vrai que les coûts de production au niveau local sont plus élevés comparés à ceux des pays de l?Asie du sud-est, un moyen pour nous d?y répondre serait de lutter contre la contrefaçon.
?Si un investisseur s?installe à Maurice, c?est qu?il a choisi le pays avec qui partager ses secrets en quelque sorte, souligne Marcel Lapierre, Head of Intelligence and Operations de Fakebusters, une brigade anti-contrefaçon. En Chine, les produits se retrouvent sur le marché quelques heures après une simple demande de cotation.?
En vue d?attirer l?investissement, la stratégie adoptée depuis quelques années vise à faire de Maurice une destination haut de gamme, notamment avec les projets d?Integrated Resorts Scheme, entre autres. Or, la visibilité de produits piratés et sa libre circulation pourraient avoir un effet négatif non seulement sur les touristes mais aussi sur les entreprises qui veulent ouvrir des boutiques dans l?île. ?Avec les produits piratés, le niveau de la destination baisse. Les références qui font que la destination est haut de gamme ne sont pas présentes si les produits piratés dévorent le marché?, ajoute Sanjeev Ghurburrun.
Protéger la propriété intellectuelle
La création locale souffre, elle aussi, à cause des produits piratés et particulièrement dans l?industrie de la musique et dans le monde de la mode. Si les créateurs locaux n?évoluent pas dans un environnement protégé, ils ne pourront pas accroître et développer leurs activités comme il se doit.
Autre secteur touché par la contrefaçon : les relations internationales et le commerce. ?Par exemple, par rapport à l?Africa Growth and Opportunity Act, comment voulez-vous que l?Etat américain nous favorise si nous ne protégeons pas les produits américains ?? déclare Sanjeev Ghurburrun.
Avec la vente des contrefaçons, il y a aussi un manque à gagner pour l?Etat. Le marché des produits piratés est un marché parallèle où certaines procédures ne sont pas appliquées, notamment les taxes. ?C?est très injuste de laisser fleurir les gains d?un certain groupe au détriment des autres?, soutient Sanjeev Ghurburrun.
La campagne anti-piratage menée par la marque Ralph Lauren dans le pays en 2003-2004, a marqué les esprits. La lutte anti-piratage menée par les autorités et les représentants des marques, a commencé à porter ses fruits. ?Il y a bientôt cinq ans que le pays a décidé de prendre des sanctions contre le piratage et cela a redonné confiance et crédibilité dans le pays?, affirme Marcel Lapierre.
Les récents changements au niveau de l?Anti-Piracy Unit (APU) de la Police des jeux ont jeté le trouble dans le monde de la lutte contre le piratage. L?incompréhension par rapport à la reconstitution de l?APU se fait d?ailleurs sentir. ?C?est une décision ridicule parce que c?était une unité qui marchait bien. Je ne vois pas pourquoi il faut changer de formule,? estime Sanjeev Ghurburrun.
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