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Pugilat derrièreles barreaux
Un détenu dans un état grave pendant plus de huit jours, vingt blessés et la mise à la retraite prématurée du commissaire des prisons Ramkrishna Brojmohun. Tel est le bilan de l?intervention musclée des membres de la Prison Security Squad (PSS) ? une unité spécialement créée pour réprimer tout débordement ? dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 septembre à la prison centrale de Beau-Bassin.
Que s?est-il passé ce jour-là à la prison ? En l?absence de la version des autorités, nous n?avons que celle d?Eden François, père d?un détenu.
« Wendy est incarcéré dans le block B. Il n?est pas séropositif. J?ai appris par un appel anonyme de la prison dans la nuit de vendredi qu?il a été tiré de sa cellule alors qu?il dormait tranquillement. Il a ensuite été roué de coups. Cet acharnement s?expliquerait par des remarques qu?il a faites pour dénoncer les violences que subissaient certains détenus cette nuit-là. Des membres du commando auraient menacé de s?occuper de lui par la suite. Je me demande comment des gens normaux peuvent agir de cette façon Ce qui m?agace encore plus, c?est la hargne avec laquelle des policiers veulent m?interroger après une allégation selon laquelle j?aurais menacé de m?attaquer à un membre de la Prison Security Squad. »
Une femme qui souhaite garder l?anonymat fait le récit de ce qui est arrivé à son petit-fils. « Mon petit-fils raconte qu?il dormait tranquillement dans sa cellule lorsqu?il a été sorti brutalement par au moins quatre grands gaillards portant des cagoules. Ils l?ont tabassé. Il a reçu des coups sur tout le corps et ses lèvres ont été fendues. Il a perdu au moins une dent et il ne peut pas manger. »
Trafic de drogue et harcèlement sexuel
Mais comment en est-on arrivé là ? On serait tenté de croire que ce débordement est le résultat de la situation explosive qui règne à l?intérieur des prisons. Trafic de drogue, harcèlement sexuel et paris illégaux y sont monnaie courante, comme l?attestent les conclusions de l?enquête effectuée par l?assistant commissaire de police, Dass Joganah.
Une source explique que cette révolte serait due à une administration trop tolérante. « Cette mutinerie est l?aboutissement d?un faux pas de l?administration. Elle a été trop généreuse à l?égard des détenus. Dès que vous faites des concessions à des détenus, ils ont tendance à demander davantage, exactement comme des enfants. Pour convaincre les détenus séropositifs de se rendre dans le bloc C, l?administration leur a fait des promesses qu?elle n?a pas su tenir. L?une d?elle concernait un menu spécial composé de fruits, de yaourts, de lait et d?une portion de viande ou de poisson beaucoup plus importante que celle offerte aux autres. Certains détenus ont alors refusé d?accomplir leurs tâches quotidiennes. »
« Ils ont eu l?impression d?avoir été bernés »
Les détenus n?ont pas tardé à réagir. Ceux qui souffrent de maladies autres que le sida, ont protesté contre ce qu?ils considèrent être une discrimination à leur égard. Pour profiter de ces avantages, certains prisonniers qui ne sont pas séropositifs ont souhaité aller au bloc C. Une quarantaine a répondu à l?appel. « Lorsque l?administration n?a pas accédé à leur demande, ils ont eu l?impression d?avoir été bernés. Leur frustration s?est amplifiée. Ils ont alors refusé de réintégrer leur cellule. Voilà la source du problème. »
Quarante-huit heures après son entrée en fonction comme Premier ministre, Paul Bérenger a tenu à recevoir à son bureau les proches de Wendy Lafleur. « Il nous a donné la garantie que toute la lumière sera faite sur ce qui s?est passé à la prison de Beau-Bassin. Il nous a demandé de garder notre calme et de lui faire confiance », déclare Eden François, le père du détenu.
À la prison de Beau-Bassin, on garde espoir. « Nous aurions souhaité que le service pénitentiaire reste sous la tutelle du Premier ministre. Les choses iront beaucoup plus vite. Les tares qui rongent la bonne marche de l?administration vont disparaître et nous aurons un service digne de ce nom. »
À l?hôtel du gouvernement, on espère que les recommandations de la Task Force présidée par l?ACP Dass Joganah sur la réforme du service pénitentiaire seront appliquées. « Les réformes préconisées par Dass Joganah ont une chance d?être mises en place par les nouveaux responsables. » Ces mesures visent essentiellement à éliminer les maux qui rongent l?administration pénitentiaire, à savoir le trafic de drogue, les viols et l?organisation de paris illégaux.
