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A Q-Bornes, le feu détruit ?St Jean Store?

28 mars 2007, 20:00

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En mars 1982, le feu joue un vilain tour aux habitants de Quatre Bornes, en détruisant un de ses plus anciens établissements commerciaux et des plus fréquentés de surcroît. Il s?agit du ?Saint-Jean Store? qui est aux Quatre Bornes, ce que ?Mexico? est aux Vacoas, ?Grand Baie Store? à cette localité et un autre ?Saint-Jean Store? au Centre de Flacq, autrement dit un magasin populaire où la clientèle, même la plus huppée, d?une localité donnée est à peu près sûre de pouvoir acquérir ce dont elle a besoin, tout en bénéficiant d?un service éclairé, lui offrant ce qu?il y a de meilleur sur le marché mauricien et pour un prix abordable.

Quatre Bornes, en mars 1982, n?est pas encore cette ville prospère, en plein développement et aux embouteillages chroniques sur la route Saint-Jean que nous connaissons en 2007. Mais ce n?est déjà plus le Quatre Bornes de 1957 quand des champs de canne à sucre de Trianon bordent encore le côté droit de la Route Saint-Jean, à partir du petit marché d?opérette (toujours en place d?ailleurs, en dépit de maintes promesses mairales et municipales) jusqu?au cimetière et au carrefour du même nom.

Nulle trace, en 1957, d?autoroute ni de rond-point Saint-Jean où, en septembre 1969, le MMM naissant recevra son baptême, non de feu, mais de lutte politique. En guise de rond-point, il n?y a que l?intersection de la route Royale, menant de Belle-Rose à Phoenix (sans brasserie ni centre industriel) et de la route Saint-Jean et de son prolongement en direction du Réduit, Moka, Montagne Orry, Pailles et Bell-Village.

En mars 1982, les champs de cannes à sucre (déjà les plus belles terres agricoles de Maurice) ont déjà cédé la place au morcellement Saint-Jean, avec ses rues tracées au cordeau et nommées selon nos différents arbres fruitiers. Le Morcellement Sodnac (l?anagramme de Candos) et l?avenue Hillcrest sont en pleine gestation. Mais le complexe commercial ?Orchards? et la plupart des magasins, qui font, en 2007, la renommée de Quatre Bornes, sont encore à venir en mars 1982.

Cela explique donc la tristesse qui s?empare des habitants de Quatre Bornes en apprenant l?incendie qui détruit une partie de leur âme collective en le magasin Saint-Jean. L?incendie s?étant déclaré peu avant huit heures du matin, une foule compacte assiste impuissante à cette destruction par les flammes et à l?incapacité des sapeurs pompiers de la localité de sauver ne serait-ce qu?une partie du bâtiment en bois et tôles ou encore son mobilier, composé de comptoirs et de vitrines en bois verni ayant fière allure. Dans ces flammes ravageuses, un bon demi-siècle de relations et de fidélité commerciales disparaît.

Les sapeurs pompiers ont fort à faire car le feu s?attaque à l?important stock de boissons alcoolisées ainsi qu?aux bonbonnes de gaz. Ils s?efforcent également d?empêcher que le feu ne s?étende aux maisons voisines ni à d?autres magasins jouxtant le ?Saint-Jean Store? dont les célèbres ?Paloma? et ?Pêle Mêle?. Ils évacuent même une personne alitée habitant une des maisons voisines. La foule est si dense aux abords du magasin en flammes que la police est contrainte de dévier la circulation automobile de la route Saint-Jean sur les routes latérales. Les dégâts sont provisoirement estimés à un million de roupies.

Dans un premier temps, les propriétaires de ?Saint-Jean Store? remplacent rapidement leur magasin incendié par une construction provisoire qui est depuis régulièrement rénové et amélioré. Les nouveaux locaux sont toujours en retrait par rapport à l?alignement de la Route Saint-Jean, laissant un vide, une blessure toujours ouverte et toujours pas cicatrisée au milieu de cette artère commerciale, une des mieux achalandées de Maurice. Là se trouvait, avant mars 1982, la façade vitrée du magasin ?Saint-Jean? qui a longtemps fait la fierté des habitants de Quatre Bornes.

En mars 1982, il y a ceux qui luttent au péril de leur vie pour circonscrire les incendies. Il y a aussi ceux qui n?hésitent pas à jouer les pyromanes et à exposer au feu de la polémique le fragile tissu social mauricien. On peut ranger parmi eux Seewoosagur Ramgoolam qui fait appel aux Mauriciens d?origine indienne en leur disant : ?L?île Maurice vous appartient. Le gouvernement est à vous. Ne permettez pas que d?autres vous prennent ce qui est votre bien, votre propriété.? Il leur met en garde contre le MMM qui mendie leurs voix après avoir essayé de prendre le pouvoir par la violence. Il dit à qui veut l?entendre qu?il ne remettra jamais le pouvoir à un MMM victorieux aux législatives du 11 juin 1982.

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