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Quand la créativité fait le bonheur des copieurs
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Quand la créativité fait le bonheur des copieurs
Les usines de textile pirates n?ont qu?à bien se tenir. Fakebusters, spécialisé dans la protection des mar-ques, compile en ce moment mê-me un dossier explosif sur les fabricants qui revendent les surplus des commandes textiles ou les articles de rebut sur le marché local. Ces produits constituent entre 3 et 5 % des commandes, c?est-à-dire, environ un millier de pièces.
« Ces usines produisent à partir de commandes étrangères pour des grandes mar-ques. Souvent, quand il n?y a plus de commandes, le fournisseur continue à produire les mêmes articles à partir des chutes de tissu et des restes d?accessoires pour ensuite les revendre dans des boutiques », explique Marcel Lapierre, de Fakebusters.
De l?or avec les vêtements abîmés
À y regarder de près, on ne voit aucune différence entre le produit ori-ginal et la contrefaçon. La raison est simple. Le fabricant dispose des matières premières d?origine ? tissu, étiquettes, boutons, fermetures éclair et autres accessoires ? et de la technologie nécessaire pour concevoir un produit plus vrai que nature !
Ces « pirates » font aussi de l?or avec les vêtements légèrement abîmés, appelés rejects dans le langage populaire. Écoulés à des prix très bas sur le marché local par la filière des marchands ambulants, ils se vendent en un tournemain. À Rs 50 pièce, on ne boude pas son plaisir. L??il exercé du consommateur sait, en effet, reconnaître un article à la finition impeccable et n?hésite pas à acheter, même si le produit comporte un léger défaut. Les t-shirts de grandes marques, offerts sans étiquettes, s?écoulent aussi en un clin d??il.
« Ces pratiques lèsent les marques et les agents locaux qui les représentent », constate Marcel Lapierre. Il serait donc souhaitable que la Mauritius Revenue Authority exerce davantage de vigilance quant aux revenus non déclarés des fournisseurs malhonnêtes. Et ces derniers n?ont aucun intérêt à déclarer le pécule amassé par le biais de la contrefaçon? « Les services douaniers devraient également se pencher sur ce problème. »
Des droits souvent enfreints
Ainsi, le manque à gagner est considérable pour ces entreprises qui ont investi dans la création d?un produit.
Les droits de propriété intellectuelle, qui visent à protéger tout ce que l?esprit humain peut inventer de visionnaire et d?unique, sont souvent enfreints. Neuf fois sur dix, les créatifs se disent copiés. C?est le cas des professionnels présents actuellement au Salon de la Mode, qui se tient au Centre Swami Vivekananda, à Pailles.
Pour East-Sider, une entreprise locale fabriquant des vêtements branchés et qui vient de souffler ses sept bougies, la contrefaçon de ses vêtements ne porte pas à conséquence. « C?est la nature humaine d?imiter les autres. Tant que c?est artisanal, ce n?est pas grave. Mais là où le bât blesse, c?est lorsque l?usine avec laquelle on travaille copie nos créations et les revend à l?étranger. Là ça devient très embêtant », explique le designer Sébastien Ng Cheong Tin. Il y a quelque temps en effet, les vêtements avec les logos et étiquettes d?East-Sider se sont retrouvés comme par enchantement sur les marchés suisse et indien.
« Une cliente nous a mis la puce à l?oreille quand elle a affirmé avoir acheté nos vêtements dans un de ces deux pays, alors que nous ne sommes pas représentés là-bas. Nos magasins à l?étranger se trouvent uniquement en Australie, à la Réunion et à Mayotte », poursuit sa s?ur, Aurélie, également créatrice de mode. Engager des poursuites judiciaires serait pour elle une perte de temps et d?argent. Alors, elle préfère voir le bon côté des choses.
« Être copiés, comme le dit Tom Ford, c?est le signe que le produit a du succès? »
« Je compte enregistrer ma marque »
Émilie Bonhomme, créatrice de bi-joux, a fait la même expérience, il n?y a pas longtemps. Ses ornements en cristal Swarovski ont tellement eu du succès dans le magasin où elle les plaçait que le propriétaire des locaux les avait copiés pour les vendre plus cher.
Ce qui a mis un frein à leur collaboration. « Je compte enregistrer ma marque pour que cela ne se répète pas. »
Comme Maurice est signataire de la Convention de l?Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), elle pourra aussi revendiquer la propriété par le jeu des instruments juridiques appropriés.
Les créateurs sont conscients que les droits de propriété exclusifs à l?égard des créations de l?esprit deviennent le domaine de normes juridiques et de règles contraignantes qui régissent la propriété des créations intellectuelles.
Mais Shaheen Mohamed, créatrice de vêtements au style classique et élégant chez Imaan pense qu?une bataille légale pour protéger les droits des créateurs est vaine. « Les gens qui copient un vêtement prendront soin d?apporter une petite modification pour qu?on ne puisse pas les accuser. J?ai ainsi retrouvé une de mes créations portée par une personne qui avait imité l?essentiel du vêtement, tout en changeant quelques petits détails », confie-t-elle.
Les lois qui réglementent la propriété intellectuelle doivent servir à protéger les créateurs qui ont, eux aussi, un rôle à jouer lorsqu?ils constatent que leurs droits sont bafoués. « Le créateur est le seul auteur et détenteur des droits de propriété intellectuelle. C?est triste de voir que beaucoup de designers ont encore cette attitude passive face à la contrefaçon. Mais je pense que le jour où ils vont réclamer que leurs droits soient respectés n?est pas loin », conclut l?artiste Patrice Offman.
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