Publicité

Quand la sculpture brise le monde sans-voix du bois?

16 octobre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ciselage de l?écorce qui y laisse sa peau. C?est en fouillant et en triturant le bois que l?artiste né, se découvre. L?esprit se fait marteleur. La main sculpte, creuse, s?interroge et s?interpose. Entre enfants et artistes, il n?existe pas de limites. Ni de barrières.

Les enfants de l?école de sculpture de Bambous, dirigés par Lewis Dick, exposent leurs créations du 15 au 20 octobre à la galerie Max Boullé. Une exposition émouvante qui déploie toutes les ailes artistiques des plus jeunes.

Les yeux caressent les ?uvres dès l?entrée. Quand les enfants sont fans de Bob Marley, cela donne vie à une sculpture gigantesque. Comme une entaille dans le creux du tronc, ils en extirpent l?effigie de ce chanteur reggae, de ses cheveux tressés et de son visage ridé. Un travail à main saisissant, où le bois s?arrache de son monde de sans-voix.

L??uvre reprend goût à la vie, dans toutes ses formes, toutes ses euphories et ses libertés. L?enfant délaisse son univers pour s?interroger sur le pourquoi de l?existence. ?Je ne dicte jamais aux enfants ce qu?ils doivent faire. Zot deside par zot mem ! Bann zanfan extremman sensib a tou se ki pase autour zot e zot les zot inflianse par sa??, avance Lewis Dick, qui surgit de derrière une sculpture qui glace.

Un talent qui étonne

Elle se veut résolument abstraite. Pointant du doigt une île Maurice en dépérissement. Protéger la forêt et ses animaux de Joe Marcelin et Cédric Toi, 8 ans. Elle évoque la vallée de Ferney. Un vocabulaire qui laisse à désirer, mais qu?importe, laissons parler l??uvre. Un tronc entr?ouvert, rongeant de significations.

De multiples faces catapultées en dehors de l?écorce. Il faut savoir, que chaque ?uvre a été réalisée au jardin de la Compagnie où les enfants ont travaillé longtemps durant dans le cadre de cette exposition. La muse viendrait peut-être de cet endroit.

En tout cas, les thèmes choisis le reflètent tout à fait. Au loin encore, sous un vernis rouge intense, se tient une création érigée dans toute sa splendeur.

Souffrance d?une fille mère de Lewis Dick. Titre évocateur. Le corps féminin symbolise la douleur. Elle est transpercée, par des trous béants et des préjugés accablants. ?C?est le regard de la société qui blesse le plus quand une jeune fille devient mère, explique l?artiste. Monn rancont enn mama enn fiy-mer enn fwa. Linn dir mwa bann dimounn alantour ti pe deracinn lizie so tifi??

Regards qui fracassent les filles-mères. Pour éventrer toute cette frustration, Lewis Dick a choisi d?enlever le c?ur et les côtes de la femme sculptée. Un haut le c?ur monumental. Brisée, portant sur son dos un fardeau. Son enfant. La bouche criant un son imperceptible, tentant de vociférer. Le bois redevient sans-voix. Cette fois, volontairement.

Fourmillant autour de ces statues, qui se tiennent par les sens, l?on demeure silencieux. Le talent étonne. Lewis Dick ne dissimule pas sa fierté. ?Je suis émerveillé devant la créativité de ces enfants. C?est incroyable, mais mo pa mem bizin ale rod bann zanfan, zot vinn tap mo laport zot mem, ar zot bann zouti pou travay.? L?enchevêtrement des créations distrait. Comme le Battère Ravanne, dont le chanteur a un genou relevé pour caler l?instrument. Le chapeau lapaille cachant cette face qui se dessine dans des plis et des replis.

Il existe des ?uvres qui semble hurler dans la salle, qui contraint le passant à s?arrêter. Le battère de ravanne dont les coups de marteau ont modulé ses formes. Dans les coins et les recoins des courbes naissent les sons étouffés de cette toile tendue de cerf. Le chant ancestral qui a su troubler le sens de l?appartenance des enfants.

Des 250 enfants étudiant sous la férule de Lewis Dick, une trentaine d?entre eux ont eu l?occasion de s?exprimer et de montrer de quoi ils étaient capables. Le matériau devient homme, sentiment et émotion sous ces mains innocentes. La sculpture, exutoire des plaies. Sculpture exacerbée par des enfants qui promettent encore mieux plus tard. Le beau dans tout son déboisement.

Publicité