Il est grand temps que le système se dote d?une administration capable non seulement de gérer ses affaires courantes avec efficacité, mais aussi d?être proactive face aux nouveaux phénomènes de la vie carcérale. Aujourd?hui, c?est le problème des détenus séropositifs. Demain, ça pourrait bien être autre chose.
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Un commando qui ne fait pas de cadeau
Le commando, c?est le nom donné aux membres de la Prison Services Squad (PSS). Sa mission : réprimer dans l??uf tout début de mutinerie ou débordement sans avoir recours à la police anti-émeute ou la Special Mobile Force. Ce groupe est constitué d?une cinquantaine d?hommes recrutés parmi les gardiens de prison.
Leurs uniformes sont de couleur marron et ils portent un béret de la même couleur. Ils sont chaussés de bottes et sont équipés de gourdins et de gaz lacrymogène. Ce groupe d?intervention rapide a été créé après l?évasion de Rajen Sabapathee de la Bastille.
« Les détenus ne sont pas des enfants de ch?ur. Dès que la situation échappe au contrôle des gardiens, les gars de la PSS entrent en scène. Croyez-moi, ils n?y vont pas de main morte. C?est la police anti-émeuteversion prison. Elle a pour mission de faire régner l?ordre et la discipline à la prison », explique une source.
Mais leur présence ne fait pas l?unanimité parmi le personnel de la prison. « À l?origine de ce tiraillement, il y a l?allocation mensuelle de Rs 800 qu?ils perçoivent et leur comportement à l?égard des détenus qui peut jeter le discrédit sur l?ensemble du personnel », assure un gardien.
« Ce sont eux qui surveillent les blocs. Ils se déplacent en groupe. Même chose lorsqu?ils interviennent dans des cellules. Ils ne font pas de cadeau.
Ils s?y prennent à plusieurs pour mater un prisonnier », témoigne un ex-détenu.
))))))))))))))))))))))))))))))))) témoignage
Siven Beniah : un ex-taulard raconte
La vie carcérale n?a plus de secret pour Siven Beniah. Il y a passé dix ans. Il a été libéré il y a un peu plus d?un mois. Aujourd?hui, il réfléchira deux fois avant de faire quoi que ce soit qui pourrait le ramener en prison. « Je suis inquiet de la situation des détenus. Ils ne doivent pas subir une autre sentence, celle que leur impose le système pénitentiaire. S?ils doivent subir leur peine conformément à la condamnation de la cour, ils ont quand même des droits et une dignité. On ne doit pas brandir à tort et à travers l?utilisation de la force, les menaces d?isolement et de transfert à la Bastille, des mots qui suscitent des réactions violentes de la part des détenus. On ne peut pas parler à un détenu comme si on s?adressait à un chien. Si on le traite comme s?il n?avait aucune dignité, les chances de le réinsérer sont nulles. »
Pour Siven Belliah, le gouvernement doit montrer qu?il a la volonté réelle de faire la lumière sur ce qui s?est passé à la prison. « Qui parle de mutinerie ? Une mutinerie implique l?ensemble de la prison. Il est bien facile de vérifier qui sont ceux qui sont entrés dans la prison, le 26 septembre. On n?a qu?à consulter le registre tenu par le Gatekeeper qui note toutes les entrées et les sorties. »
Un face-à-face à la télévision
Siven Belliah met en garde contre les effets d?une détérioration de l?environnement du milieu carcéral. « Il faut revoir tout le fonctionnement de l?administration carcérale et en particulier le rôle de la Prison Services Squad. La façon de faire de cette brigade jette du discrédit sur l?ensemble du service pénitentiaire. Ce qui est arrivé à Wendy, mon frère, est inacceptable. Que font les Welfare Officers ? »
Il met en garde contre les répercussions d?une détérioration de la situation. « Si rien n?est fait pour améliorer les conditions de détention, il va y avoir une véritable mutinerie contrairement à ce qui s?est passé le 26 septembre. Acculés et n?ayant aucun espoir, surtout ceux qui sont séropositifs, les détenus commettront des actes irréparables quitte à y laisser leur propre vie. » Bien décidé à faire entendre son point de vue, Siven Beniah est prêt à participer à une émission télévisée sur la prison. « Je demande à la MBC d?organiser un face-à-face avec les responsables de la prison sur ce qui s?y passe. »
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