Publicité

Quand la prison tourne au ralenti

17 juillet 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?univers carcéral a retenu son souffle depuis l?annonce du départ du commissaire des prisons, Bill Duff, en juin. Les officiers sont las des guerres intestines entre aspirants commissaires et une crise latente depuis des années. De ce fait, les prisons ont roulé au ralenti ces dernières semaines, dans une atmosphère contenue.

Et la nouvelle tant attendue est tombée, mardi dernier, au Parlement : le Premier ministre a annoncé la nomination de celui qui a été durant quelques années le conseiller du gouvernement sur les prisons, Lingamanaicka Vijayanarayana ou Vijay comme l?appellent les gardes- chiourme. Les détenus l?appellent, eux, ?Indien?.

?On a trouvé très bizarre qu?il n?y ait pas eu de communiqué ou d?annonce?, confie un garde-chiourme. En effet, c?est à travers la presse que tous ceux concernés ont pris connaissance de cette nomination la semaine dernière. Et depuis? rien du tout. Les gardiens attendent. Les détenus observent. Et le commissaire se fait désirer? Ce n?est que samedi que Vijayanarayana aurait fait sa toute première apparition en tant que CP à la prison de Beau-Bassin, affirme un officier affecté à la prison centrale. Les détenus ? qui utilisent toujours des téléphones portables ? affirment, eux, ne pas avoir vu le nouveau commissaire depuis sa nomination.

La nomination de Vijayanarayana vient mettre un terme, du moins temporairement, aux aspirations de Jensing Shibdoyal qui voulait être nommé à ce poste. Il avait, par ailleurs, contesté la nomination de Bill Duff en cour, s?estimant lésé dans ses attentes. La nomination du Britannique avait, en même temps, envenimé les relations entre Shibdoyal et Jacques Henri, proche de Bill Duff et récemment nommé commissaire adjoint. Le conseiller indien dont le bureau se trouve au quartier général à Beau-Bassin, était aussi très proche de Bill Duff, mais se tenait à l?écart des rapports de force qui se jouaient. Vijayanarayana occupe d?ailleurs une résidence officielle située dans l?enceinte de la prison centrale. Il est le voisin de Jensing Shibdoyal.

Dès son arrivée en 2004, le conseiller Vajayanarayana avait adopté une approche très ?hands on? à la prison. Une attitude qu?avait encouragée Bill Duff, alors commissaire des prisons. D?ailleurs, même quand il occupait les fonctions de conseiller, on faisait souvent appel à lui quand il y avait des problèmes, se souvient un garde-chiourme. Il était apprécié pour sa bonne volonté et sa disponibilité. C?est la raison pour laquelle l?annonce du PM au Parlement, mardi dernier, n?a pas causé de grands remous à Beau-Bassin. ?Nous le connaissons. Nous connaissons ses méthodes car elles ont été appliquées. Donc, nous savons à quoi nous attendre pour les avoir pratiquées depuis deux années?, explique un garde-chiourme. Un détenu affirme, lui, que ?bann la pou rod sabot indien la me linn dir li pou pren sanksyon. Nou enkor pe atann developma?.

Toujours est-il qu?il existe certaines appréhensions. Si les gardes-chiourme affirment connaître le personnage et ses méthodes, ils l?ont côtoyé alors qu?il était officiellement conseiller. Le ?sabotage? dont a été victime Bill Duff venait surtout du fait que ses subordonnés lui cachaient des informations. Auront-ils la même attitude envers Vijayanarayana ? Entre-temps, le calme des détenus soulage et inquiète. ?C?est peut-être la nouvelle situation qui les rend dociles. Ils sont en train d?observer la situation pour essayer de comprendre leur nouvelle marge de man?uvre?, affirme un garde-chiourme. Ce que confirme un détenu. ?Nou pe get sitiasyon la. Pa pe tro trouv bann sef la?, lance-t-il au téléphone.

Vijayanarayana parviendra-t-il à faire l?unanimité parmi son personnel et ses détenus ? Gagnera-t-il le pari qu?a perdu Bill Duff ? C?est le pays qui retient son souffle maintenant?

Publicité