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Quand Fabien Cango fait école

22 janvier 2006, 20:00

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Peindre en oubliant la réalité dans cet atelier rustre, encerclé d?un pan montagneux de Terre-Rouge. De son petit-gris, (pinceau très fin numéroté à 0), Monique fait glisser des couleurs sombres sur le papier. Assise, le dos raide sur un banc, elle peint sous l?attention de Fabien Cango. Mais surgit un instant où l?homme cède le pas à l?artiste qui sommeille en lui. Nous assistons à une leçon de peinture.

?S?il n?y pas la liberté, il n?y rien ! s?esclaffe Fabien Cango. Il faut faire des taches et non pas s?en tenir à l?exactitude. C?est dans la tache que vous trouverez une forme?? Les yeux de l?artiste balaient le travail de Monique. Trop de précisions dans cette silhouette d?homme qu?elle peint.

Il est aux alentours de 16 heures et trois personnages s?enferment dans le silence pour cette leçon de peinture. L?un est debout, appuyé avec désinvolture contre la porte. C?est Stéphane étudiant en Lower cette année. L?autre, c?est Moni-que, une Canadienne installée à Maurice depuis quatorze an-nées.

L?atelier de Fabien Cango est toujours à l?état d?ébauche. Le point qui attire le regard, c?est cette affiche de Firoz Ghanty qui s?amourache au mur, mettant en lumière un oiseau. Et entreposé sur le tout, un ruisseau de mots. De la poésie. Mais aujourd?hui, c?est la méthode d?apprentissage de Fabien Cango qui intéresse. Ce qu?il prône avant toute chose : une liberté disciplinée.

?Je laisse mes élèves libres de peindre mais il faut une certaine discipline dans la façon de dessiner le corps humain par exemple. Ils dessinent avec du fusain, à l?aquarelle, à la sanguine ou à l?encre. Avec cette idée de déboucher sur la peinture à l?huile?, explique l?artiste.

Le travail en atelier diffère considérablement de celui, plus clinique, des salles de classe. L?échange coule. Les opinions décousues fusent. N?allez pas parler de la santé de l?art à Fabien Cango. Le constat arrache un sens profond de négativité. L?art est à bout de souffle.

Tout d?abord, c?est l?acrylique qui gêne. ?Même le plus grand peintre ne l?utilisait pas. Balthus (Ndlr : peintre français du siècle dernier, connu sous le nom de Balthasar Klossowski de Pola) a toujours pesté contre l?acrylique !? déclare Fabien Cango. Selon lui, l?acrylique ne mène pas loin mais elle est pourtant sur-utilisée par les artistes mauriciens, étudiants parmi. ?Cela ressemble à du plastique !? ajoute-t-il. Mais tout n?est qu?une question d?opinion.

Cet artiste est connu pour ses huiles contemporaines, belles de par le caractère un peu sauvage et imprécis qu?elles dégagent. C?est surtout la difficulté à travailler l?huile qui pousse l?artiste à vénérer la première peinture.

Le peintre en profite pour glisser quelques mots sur ces jeunes artistes qui prétendent faire de ?l?abstrait?. Il est vrai qu?il demande à ses élèves de faire des taches et de tenter de soutirer de ces pigments difformes, des aspects réels. Pour ce qui est de l?abstrait : ?Il n?existe pas !? Fabien Cango est sévère.

?J?aime prendre des élèves et leur apprendre les rudiments de l?art, débute l?artiste. La plus mauvaise chose qui puisse arriver, c?est qu?ils se mettent à copier. Dessiner tous les jours permet de se perfectionner. Et c?est ainsi que les réflexions s?en suivent. Ce n?est pas affaire de peindre une ?uvre abstraite qui fait que vous êtes artiste!? L?abstrait est une technique difficile.

Il existe derrière l??uvre abstraite une réflexion, une ?synthèse d?idées?. L?on ne peut faire de l?abstrait du jour au lendemain, sans pratique, sans mûr acheminement des idées. Selon Fabien Cango, l?art en prend une gifle à cause de ces artistes qui entonnent les expositions de ce genre de reproductions.

<I>?S?il n?y pas la liberté, il n?y rien ! (...) Il faut faire des taches et non pas s?en tenir à l?exactitude. C?est dans la tache que vous trouverez une forme??

Monique le dit : son intérêt pour la peinture a surgi comme un besoin. Une pratique assidue la mènera loin. ?Un bon dessin, c?est celui avec des défauts. Cette méthode d?apprentissage nous permet d?aller vers l?original?. Elle n?y connaissait pas grand-chose à la peinture au petit-gris. Après des heures de leçons, le talent est tangible.

Inscrits à la va-vite sur la porte en bois de l?atelier, le peintre résume cette philosophie de Matisse : ?Un seul ton, c?est une couleur. Deux tons, c?est un accord?. Un talent se construit par étapes, de celui qui n?y connaissait pas grand-chose et qui se dessine un caractère artistique au fur et à mesure que l?expérience grandit.

L?on passe du regardeur, de celui qui guette l??uvre des autres et qui se fraie un chemin dans le tableau à celui d?amateur, goulu qui délaisse très rarement ses crayons et ses pinceaux. Pour parvenir à celui qui se forge des tons. Des harmonies de couleurs et qui prend plaisir à placer un morceau de son être sur des canevas.

Fabien Cango referme son atelier sur une phrase qui déroute : ?Je n?ai pas l?impression que l?art va avancer ici car il n?y a pas assez d?espace de liberté?? Il fait référence à ces galeries qui vendent n?importe quoi et qui juxtaposent des chefs-d??uvre et des tableaux ?cartes postales?. Voilà, c?est dit !

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