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Quand l'édition redécouvre l'optimisme
Morose, plat, voire légèrement déprimé en début d'année, le marché du livre a repris de la vigueur. Le creux de la vague a été atteint en avril, où les librairies se sont quasiment vidées de leurs lecteurs. Pour assainir leur situation financière, ou tout simplement pour assurer leur trésorerie, les libraires ont retourné aux éditeurs les nombreux invendus. Les premiers signes de la reprise se sont fait sentir en mai, sitôt l'élection présidentielle passée. Juin et juillet ont confirmé la tendance,avec une hausse de 7 %. Août montre un décalage, avec un tassement des ventes en région parisienne, et le reste de la France qui poursuit sur sa lancée.
Quel que soit le réseau de distribution ? librairies indépendantes, chaînes culturelles ou rayons livres des grandes surfaces ?, les ventes sont reparties à la hausse. Bertrand Picard, directeur du livre à la Fnac, a enregistré une progression de 10 % sur le secteur en juillet. Grâce à cette embellie, le marché du livre est à +1,1 % en valeur, d'après Ipsos, sur les sept premiers mois de l'année.
A Paris, Emmanuel Delhomme, directeur de la librairie Livre sterling, a retrouvé les flux de ventes d'il y a quatre ou cinq ans, alors qu'il avait connu de fortes baisses lors des étés 2005 et 2006. A Rouen, Mathieu de Montchallin, responsable de L'Armitière, explique qu'il ?a comblé le retard pris depuis janvier?. A Montpellier, ?l'été a été exceptionnel?, confirme Jean-Marie Sevestre.
Reprise quasi générale
Dans cette reprise quasi générale, un livre se distingue nettement du lot : ?L'Elégance du hérisson?. Sorti en septembre 2006, chez Gallimard, ce deuxième roman de Muriel Barbery, agrégée de philo de 39 ans, a conquis les plages de l'été 2007. Il en est sorti en moyenne près de 20 000 exemplaires par semaine. ?C'est un livre qui s'est fait au fur et à mesure. Il y a très peu de retours?, assure Bruno Caillet, directeur commercial de Gallimard. Le tirage actuel est de 539 000 exemplaires, avec des ventes nettes de 509 000 selon Gallimard. Dans le sillage de ce succès, ?Une gourmandise?, le premier livre de Muriel Barbery, a dépassé les 70 000 exemplaires en Folio. Pour Gallimard, le phénomène est comparable à ce qui s'est produit autour de Balzac et la petite tailleuse chinoise, de Dai Sijie, voire à celui créé autour de ?La Première Gorgée de bière?, de Philippe Delerm, qui a été un best-seller pendant trois ans, avec au total 1 million d'exemplaires vendus.
Cette bonne performance est loin d'être isolée. Quatre petites maisons d'édition de littérature générale, avec chacune une éditrice à sa tête, ont affiché cet été des résultats remarquables. Pour Liana Levi, ?2007 est la meilleure année (de la maison) depuis vingt-cinq ans?. Début août, ?Mal de pierres?, de Milena Agus, une auteure sarde qu'elle a découverte, a dépassé les 100 000 exemplaires. Hors ce titre, son chiffre d'affaires a progressé de 20 % depuis janvier. Anne-Marie Métailié est elle aussi sur un petit nuage. ?Les Dames de nage?, de Bernard Giraudeau, figure au palmarès estival, avec 140 000 exemplaires sortis. Dans la foulée, d'autres titres de son catalogue marchent bien. Primé par les lectrices d'?Elle?, en catégorie policiers, ?La Femme en vert?, de l'Islandais Arnaldur Indridason, a dépassé la barre des 40 000 ventes.
Pour deux autres éditrices indépendantes, les prix décernés au printemps ont permis d'assurer une seconde vie à des ouvrages parus en 2006. François Vallejo, un des auteurs de ?Viviane Hamy?, a reçu en mai le prix du livre Inter, pour ?Ouest?. Avec 87 000 exemplaires sortis et un flux hebdomadaire très régulier, autour de 2 500 à 3 000 exemplaires, il a enfin gagné la reconnaissance d'un plus large public. Quant à Sabine Wespieser, le prix des lectrices d'?Elle? décerné à ?Terre des oublis?, de la romancière dissidente vietnamienne Duong Thu Huong, lui a permis de faire grimper ses ventes de 40 000 à 60 000 exemplaires. Un très joli score pour un livre ambitieux de près de 800 pages.
Ce regain de forme pour les livres est aussi notable chez des éditeurs comme Stock ou Héloïse d'Ormesson. Ainsi le troisième volet de la trilogie d'Erik Orsenna consacrée à la défense de la langue française, ?La Révolte des accents?, paru en mai, est en passe d'atteindre les 100 000 exemplaires. Il a dépassé le score des Chevaliers du subjonctif, mais n'a pas encore atteint celui de ?La Grammaire? est une chanson douce. Paru à la même date, ?Odeur du temps?, de Jean d'Ormesson, un recueil de ses chroniques, atteint lui aussi 100 000 exemplaires. "Les livres qui se vendaient juste avant l'été ont continué à bien se vendre pendant l'été", constate Héloïse d'Ormesson.
Pour les éditeurs comme pour les libraires, une des bonnes nouvelles récentes est que la reprise a été assurée par des titres littéraires et qu'elle s'est répartie sur un éventail assez large de maisons. Ce qui n'a pas empêché par ailleurs de bonnes performances pour les titres programmés pour le succès comme ?Les Enfants de la liberté?, de Marc Levy (Robert Laffont), ou ?Parce que je t'aime?, de Guillaume Musso (XO), mais aussi pour le septième volume d'Harry Potter en version anglaise et les opportuns ?Cahiers de vacances pour adultes?, parus chez Chifflet et Cie, qui se sont envolés à 90 000 exemplaires. ?Près d'une douzaine de titres ont assuré une bonne carrière pendant tout l'été?, résume Sophie Martin, directrice d'Ipsos Culture.
Avec un nouveau pic de production, 727 nouveautés, contre 683 en 2006, pour les livres à paraître du 15 août au 15 octobre, la ?rentrée littéraire?, une spécificité française, s'annonce par conséquent sous des auspices plutôt favorables. Comme le livre demeure une industrie de prototype où l'offre dicte la demande, ?il faut qu'il y ait de 30 à 40 bons titres pour assurer la rentrée?, explique Mathieu de Montchallin, de L'Armitière.
Plus ironique, Emmanuel Delhomme, de Livre sterling, se demande si ?seule une intervention de Nicolas Sarkozy ne serait pas nécessaire pour faire passer de 700 à 150 le nombre de nouveautés?. ?Il y a des livres qui ne sont même pas feuilletés?, souligne-t-il. Dans la foulée, Emmanuel Delhomme ouvre un autre débat : ?Aujourd'hui, les livres sont deux fois trop chers. Si leur valeur faciale était entre 10 et 12 euros, il y aurait deux à trois fois plus d'acheteurs.?
© Le Monde des livres
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