Publicité

Pépinière Exotica ou la nature en panache

29 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Hermétique le langage des fleurs ? Pas pour Jean Marie Sauzier de la Pépinière Exotica. Il en fait son affaire. Une affaire de famille. Sous le soleil de Petit-Raffray, le pépiniériste tutoie les essences, interpelle nos sens, complimente la nature et laisse libre cours à sa fibre botanique sur deux arpents.

Au détour d?une tonnelle envahie de lianes de passiflore, cette main verte aux ongles longs et inégaux, fait les honneurs de six années de labeur. Autant de saisons à consulter la couleur du ciel plusieurs fois par jour. A humer le vent qui tourne. A espérer qu?il pleuve avant d?avoir recours aux services «de dix camions citernes au maximum par an».

Mais c?est au bout d?une heure que nous découvrons le véritable trésor de Jean Marie Sauzier : son jardin perso. Serré autour de la piscine, il y a là Denise, « baptisée du prénom de la belle-mère», avec sa robe légèrement mauve, Monique, la belle s?ur et ses teintes rosées, Remy, le «deuxième fils» aux pétales tachetés.

Un peu en retrait, Tante Jeanne parée de tons sombres. «Ma tante est morte l?an dernier à 92 ans. C?est elle qui m?a offert mes premiers hibiscus. Je crois que c?est elle qui a suscité mon intérêt pour les hybrides.» Un cheminement qui mènera Jean Marie Sauzier jusqu?à l?université de Cape Town pour un diplôme en botanique et zoologie.

Comme un peintre devant sa palette, le pépiniériste mélange les couleurs avec une précision à la fois méthodique et artistique. «J?ai commencé avec des tons purs.» Rouge éclatant, jaune intense, orange soutenu, blanc nacré. Après avoir posé les bases, place à la variété. Mélanges de tons primaires pour nuancer les créations de la nature : adoucir le rouge en rose pour jeune fille, diluer du jaune et du blanc dans l?orange pour en faire du miel, de la crème. Une fragilité laiteuse aux pétales éphémères qui ne tiennent qu?un seul jour.

<B>LA CREATION DE L?ILLUSION</B>

Troisième étape : «les fleurs à motifs». Tachetés ou striés, les dessins sont autant de distractions reposantes, loin de la fureur et du bruit. Des pois regroupés au c?ur de la fleur, des lignes délicates comme tracées à la plume d?oie, les doigts du pépiniériste donnent du panache à la nature.

Debout au milieu de ses petits protégés, Jean Marie Sauzier s?attaque maintenant à «créer l?illusion qu?il y a des ocelles sur les pétales, un peu comme les yeux qu?il y a sur les plumes de paon». En attendant que s?ouvrent ces nouveaux yeux, Jean Marie Sauzier s?est entouré de l?affection des siens. Les buissons d?hibiscus de son jardin sont parés des couleurs de Rachel, inspirée de la candeur d?une petite nièce.

Plus loin, d?autres souvenirs se déclinent dans un album photo végétal. Hollanda est une réminiscence d?une floraison post-cyclonique tandis que l?orange tacheté de Queen est une flamme allumée à la mémoire de Freddy Mercury. Que dire du flamboyant Amadeus ? Corolle jaune avec des reflets orangés, le c?ur de la fleur est rouge, vibrant et passionné comme les sentiments gravés par Mozart dans ses opéras et symphonies.

Si les hibiscus sont un des moments forts de la partition jouée par Jean Marie Sauzier et son équipe d?une trentaine de personnes, le carré d?épine vaut aussi le détour. Derrière lui, nous faisons le chemin à l?envers. Dans le coin réservé aux cactées et plantes grasses, on se croirait presque au Far West avec des candélabres qui rappellent l?ambiance de western spaghetti.

Un ouest généreusement badigeonné de couleurs tropicales «dans un désordre calculé». En bordure des rangées dessinées au compas, des touffes de verveine simulent le hasard mesuré de la nature. Les petits pétales gentiment frisés reposent le regard avant qu?il n?affronte les épines. «Les cactus ont besoin d?une terre assez pauvre. L?idéal, c?est du sablonneux qui sèche vite.»

Trompe l??il ? Le coin des agaves est à la fois riche et verdoyant. Une diversité florale à en perdre son latin. Euphorbia, pachypodium, opountia, adeniem obesum? Jean Marie Sauzier égrène allégrement les noms scientifiques avec l?air de ne pas y toucher. Si l?euphorbia prend des allures de «buisson de corail» dans l?imaginaire végétal du pépiniériste, l?imagerie qui accompagne l?opuntia, de la famille des raquettes, est sans équivoque.

C?est un coussin de belle-mère. Un dodu, véritable invitation à la paresse mais garni au ras bord de longues épines qui ne tolèrent le moindre petit frottement !

Sous les jupes de l?hibiscus

C?est un arbuste qui peut atteindre deux mètres avec une relative exposition au soleil. Il se multiplie par boutures, semis et greffes dans un sol à l?acidité neutre, légèrement humide et frais. Il faut le tailler soigneusement pour augmentera sa floraison. S?il est dégarni à la base, rabattre les tiges à 15 cm du pied.

Les fleurs de l?hibiscus ne durent qu?une journée. Elles se renouvellent régulièrement pendant l?été à condition d?un bon dosage de chaleur et de lumière toute l?année. Le plant est à Rs 200.

Publicité